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LE POINT : Le carton jaune de la République consciente juin 22 2017

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LE POINT : Le carton jaune de la République consciente

Nan lara An Sara ! L’avertissement était de Joseph Ki Zerbo (1922-2006), l’un des pères spirituels d’un jeune qui a payé de sa vie son opposition au néocolonialisme, au vol des richesses de son pays, à l’acculturation : le capitaine Thomas Isidore Noël Sankara.

Nan lara An Sara aurait pu être aussi des pères de l’indépendance du Mali qui nous ont affranchis de la domination coloniale. Le Mali est pays d’hospitalité, mais une terre de bravoure. C’est par respect et par humilité que le Malien pouvait refuser de croiser un regard. Mais pas par la peur ni par la honte. Oui ! Nous fûmes un peuple fier et orgueilleux, brave.

Et aujourd’hui, nous sommes presque la risée du monde. Pourquoi ? Parce que nous avons abandonné le destin de ce pays entre les mains des bluffeurs mégalomanes soucieux de leur propre confort que du bonheur collectif. Nous nous sommes laissé berner par des discours mielleux et faussement religieux.

Nous sommes réduits aujourd’hui parce que nous nous sommes couchés pour adorer des gens que nous avons nous-mêmes élus. Loués par des opportunistes, ils se rêvent déjà en empereur et pourquoi pas en Dieu. Ils ont bradé notre intégrité territoriale en nous imposant un accord dans lequel aucun digne fils ou fille ne se reconnaît. Et aujourd’hui, ils poussent le mépris à vouloir adapter notre Loi fondamentale à ce document, symbole de la capitulation forcée d’un peuple face à des mercenaires récupérés en Libye, manipulés et armés pour nous empêcher de dormir.

Accepter ce viol de la Constitution du 25 février 1992, serait la capitulation qui risque d’enterrer à jamais notre souveraineté et les maigres acquis de l’expérience démocratique. Devons-nous accepter de trahir nos martyrs une fois de plus ?

Non ! Non à la révision constitutionnelle ! Non à la trahison de la mémoire des martyrs de la révolution de mars 1991 ! La Constitution n’est pas le Coran et la Bible ! Mais, celle de 1992 a une valeur symbolique pour la République car marquant la rupture avec une période peu glorieuse de notre histoire contemporaine.

Contrairement au torchon rédigé dans un cabinet parisien sans aucun égard pour l’histoire de notre nation, la Loi fondamentale du peuple est l’émanation de la volonté réelle d’un peuple souverain à travers la Conférence nationale.

Comme toute œuvre humaine, elle est perfectible. N’empêche que les lacunes indexées découlent beaucoup plus de l’égarement et de la manipulation des hommes et que de réelles insuffisances. La Constitution doit être révisée pour l’adapter aux enseignements tirés de 25 ans d’exercice démocratique. Mais, cela doit se faire en conformité avec la volonté du peuple qui a clairement défini ses modalités. Ce n’est pas parce que le régime a courbé l’échine devant des rebelles adossés à une communauté internationale partisane que nous allons fermer les yeux sur cette tentative désespérée de faire main basse sur nos institutions à des fins despotiques.

Comme le disait Ki-Zerbo à propos de son livre, “L’Histoire de l’Afrique Noire, d’Hier à Demain” (Hatier 1978), cette marche patriotique est “une bouteille à la mer, avec l’espoir que son message sera recueilli surtout par les jeunes et contribuera à dessiner en traits authentiques le visage si peu connu, si méconnu, de l’Afrique d’hier, fournissant ainsi les bases d’une plus saine approche et d’une plus farouche détermination pour bâtir celle de demain”.

Oui comme la marche unitaire de cet historique samedi 17 juin 2017, nous avons besoin de nous donner la main  pour bâtir ce Mali nouveau dont le projet a été stimulateur du Mouvement démocratique ayant abouti à la victoire de mars 1991. Il est ainsi indispensable de se libérer des clivages politiques, nous défaire du cloisonnement traditionnel de notre scène politique qui est loin d’être progressiste. Son organisation actuelle réduit la politique à une guerre de positionnement personnel et clanique aux dépens de l’intérêt national.

Jamais les acteurs politiques n’ont brillé par une vision claire de l’indispensable changement permettant au Mali de se réaffirmer comme un Etat véritablement souverain et dont le souci principal des dirigeants est le mieux-être des citoyens, le confort du peuple et non l’obéissance à des maîtres qui tirent leur puissance de nos richesses outrageusement pillées.

Nan lara An Sara ! Le Mali utile, la République consciente est débout ! Nous espérons pour de bon. Nous ne devons plus accepter que ce pays soit dirigé, comme le peint si bien notre sœur bloggeuse Tétou Gologo, par “des gens qui tiennent plus compte des exigences internationales que des besoins, souvent sommaires, de leur peuple”.

Cette marche doit marquer le début d’un mouvement de refus ! Refus que des aventuriers prennent le pouvoir pour mépriser le peuple au lieu de travailler dans le sens de ses aspirations légitimes. Nous voulons la paix et la quiétude, nous voulons la stabilité pour notre pays et le Sahel. Mais, nous tenons aussi à notre honneur et à notre dignité.

Et cela d’autant plus que des résistants à la pénétration française en Afrique aux innocentes victimes de “l’insécurité résiduelle en passant par les pères de l’indépendance et les martyrs de la démocratie, beaucoup d’hommes et de femmes se sont sacrifiés pour que ce pays ne puisse jamais courber l’échine, que le Mali ne soit pas un Etat banal soumis au diktat de la communauté internationale, mais un partenaire crédible dans le concert des nations.

Nan lara An Sara ! Antè la tugun ! Refusons à jamais de nous agenouiller devant un régime ou un “partenaire” à plus forte raison nous coucher !

Moussa BollyLES RESPONSABLES DE LA PLATEFORME “ANTAI, A BANA! TOUCHE PAS A MA CONSTITUTION!”

LE POINT : Anw ka wili, Wati sera juin 6 2017

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Manifestations contre le régime de Blaise Compaoré au Burkina

Depuis l’avènement de la démocratie au Mali, symboliquement le 26 mars 1991, quel est le plus grand défi qu’un régime ait pu relever au bénéfice du peuple malien ? Quel est ce mal dont se plaignait le peuple pendant les années de dictature (militaire et du parti unique) qui ne s’est pas aggravé avec la démocratie ?

Manger à sa faim est un luxe dans ce pays arrosé par deux grands fleuves d’Afrique (le Niger et le Sénégal) avec leurs multitudes d’affluents qui offrent toutes les potentialités sylvo et agro-pastorales. Tout comme boire à sa soif même dans les centres urbains est aujourd’hui un luxe pour le Malien lambda.

L’électricité, dont l’accès facile à moindre coût est tremplin pour l’industrialisation du pays, donc indispensable à son émergence, demeure un luxe, malgré un temps d’ensoleillement  exceptionnel, du vent qui souffle dans toutes les directions.

Le Mali est un eldorado pour des puissances industrielles comme la France. Comment expliquer alors l’immense pauvreté de la population d’un pays qui est le 4e producteur d’or, 2e du coton en Afrique subsaharienne, dont le cheptel est l’un des plus importants du continent et dont le delta central du fleuve Niger peut nourrir toute l’Afrique de l’Ouest ? Comment comprendre que le désœuvrement et l’absence de perspectives poussent les jeunes d’un tel pays à risquer leur vie pour un eldorado qui se nourrit pourtant de nos richesses ?

A  notre avis, une seule chose explique que nous continuons à être des damnés de la terre : le manque de vision des nos dirigeants politiques ! Et cela depuis la fin prématurée de la première République pourtant assez dénigrée par des ennemis intérieurs manipulés pour discréditer ses dirigeants  aux yeux de la population.

Aujourd’hui, nous en sommes là parce que la révolution de 1991 s’est arrêtée en cours de chemin. Ceux qui ont pris le pouvoir se sont plus préoccupés de le conserver que d’engager les réformes sociales, économiques et politiques pour honorer la mémoire de nos martyrs.

Nos pères de l’indépendance étaient non seulement conscients de nos potentialités, mais ils avaient mis le peuple au travail pour donner une assise économique à la souveraineté politique.

Et depuis ce coup d’Etat du 19 novembre 1968, le Mali a perdu sa souveraineté politique et nos acquis économiques ont été progressivement dilapidés parce que le Malien a constamment perdu ses valeurs socioculturelles. De citoyens, nous sommes devenus des individus sans foi ni loi pour qui le patriotisme sert juste à enrichir le vocabulaire.

La démagogie politicienne nous a détournés du culte du travail en faisant de nous tous des partisans du gain facile. Avec la démocratie, nous sommes allègrement devenus des citoyens inconscients, des individus assoiffés de fortune et de réussite sociale.

Notre monde se limite à la fortune, aux belles bagnoles, aux villas et aux belles femmes pour voyager aux quatre coins du monde. Cela ne pose pas de problème si cette fortune est acquise à la sueur du front et non en privant des communautés entières des services sociaux de base.

Au point qu’au-delà de vendre leurs âmes au diable, certains sont prêts à tous les crimes pour s’enrichir. Ils n’ont pas de respect pour leurs vies à plus forte raison celles des autres. C’est ainsi que nos fleuves et leurs affluents sont pollués par le mercure de l’orpaillage au vu et au su de tous, avec notamment la complicité des élus (maires, conseillers municipaux, députés) et de l’administration qui tirent les ficelles dans l’ombre. La pollution de la nappe phréatique, l’appauvrissement des sols… Que dalle !

Comme si nous ne réalisons pas le chaos vers lequel le pays avance, nous continuons à nous diviser pour soutenir ces mauvais jokers dont la seule vision du pouvoir est d’être dans les grâces de l’Occident, des grandes familles maraboutiques… pour se servir et servir leur clan !

Quelle que soit la pertinence de leur projet de société, ils deviennent des sapeurs-pompiers une fois au pouvoir parce qu’ils n’ont ni le courage ni l’audace de rompre avec le nombrilisme néocolonialiste pour engager de vraies reformes permettant au peuple de reprendre les sentiers du développement de son pays.

 

Des politiciens en déphasage de nos vraies préoccupations

Ce sont donc les mêmes vampires et vautours qui continuent  de nous mener en bateau. L’alternance  n’est pas une question de changement de chapelles, mais de rupture avec ce qui n’a pas marché. Il ne s’agit pas d’une chasse aux sorcières, mais d’avoir plus d’ambitions à travers des projets de société réalistes et se donner les moyens de les concrétiser dans l’intérêt du peuple.

Ce sont des hommes en panne d’ambitions nationales qui continuent de nous berner et de nous rouler dans la farine. En dehors des discours démagogiques, ils ne comprennent rien à nos préoccupations, ignorent superbement nos attentes et aspirations pour gouverner en notre nom.

A nous jeunes, ils offrent des postes juste pour nous donner illusion que nous sommes importants à leurs yeux. Mais, en réalité, c’est pour mieux nous contrôler et nous éloigner de nos rêves et de nos ambitions, briser notre volonté de nous affranchir de certaines tutelles qui sont de vraies hypothèques au développement du Mali, de l’Afrique.

Nous avons le devoir de nous rebeller, de parachever la révolution de mars 1991 pour que le Mali soit ce que souhaite sa jeunesse et non un champ d’expression du néocolonialisme sous la conduite par des otages de Babylone.

Aujourd’hui, nos partis politiques ne sont pas des cercles de développement national, mais de réalisation d’ambitions personnelles le plus souvent opposées à l’émergence d’une société juste, équitable et réellement démocratique… Brisons ces chaînes pour unir nos forces au sein d’un mouvement patriotique.

Nous devons surtout comprendre que l’élection d’Emmanuel Macron en France, de Donald Trump aux Etats-Unis sont des faits isolés ou des mouvements spontanés comme la “France en marche”. Mais, c’est en droite ligne d’un monde en mutations.

Et même si tel était le cas, le Mali ne manque pas de jeunes visionnaires et compétents capables de mettre le pays en mouvement. Ils sont d’ailleurs nombreux, mais invisibles parce que le système actuel fait tout pour qu’ils ne puissent pas émerger et contrarier ses sinistres desseins. C’est ainsi que de jeunes Premier ministre ont été éjectés parce que trop en avance sur leur président en terme de vision politique.

La force de la France “En marche” est que la jeunesse s’est approprié le mouvement ! Si nous voulons un meilleur destin pour notre pays, la jeunesse doit s’affranchir de cette classe politique qui ne pense qu’à elle et à se régler les comptes pour conquérir le pouvoir et se servir. Des dinosaures qui ne cessent d’endoctriner la jeunesse de leurs chapelles pour perpétuer les mêmes vices et carences.

Avec la configuration politique actuelle de notre pays, il ne peut pas y avoir de perspectives de développement. Il est temps que la jeunesse réellement consciente se libère de ces chapelles de l’utopie et de tous les vices favorables à l’ancrage de la pauvreté, de la corruption, de la délinquance financière, de la gabegie, du népotisme, de l’injustice et de toutes les formes de spéculations.

Jeunes du Mali, levons-nous ! C’est le moment plus que jamais de rompre les clivages politiques pour nous donner la main et prendre notre destin en main ! Le Mali ne peut et ne doit pas se faire sans les jeunes qui, malheureusement, ne sont encore réellement présents dans la gouvernance que dans les discours de campagne.

Il est temps de prendre l’arène politique à notre compte, ne laissons pas cette opportunité de changer le destin du Mali nous échapper comme en 1991 quand la révolution a été confisquée, détournée de ses vrais objectifs.

Anw ka wili, wati sera ! Amen !

Moussa Bolly

LE REFLECTEUR : Le trésor perdu du travail mai 4 2017

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Défilé des travailleurs le 1er Mai 2017

Le Mali, à l’instar du monde, a célébré lundi dernier la fête du travail, une commémoration héritée des Etats-Unis, la “patrie du 1er mai”. En effet, c’est à Chicago qu’est née la Fête internationale des travailleurs en 1886 par la grève générale. Suivie par 400 000 salariés, elle a paralysé le pays pendant quatre jours et causé la mort de 10 manifestants.

 

Cette grève laissera des traces douloureuses, mais les grévistes seront toutefois entendus dans leurs revendications. Un sacrifice que les travailleurs du monde commémorent chaque année comme ce 1er 2017 qui revêt une importance toute particulière pour le Mali.

Un pays où les grèves illimitées se succèdent à un rythme infernal paralysant presqu’une nation pourtant condamnée à travailler pour sortir de l’impasse politique, économique et sécuritaire dans laquelle elle est plongée depuis au moins une décennie.

Mais, objectivement, doit-on encore fêter le travail au Mali ? Un pays où il est la valeur la moins partagée, où ceux qui travaillent réellement sont les damnés de la société ? Un Etat où il faut être un opportuniste sans foi ni conviction pour réussir, se hisser au sommet de la hiérarchie sociale basée sur l’opportunisme, la corruption, la délinquance financière, le népotisme, le détournement du patrimoine et le vol des produits des entreprises privées ?

Un Mali où tout le monde veut devenir fonctionnaire pour bénéficier du culte de la médiocrité en écrasant ceux qui sont compétents et qui ne misent que sur leur compétence pour s’en sortir.

Honnête, intègre, orgueilleux parce que travailleur ! Voilà, entre autres, les traits caractéristiques du Soudanais dans le temps. Des valeurs que nous avons héritées d’eux et que nous sommes aujourd’hui incapables de transmettre à nos enfants.

En piétinant nos valeurs, nous refusons d’être “Le Laboureur” face à ses enfants (la neuvième fable du livre V de Jean de La Fontaine situé dans le premier recueil des Fables de La Fontaine, édité pour la première fois en 1668).

 

Des fainéants qui ont égaré la sagesse

Nous avons égaré la sagesse qui devait nous pousser à leur démontrer que “le travail est un trésor”, que pour être heureux dans la vie, ils doivent avant tout être le “boulanger de leur vie” en vivant de la sueur de leur front. Ce qui suppose qu’ils acceptent de “remuer… creuser, fouiller, bêcher” en ne laissant “nulle place où la main ne passe et repasse”.

Nous avons dilapidé, voire méprisé “l’héritage que nous ont laissé nos parents”. Obnubilés par le complexe culturel vis-à-vis de l’Occident, nous avons jeté le bébé et l’eau du bain en oubliant qu’un “trésor” était dans la baignoire. En conséquence, nous sommes devenus la risée du monde, des peuples condamnés à la misère, car toujours dépendant de la bonne volonté des autres, de leur générosité… En retour, ce sont ces gens qui déterminent tout ce que nous devons.

Ils choisissent nos présidents en limitant ou en élargissant leurs mandats ; nous imposent des conflits pour mieux nous vendre des armes qu’ils ne parviennent pas à écouler ailleurs ; nous imposent leurs semences et fixent le prix de nos productions agricoles ; ils se battent pour nous empêcher d’avoir le nombre d’épouses que nous souhaitons et nous imposer le nombre d’enfants que nous devons avoir…

Comme le dit un ami comédien, “il ne reste maintenant que l’Occident nous dise comment faire l’amour”! Et même là, à y regarder de près, ils y sont parvenus, en ce qui concerne en tout cas nous les supposés intellectuels.

Nous avons bradé notre honneur et notre dignité pour rester des éternels assistés et nous voulons que notre pays ait sa place dans le concert des nations émergentes ? Qu’elle peut être la référence d’un peuple sans identité culturelle et qui aspire à s’épanouir sur les plans social, politique, économique, culturel ?

Comme le disait Me Abdoulaye Garba Tapo, dans l’une de ses récentes publications sur les réseaux sociaux, si nous voulons encore sauvegarder le peu qui nous reste comme honneur, dignité et surtout de l’héritage des Soudanais, “le moment est venu pour beaucoup d’entre nous de tester notre courage, sans pour autant se livrer à une vaine témérité par des actions isolées”.

Il ne s’agit pas de critiquer l’Occident alors que nous sommes les principaux responsables de ce qui nous arrive. Quand un peuple veut, rien ne peut s’opposer à sa volonté. Nous l’avons démontré dans ce pays en de janvier à mars 1991 ! Les Sénégalais (Yen a marre) l’on démontré en barrant la route du pouvoir à Abdoulaye Wade. Les Burkinabés l’ont aussi démontré en novembre 2014 (Balai citoyen) en empêchant Blaise Compaoré de tripatouiller la Constitution pour se maintenir à vie au pouvoir.

 

Accepter de suer pour rester maître de son destin

Et ce même peuple a courageusement bravé les fusils et les chars dans les rues de Ouagadougou pour faire échouer le coup d’Etat (du 16 au 23 septembre 2015) qui visait à mettre fin au gouvernement de transition mis en place après la chute de l’ancien président burkinabé Blaise Compaoré le 4 novembre 2014.

Refusons donc d’être entraînés sur la voie de la facilité par nos dirigeants afin de mieux nous contrôler. Acceptons de nous remettre au travail, d’assumer notre devoir pour revendiquer nos droits sans concession aucune !

Acceptons de redevenir les boulangers de notre vie, les vrais artisans de notre épanouissement économique et social ainsi que du développement de notre pays, donc de gagner notre pain à la sueur de notre front ! Redonnons au travail sa valeur de trésor !

Si chaque Malien accomplit rigoureusement son devoir et exige farouchement son droit, nous ne compterons sur personne pour progresser et personne ne pourra alors nous dicter la voie à suivre ou nous imposer une présence militaire.

C’est à ce moment-là que nous seront dignes de célébrer avec faste la Fête internationale des… travailleurs !

Moussa Bolly

CONQUETE DU POUVOIR : Harceler le régime pour séduire l’électorat féminin avril 27 2017

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Soumaïla Cissé, opposant au régime malienLa fin justifie les moyens, attribue-t-on à Machiavel. Une philosophie plus que jamais vérifiée en politique notamment sous nos cieux. Et si l’arène politique malienne était une scène de théâtre, beaucoup de nos leaders politiques auraient eu des prix de “meilleurs comédiens”.

 

A l’image du président de l’Union pour la République et la démocratie (URD), chef de file de l’opposition alimentaire, pardon, républicaine pour qui tous les moyens sont bons pour ridiculiser ou déstabiliser le régime en place.

Ironie du sort, c’est le chef de l’Etat qui lui donne fréquemment l’opportunité de sortir de l’anonymat des vestiaires politiques pour faire l’actualité en s’attaquant à lui afin de justifier son statut et aussi les sous du contribuable.

Rappel des faits !

“Les femmes du Mali, je vous aime… Dans le prochain gouvernement il y aura 30 % de femmes” ! C’est ce que le président Ibrahim Boubacar Kéita avait promis aux Maliennes lors de la célébration de l’édition 2017 de la Journée internationale de la femme.

Un engagement que ne respecterait pas le gouvernement formé le 11 avril 2017 car composé de 8 femmes sur 35 membres. Le quota imposé par la loi 2015-052 du 18 novembre 2015 n’a pas été respecté par Ibrahim Boubacar Kéita et son Premier ministre, Abdoulaye Idrissa Maïga qui auraient dû offrir au moins deux portefeuilles de plus (10/35) aux Maliennes.

La loi 052 du 18 novembre 2015 institue des mesures pour promouvoir le genre dans les postes nominatifs et électifs. C’est toujours un événement quand un “Kankélétigui” (homme de parole) manque de galanterie pour bluffer les femmes.

Et fidèle à ses habitudes opportunistes, l’URD a sauté sur l’occasion comme un tigre (nos excuses à Dr. Choguel Kokala Maïga du MPR, le seul vrai tigre de la politique malienne qui crie sa tigritude) sur sa proie.

Ainsi, le mardi 18 avril 2017, le parti de la “Poignée de main” (à tous sauf IBK) a saisi la section administrative de la Cour suprême du Mali aux fins d’annulation du décret  2017-0320/P-RM du 11 avril 2017 portant nomination des membres du gouvernement de la République du Mali.

 

D’autres chats à fouetter

Une requête très bien fondée sur le fond parce que le président de la République se doit de donner toujours le meilleur exemple en matière de respect des textes en vigueur. Et cela d’autant plus qu’il est le garant de la Constitution et qu’il a publiquement et officiellement promis aux femmes de se conformer désormais à la loi sur le quota.

Et le recours pour excès de pouvoir est un instrument mis à la portée de tous les citoyens par la Constitution. “Dans le cadre de ce recours, le requérant (URD) demande l’annulation d’un acte, qu’il estime contraire aux normes juridiques qui lui sont supérieures”, a précisé à des confrères Me Demba Traoré qui est l’avocat et responsable de la communication de l’Urd. La saisie est donc légale et légitime.

Mais… ! Est-elle opportune ? Selon un micro-trottoir réalisé entre le jeudi et samedi (20 au 22 avril 2017), les principales concernées (femmes) nous ont surpris par leur maturité et leur indifférence par rapport à cette question du quota. Elles prennent acte de “la trahison” de Koulouba et du palais du bord du Niger (Primature).

Mais comme l’a si bien résumé une interlocutrice, “ce n’est pas la fin du monde. Maintenant aux femmes plus d’engagement pour que nous puissions bénéficier de notre quota. Nous devons compter sur nous-mêmes pour bénéficier des retombées de cette loi et non sur une promesse politique circonstancielle”.

“Nous avons d’autres préoccupations que cette présence des femmes dans le gouvernement. Même si les 27 ou tous les 35 membres étaient des femmes, rien ne garantit qu’elles soient à la hauteur pour résoudre nos préoccupations actuelles”, résume Mme Dia Fatoumata Diarra, cadre de l’administration.

La paix, la sécurité, la santé, l’éducation des enfants, le panier de la ménagère… sont, entre autres préoccupations exprimées par nos interlocutrices. “Peu importe que nous ayons dix, quinze ou même une aucune femme dans le gouvernement, l’essentiel est que cette nouvelle équipe soit à hauteur de souhait en trouvant rapidement une solution aux grèves afin que cessent les morts et que nos enfants puissent étudier et s’assurer un meilleur avenir”, souhaite l’une d’elles.

“Le pays va très mal et le Mali a trop de problèmes pour qu’un opposant digne de ce nom perde son temps à vouloir amuser la galerie par une plainte. Rares sont les Maliens qui mangent à leur faim ou qui ont les moyens de se soigner… Ce ne sont plus seulement les enfants du Nord et du Centre qui sont privés de leur droit d’accès à l’école, mais presque tous les enfants du pays à cause de la grève des enseignants”, déplore Sidibé Oumou Diallo, enseignante.

 

Les courtisans de l’électorat féminin

“Il nous faut juste de la compétence. Peu importe si le gouvernement est composé à 100 % de d’hommes ou de femmes. Nos réalités et celles de l’Occident diffèrent et nous n’avons pas les mêmes priorités”, poursuit-elle.

Visiblement, nos braves dames sont loin d’imaginer les enjeux politiques de cette saisie de la section administrative de la Cour suprême par l’URD. Ainsi, pour ceux qui en doutaient encore, la bataille pour la présidentielle de 2018 a déjà débuté dans l’arène politique malienne. Et c’est fort naturellement que l’URD veut se rallier les faveurs de la majorité de l’électorat en portant la robe pour la défendre.

Représentant près sinon plus de 52 % de la population, les femmes ont un poids électoral non négligeable même si c’est un électorat très versatile. Notre propre constat est que les femmes vont plus aux urnes que les hommes, surtout au niveau des adultes (40-60 ans). Ce sont généralement pour elles et les jeunes que les états-majors politiques mobilisent les Sotrama (minibus) les jours des différents scrutins.

Et elles sont aussi les principales animatrices des campagnes électorales, donc bénéficiaires des pagnes, du thé, des tee-shirts. Un achat de conscience proscrit par la nouvelle loi électorale. Qu’à cela ne tienne ! L’URD semble avoir trouvé une meilleure stratégie pour séduire l’électorat féminin : avocat de défense du quota, du genre !

Ce changement de fusil d’épaule est la suite logique des critiques formulées par le président de la chapelle “Vert-Blanc” depuis la formation de l’équipe gouvernementale d’AIM (Abdoulaye Idrissa Maïga).

Le chef d’orchestre de l’opposition l’avait aussitôt taxé d’une “équipe de campagne électorale de 2018″. Et d’enchaîner, avec un uppercut, “c’est une grande déception pour les Maliens après la Conférence d’entente nationale d’avoir un tel gouvernement. La CMA et la Plateforme sont descendues du train…”

En politique, tous les coups sont permis pour discréditer l’autre et acquérir la confiance du peuple malien. C’est pourquoi l’opposition malienne, à l’image de cette action en justice de l’URD, est “toujours dans la diversion et loin des préoccupations du peuple qui trime sous le soleil pour sa pitance quotidienne.  Ils n’ont aucune chance pour 2018″, déplore une célèbre bloggeuse.

La faute aussi à un régime malade et égaré dans le déni de la réalité qui prête toujours le flanc aux attaques des “Petits Messieurs”, sorry (pardon), les opposants car ne dit-on pas que “qui sème le vent récolte la tempête ?”

En définitive, l’URD a raison dans le fond, mais les Maliens ont d’autres soucis que la présence faible ou élevée des femmes dans un gouvernement qui a pour le moment droit au bénéfice du doute. Et, Ladji Bourama a aussi une circonstance atténuante. En effet, à notre humble avis, un politicien qui tient toutes ses promesses est comme une prostituée honnête ! Comprendra qui voudra !

Hamady Tamba

LE REFLECTEUR : Le prétexte de l’adieu au parrain avril 20 2017

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Vernissage de l’expo Trésors de l’Islam le 13 avril 2017

Trésors de l’islam en Afrique, de Tombouctou à Zanzibarest le thème d’une exposition organisée par l’Institut du monde arabe (Ima) et dont le vernissage a eu lieu le jeudi 13 avril 2017. Ainsi, du 14 avril 2017 au 30 juillet 2017, l’Ima met à l’honneur près de 300 œuvres multidisciplinaires pour témoigner de la richesse artistique et culturelle de la pratique de l’islam en Afrique subsaharienne. Ce qui explique officiellement la présence des présidents du Burkina Faso, du Mali et de la Mauritanie autour du président François Hollande en fin de mandat dans quelques semaines.

Selon Koulouba, la présence d’IBK à cette importante inauguration est jugée particulièrement très importante par de nombreuses grandes personnalités sur place. Et d’ajouter, de leurs observations Tombouctou est à Paris ce matin (jeudi 13 avril 2017) pour témoigner de la restauration de ses manuscrits sauvés et restaurés par un Malien qui avait osé braver les jihadistes en un moment difficile.

Il est logique et normal qu’Ibrahim Boubacar Kéita soit fier, honoré et ému de la tenue de cette exposition. Dans sa déclaration, le président de la République a mis un accent particulier sur l’islam, les manuscrits de Tombouctou, la citée mystérieuse avec ses universités en médecine et en astronomie.

Et il a rappelé qu’il n’était pas évident de sauver et de récupérer les manuscrits de Tombouctou à un moment où d’autres esprits jihadistes étaient là pour tout démolir dans la violence.

Mais, à notre analyse, ce vernissage cache mal un prétexte : l’adieu entre le parrain (François Hollande) et ses hommes de main que sont les dirigeants africains francophones. Visiblement, le président “normal de la France s’active à consacrer le peu de jours qui lui reste à l’Elysée (le 1er tour de la présidentielle française se tiendra le 23 avril 2017 et il n’est pas candidat à sa succession) pour consolider le principal acquis de son mandat : son héritage africain, son image de sauveur du Mali et du Sahel du joug islamiste.

Selon nos confrères de JA, Hollande veut convaincre les observateurs qu’il laisse derrière lui un Sahel mieux sécurisé, pour les Africains et par les Africains. Il espère pour cela laisser derrière lui une politique sécuritaire sahélienne en ordre de marche et, surtout, davantage pilotée depuis les capitales ouest-africaines.

Ainsi, les observateurs pensent qu’il met particulièrement en relief l’Afrique de l’Ouest et le Sahel où, indique Jeune Afrique, il a étrenné son costume de chef de guerre en 2012 alors que l’armée française débarquait au nord du Mali.

L’hebdo panafricain rappelle ainsi que ce ballet a commencé le 31 mars dernier avec Mahamadou Issoufou du Niger accompagné pour la circonstance de ses ministres de la Défense et de l’Intérieur

Le 12 avril, c’est le Mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz qui était personnellement invité par l’Elysée. Logique puisque Nouakchott abrite la base du G5 Sahel regroupant la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Burkina Faso et le Tchad. Une organisation chargée de gérer la réponse ouest-africaine aux attaques jihadistes dans la région.

Le lendemain, Hollande semblait très heureux de se montrer publiquement avec ses valets, pardon ses homologues du Mali, de la Mauritanie et du Burkina Faso au vernissage de l’expo sur les Trésors de l’islam en Afrique subsaharienne.

D’ailleurs le lendemain, le vendredi 14 avril, le Burkinabè Roch Marc Christian Kaboré est accueilli avec tous les honneurs à l’Elysée. Il était important d’accroître la réactivité de la Force Barkhane dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, a déclaré à la presse le président Kaboré à son retour au pays le 15 avril 2017. Il dit aussi avoir réaffirmé notre engagement en tant que G5-Sahel.

Un certain nombre de décisions ont été envisagées et elles feront l’objet d’une concertation entre le ministre de la Défense du Burkina et celui de la France et entre les chefs d’état-major pour que, désormais, nous puissions assurer au mieux notre propre sécurité et compter sur le fait que Barkhane puisse en cas d’urgence pouvoir assurer les problèmes de couverture aérienne pour nous permettre de mieux avancer dans ce combat contre le terrorisme qui est un combat de longue haleine, a précisé Roch Marc Christian Kaboré. Il était sans doute également heureux d’avoir obtenu de l’Agence française de développement (AFD) 52 milliards de F CFA pour financer la modernisation de sa capitale, Ouagadougou.

Le seul absent dans ce ballet de visites présidentielles à Paris est sans doute le Tchadien Idriss Deby Itno en froid avec la France depuis qu’il a rejoint le Rwandais Paul Kagame sur le banc des rebelles à la Françafrique.

 

La France interdit au Mali ce qu’elle cautionne en Mauritanie

En cette fin de mandat, Hollande semble miser sur le Niger, la Mauritanie et le Mali pour faire entendre raison au Tchadien ou l’isoler tout simplement. Ce qui n’est pas une chose aisée d’autant plus que le Niger et surtout le Mali ont une dette morale et politique à l’égard de N’Djamena dont les troupes ont contribué et contribuent encore à contenir en partie l’invasion terroriste au Sahel.

Président de l’Union africaine, le Guinéen Alpha Condé a été aussi reçu audience 11 avril à l’Elysée par F. Hollande. Les présidents Condé et Kéita sont des amis de très longue date du président français. Mais, si pour le Guinéen il s’agissait d’un au-revoir diplomatique à un ami qui se prépare à plier bagage, pour IBK ce déplacement était l’opportunité de rassurer la France sur une éventuelle ouverture de négociation avec Iyad Ag Ghali comme souhaité par la Conférence d’entente nationale (27 mars-2 avril 2017).

Face à Abdelaziz, Kéita et Kaboré, François Hollande a été très clair : point de négociations aves les terroristes, principalement Iyad contre qui la France a d’ailleurs lancé un mandat d’arrêt international depuis quelques années. Le maintien du dispositif français et l’appui de Barkhane est à ce prix. C’est aussi la condition sine qua non pour que l’Hexagone soutienne la mise œuvre du grand projet sécuritaire du G5 Sahel axé sur l’opérationnalisation d’une force d’intervention commune.

Mais, cette opposition de la France à toute négociation entre Iyad et le pouvoir malien traduit la faiblesse d’IBK face à son homologue français voire même dans le G5 Sahel. On interdit à Bamako de négocier à avec un fils du pays et sans qui la paix et la réconciliation semblent être des projets utopiques.

Au même moment, tout le monde ferme les yeux sur le double jeu de la Mauritanie qui est la principale base-arrière des groupes terroristes (Aqmi, Al-Mourabitoune…) qui déstabilisent le Mali.

Sûr de son influence, Mohamed Ould Abdelaziz ne s’en cache même plus. Ainsi, lors de son séjour de la semaine dernière, quand la journaliste de RFI lui demande comment ça se fait qu’il reçoit et garde chez lui des terroristes qui ont posé des actes au Mali sans chercher à les arrêter ? 

Ils sont Mauritaniens, ils sont chez eux et ils se sont repentis, répond le Mauritanien. Autrement dit, tant que ceux-ci ne mènent pas d’actions subversives contre leur propre pays, ils sont libres de déstabiliser les voisins (notamment le Mali) et revenir se mettre à l’abri dans leur pays.

Et pourtant, c’est le Mali qui est indexé par tous d’exporter le terrorisme chez ces voisins. Et un opposant malien avait même cru bon d’être complice d’une telle accusation. Et entre 2010 et 2012, le pays de Mohamed Ould Abdel Aziz n’hésitait pas à accuser le Mali d’ATT d’être le ventre mou de la lutte anti-terroriste dans le Sahel.

Aujourd’hui, c’est lui qui accueille les terroristes, au vu et au su de tout le monde. Et visiblement avec la bénédiction de la France qui n’est pas pressée de voir la paix revenir au Mali afin de justifier une présence militaire qui assure ses intérêts au nord du Mali voire dans le Sahel, notamment Areva qui pille l’uranium au Niger.

Après avoir écouté cet aveu de complicité avec les réseaux criminels qui bloquent le processus de paix et de réconciliation au Mali, peut-on encore objectivement nourrir l’espoir de voir le G5 Sahel parvenir à stabiliser la bande sahélo-saharienne ?

Un vrai leurre quand la Mauritanie, qui abrite la base du G5 Sahel, devient la base-arrière des terroristes que cette organisation se propose de combattre.

Moussa Bolly

LE REFLECTEUR : Ces morts sur la conscience du régime avril 13 2017

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CHU POINT G DE BAMAKO

La famille Diallo est en deuil : la mère de famille, notre maman (la mère d’un ami) et la généreuse Mamy de nos diablotins et diablotines a succombé à un accident vasculaire cérébral (AVC) faute de soins appropriés dans les minutes qui ont suivi l’attaque.

 

Victime d’un AVC dans la nuit de mardi à mercredi (4-5 avril 2017), la vieille dame a été ballottée entre les cliniques privées parce que les hôpitaux disaient qu’il n’y avait pas de place.

“Nous avons fait finalement plusieurs cliniques où on nous a fait savoir qu’il n’y pas de places ou qu’ils n’ont pas l’équipement nécessaire. Finalement, nous sommes allés au Luxembourg. Le médecin des urgences nous a dit qu’il n’a pas de places. C’est alors que j’ai fondu en larmes parce que je voyais ma mère mourir dans mes bras impuissant et dans l’indifférence de ceux qui pouvaient m’aider à lui sauver la vie. Finalement ému, le médecin a accepté d’examiner la maman, mais en nous prévenant qu’elle ne pouvait pas passer la nuit dans son service où il y avait pourtant  plusieurs lits vides”, témoigne notre ami Bako, l’un des fils de la défunte.

Comme prévu, il a été “libéré” à l’aube avec la patiente par “crainte des responsables du syndicat” ! Retour dans une clinique privée avant d’être évacuée en pleine journée vers le CHU Point G où elle a été acceptée suite à l’intervention d’une nièce agent socio-sanitaire. Elle y a rendu l’âme tôt le jeudi matin. Nous l’avons accompagnée en sa dernière demeure le lendemain après la prière du vendredi.

La mort est dans le destin de l’homme, mais nous pensons que notre maman aurait pu vivre quelques années encore et profiter de ses nombreux petits-enfants si elle avait rapidement bénéficié des soins appropriés.

Tout comme cette jeune dame qui a perdu la vie dans la nuit du 4 avril 2017 au CHU du Point G parce qu’elle n’a pas reçu de soins appropriés alors qu’elle était en travail. Sa famille dit avoir fait plusieurs centres de santé, des cliniques sans pouvoir bénéficier d’aucune assistance. Elle s’est finalement résolue à “tenter notre chance” au Point G où elle a été finalement accueillie après de longues négociations.

Mais, elle a rendu l’âme avant que son époux ne revienne avec les premiers médicaments prescrits. Un drame qui a plongé le CHU dans la stupeur. Ne contenant pas leur colère et leur peine, la famille et tous ceux qui ont été témoins de cette tragédie ont accablé le régime.

Des injures dont nous faisons l’économie pour ne pas être accusé d’outrage à Sa Majesté le Prince héritier du trône du Mandé.

Combien de personnes ont perdu ainsi la vie, depuis plus d’un mois que dure la grève de la santé, dans l’anonymat et l’indifférence totale des autorités et aussi des agents de santé dont la principale préoccupation doit être pourtant de sauver des vies ?

Les hôpitaux, les centres de santé de référence (CS-Réf), les centres de santé communautaire (Cscom) n’ont jamais autant mérité leur triste réputation de mouroir pour la grande majorité des Maliens qui n’ont pas les moyens de se soigner sur place à plus forte raison à l’extérieur du pays.

“Je commentais les publications de mes amis sur Facebook sans aller aux sources. Ce matin, je suis passée vers l’odontostomatologie et j’ai eu les larmes aux yeux. Je me suis mis à la place de ces pauvres malades qui n’ont pas l’argent pour aller se soigner dans les cabinets dentaires”, nous confiait une amie lundi (10 avril 2017).

Avec la grève des professionnels de la santé, depuis plus d’un mois, rares sont les structures publiques ou communautaires qui respectent réellement le service minimum. Débordées, de nombreuses cliniques ont doublé, voire triplé leurs tarifs. N’empêchent qu’ils manquent souvent de places pour accueillir les patients ou prendre en charge certains cas comme les AVC qui se multiplient en cette période de canicule.

La frustration des travailleurs est réelle et le malaise social est profond. La colère couve. Mais, il ne faut pas non plus renoncer à son devoir et occulter la réalité socioéconomique de l’Etat. La situation sécuritaire et économique précaire de notre pays n’est pas propice à des revendications sociales tous azimuts.

Même si cela n’est pas non plus une raison pour tourner le dos à des corporations dont les revendications sont aussi légitimes. Nous en sommes là aujourd’hui parce que les partenaires sociaux du gouvernement ne lui font plus confiance. Il faut donc renouer le dialogue et instaurer cette confiance perdue.

Le gouvernement n’a plus intérêt à faire semblant de négocier en tenant un discours mensonger ou démagogique à ses partenaires sociaux. Et cela d’autant plus que la stabilité du pays tient aujourd’hui à peu de choses.

Mais, sauver la patrie du chaos est un devoir patriotique commun. En effet, comme l’a si bien dit le brillant juriste et écrivain, il est de notre devoir de nous organiser et de faire “front commun pour qu’un tel avenir aussi sombre ne puisse nous plonger pour de bon dans l’abîme”.

Autant alors consacrer le peu d’énergie qui nous reste à réfléchir à l’alternative qui reste : nous battre avec bravoure et détermination ou périr comme des imbéciles, voire des lâches.

Dan Fodio

LE POINT : Paré des plumes du Paon ! avril 6 2017

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M. Malick Alhousseini, le ministre de l’Energie et de l’Eau

Allah ka barikabô nin fanga nin na ! Que Dieu nous débarrasse de ce régime ! Très grave comme malédiction dans la bouche d’une vieille dame de retour de la mosquée tôt ce mercredi 5 avril 2017.

Et elle a cru nécessaire de s’expliquer quand elle a su que nous avons entendu son juron (nous préférons).

-Pardon mon fils. Dans ce pays, les difficultés s’accumulent et finalement nous allons tous devenir folles à force de soliloquer. Depuis quelques jours, je suis contrainte de réveiller des enfants depuis 5 heures du matin pour aller chercher de l’eau au niveau d’un forage pour qu’ils puissent aller à l’école à l’heure. Le robinet ne coule que rarement ! Les puits sont à sec depuis des mois» !

Vous imaginez le calvaire de ces enfants qui, sous le poids de la fatigue et du sommeil voire de la faim, ne pourront que difficilement suivre les cours en classe ! Le Mali se veut pourtant un pays émergeant ! Cinquante sept ans d’indépendance ! Pas de courant, pas d’eau qui demeurent un luxe pour la majorité des populations.

Dans presque tous les quartiers de Bamako, la corvée d’eau pour les femmes et les enfants commence entre 4 et 5 heures du matin. Elle est indispensable pour la grande majorité des familles qui ne peuvent pas s’offrir les services des pousse-pousseurs qui entrent dans la danse aux environs de 6 heures.

Les régimes qui se sont succédé ont été incapables de fournir correctement l’électricité et d’approvisionner en eau potable la capitale à plus forte raison l’intérieur du pays. Toujours des promesses, rien de concret ! On s’éclaire à l’illusion et on boit à la fontaine de la démagogie !

Et pourtant le ministre de l’Energie et de l’Eau ainsi que ses Chefs de service ne cessent de dire qu’il y a l’électricité pour satisfaire la forte demande de la capitale. Pendant des mois, ils ont aussi assuré les populations de la mise en œuvre d’une politique de proximité avec des forages à la place des citernes qui sillonnent des quartiers pendant la période de chaleur pour offrir cette précieuse denrée aux habitants. Une pratique qui faisait la fortune de ses initiateurs car n’échappant pas certainement à la surfacturation.

A l’arrivée, rien ! Les délestages continuent de plus belle ! Faute à des pannes ici et là, se défendent leurs communicants ! Vrai ou faux ? Il est en tout cas évident que si les entretiens étaient correctement faits en amont, ces désagréments pouvaient être minimisés en période de canicule où le courant et l’eau deviennent une nécessité sociale comme manger et se soigner.

La réalité est qu’IBK et son gouvernement sont toujours dans le déni de la réalité. La preuve, c’est qu’il n’y a plus de saison pour les délestages à Bamako voire dans notre pays. Nous l’avons vécu pendant presque les douze mois de 2016 !

Visiter des chantiers, sillonner le pays et promettre ne résolvent plus les problèmes des Maliens. Bientôt une décennie qu’on brandit le projet d’adduction d’eau Kabala comme la solution pérenne au problème d’eau de la capitale parce qu’il va augmenter l’offre de 75 à 95 %. Un projet financé à hauteur de 172 milliards de F Cfa par la Banque mondiale, l’Agence française de développement, l’Union européenne, la Banque européenne de développement.

Les travaux sont confiés à la Société malienne de patrimoine de l’eau potable (SOMAPEP-SA). Avec un taux d’exécution global des travaux encore estimé à 31 %, la finalisation du chantier est prévue pour décembre 2018. Et entre temps, la population augmente sans qu’on envisage une stratégie pour anticiper sur cette hausse significative de la demande en services sociaux de base.

Face au calvaire et aux difficultés réelles des Maliens, le régime n’est jamais à bout d’ingéniosité pour maquiller l’inefficacité des politiques prônées voire son incapacité, l’embellir la triste réalité afin de mieux dissimiler ses échecs à mettre en œuvre le projet de société, Le Mali d’abord ! Le pouvoir s’est miré dans la politique du mensonge et les citoyens souffrent dans l’indifférence.

Le sage de Bandiagara, Tierno Bocar (paix à son âme), disait qu’il n’aimerait pas vivre «cette période où la vérité ne servirait à rien et où le mensonge ne dérangerait plus personne». Hélas ! Les Maliens vivent cette période dans tout ce qu’elle comporte comme conséquences économiques et surtout sociales dramatiques. Réfugiés dans le mensonge maquillé en stratégie de communication, nos dirigeants actuels sont incapables de prendre la moindre initiative allant réellement dans le sens de la satisfaction des populations.

Comme le dit la bloggeuse Tetou Gologo, «chercher des solutions, c’est avoir la volonté d’en trouver. Mais, nous ne cherchons pas des solutions, surtout en milieu dit intellectuel et politique, mais plutôt des coupables, des boucs-émissaires, des gens à abattre… » ! Peut-il en être autrement lorsque pour la majorité des membres de nos gouvernements occuper un fauteuil ministériel est une fin en soi ?

Décidément, le régime d’IBK ne cesse de nous prouver qu’il est un geai paré des plumes du paon ! A qui la faute ? Les Maliens ne peuvent que s’en prendre à eux-mêmes ! Chacun, comme la vielle dame croisée tôt ce mercredi 5 avril 2017, est résigné en priant qu’Allah vienne nous débarrasser des dirigeants que nous avons nous-mêmes élus ! L’actuel régime a été plébiscité par plus de 77 % des Maliens.

Certes, en bon croyant, nous ne pouvons pas dire que Dieu n’était pas dans les isoloirs avec les électeurs parce qu’il est partout. Mais, le Très Miséricordieux et l’Omniscient n’a empêché personne de voter en âme et conscience.

Comme le dit une fable de la Fontaine, celui qui sème le vent récolte la tempête ! Il ne faut pas rêver remporter la course quand on mise sur le mauvais cheval.

Les Maliens se sont fait avoir par un discours qui était dans le mensonge et la démagogie depuis la campagne électorale. Ils en payent le prix aujourd’hui ! Malheureusement, le calice est encore loin de la lie !

Kader Toé

LE REFLECTEUR : Des Martyrs sacrifiés sur l’autel de la lâcheté mars 23 2017

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LE REFLECTEUR : Des Martyrs sacrifiés sur l’autel de la lâcheté 

 

17 mars 1980-17 mars 2017 : cela fait 37 ans qu’Abdoul Karim Camara dit Cabral, secrétaire général de l’Union nationale des élèves et étudiants du Mali (UNEEM), a été arraché à sa famille, ses camarades de lutte, aux démocrates maliens. Trente-sept que nous le pleurons sans jamais avoir le droit humain de faire notre deuil.

 

La révolution est souvent comme un arbre bien enraciné dans un terreau fertile. Quand on arrache un bourgeon, un autre repousse. Ainsi, les cadets de Cabral ont repris le flambeau de la lutte pour l’émancipation du peuple onze ans après au sein de l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM). Et cette fois, le dictateur est terrassé. Même s’il a chuté dans le sang des manifestants, giclant souvent entre des corps calcinés, des membres en lambeaux. Des vies ont été sacrifiées pour qu’une ère démocratique s’ouvre au Mali, pour que souffle le vent de la liberté et que les Maliens ne souffrent plus du déséquilibre de la balance de la justice.

Ce fut le prix à payer pour instaurer un système qui accepte que l’on vive en démocratie, que chaque Malien soit l’égal de l’autre, que nous soyons tous égaux devant la loi. La justice, l’égalité, l’intégrité, la probité devaient être des valeurs de la morale politique, son socle. Hélas ! L’espoir a duré à peine dix ans. La révolution a-t-elle échoué ? A-t-elle été détournée de ses objectifs parce qu’elle a mangé elle-même ses enfants ?

Toujours est-il que le sacrifice de Cabral et des martyrs du 26-Mars 1991 a été aussi sacrifié sur l’autel de la conquête du pouvoir dont l’appétit a ouvert des brèches dans les rangs du Mouvement démocratique. Les opportunistes s’y sont engouffrés pour perpétuer les travers que notre révolution voulait combattre. La justice et l’égalité sont devenues des leurres dans un pays où le nombre de “milliardaires de la démocratie” ne cesse d’exploser dans un océan de misère tentaculaire.

Occupés à puiser dans les caisses de l’Etat, à spolier les terres des plus pauvres, à voler l’orphelin et à violer les veuves avant de leur rendre sauces, ces pseudo-démocrates ont sacrifié toutes les valeurs socioculturelles pouvant permettre à un peuple de demeurer optimiste sur son avenir. Le Mali des valeurs se meure à petit feu !

La compétence ou le mérite ne suffit plus pour prétendre à une promotion, y compris au sein des Forces armées et de sécurité. Le droit de cuissage s’est substitué aux diplômes si on n’a pas de quoi payer pour passer à la fonction publique ou intégrer l’armée, la police, la gendarmerie…

A la douane c’est pire avec des places vendues entre 3,5 et 5 millions de F CFA. Certains vont emprunter de l’argent parce qu’assurés qu’une fois intégrés, ils peuvent rembourser en moins de six mois en s’arrangeant avec les importateurs sur le dos de l’Etat. Tant pis pour les recettes douanières pourtant vitales pour le Trésor public !

La République a vendu son âme aux rebelles, aux trafiquants d’armes et de drogues. Le pouvoir a alors vacillé semant la panique dans ses allées et dans les rangs des Forces armées et de sécurité. Dans la débandade, des aventuriers ont pris le pouvoir pour se saouler, se venger, s’enrichir et accélérer la décadence du pouvoir et mettant le pays du coup, sous la tutelle.

Et depuis, que d’humiliations pour ce pays pour lequel tant de martyrs se sont sacrifiés ! Loin de tirer les enseignements de cette descente aux enfers, le pouvoir s’enferme à Koulouba et se voile le visage en traversant la ville entre Sébénikoro et le palais afin de ne pas voir cette misère perceptible partout comme signe de son échec à restituer aux Maliens leur dignité.

Comme le dit un confrère, “le président tient encore debout, mais tout va mal”. Loin de sortir de l’impasse de la crise de 2012, le pays avance dangereusement vers le précipice. Des milliards sont régulièrement injectés dans une paix factice pour entretenir des bandits armés et des terroristes qui ont pris plaisir à faire chanter un pouvoir lâche. Un régime chancelant qui pense ainsi s’acheter une stabilité comme une prostituée s’achèterait une virginité pour effacer son passé.

Rien ne va plus  pour le Malien lambda ! “Certains citoyens arrivent à se plaindre alors que les autres restent à l’écoute des leaders religieux. Sur le plan social, ça veut exploser, trop de corruption. Peu d’autorité de l’Etat” ! Ce diagnostic, loin d’être exhaustif, est du même confrère !

Et pourtant, tout baigne pour le pouvoir et ses serviteurs zélés. Mais, il ne faut pas surtout le dénoncer au risque de prolonger les “débats de caniveaux”, d’être traités de “drogué” si vous n’êtes pas étiquetés “aigris”. Comment ne pas être aigris quand on vous prend tout, jusqu’à votre honneur et votre dignité ?

Jusque-là épargné, même si “La Maîtresse du président” l’a un moment ébranlé, la liberté d’expression n’est tolérée que du bout des lèvres. Les journalistes sont menacés avant de s’évaporer dans la nature. Ainsi, Birama Touré est porté disparu depuis le 29 janvier 2016. Il s’est volatilisé. Personne ne s’en émeut à Koulouba ou à la Cité administrative !

Que fait le peuple ? Résigné ! Comme toujours ! On se défoule sur les réseaux sociaux. Mais, quand il s’agit d’agir, chacun est très occupé pour venir protester. On a plutôt peur pour sa place. On crie dans les “grin”, mais quand le bourreau se pointe, on avale sa langue ou on range sa queue entre les jambes.

Finalement ceux qui ne sont pas intimidés, se taisent dès qu’ils ont leur part du gâteau. Difficile de leur en vouloir, car qui n’aimerait pas être arraché à cette misère, à cette galère ? Il faut vraiment avoir de solides convictions pour résister à ces propositions alléchantes et ranger sa plume ou avaler sa langue et rester aphone, sourd-muet et aveugle.

Les martyrs se sont sacrifiés pour survivre à travers les valeurs pour lesquelles ils se sont battus ! Mais, nous les avons enterrés en sacrifiant les mêmes valeurs sur l’autel de la mégalomanie, de la cupidité ou de la lâcheté ! Nous sommes si lâches que nous n’osons même plus lutter et braver ceux qui amènent notre pays vers le chaos pour espérer les ramener à la raison ou les vaincre en les mettant à la tâche. Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se brise…

Moussa BollyMonument des Martyrs !

ART ET DANSE : Eduquer et divertir sans pervertir mars 10 2017

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Danse traditionnelle bwa au Festival sur le Niger à Ségou

C’est une lapalissade de dire que nous avons abandonné l’éducation de nos enfants à la rue, aux médias traditionnels (TV notamment) et aux réseaux sociaux. Même l’école malienne a abandonné la mission d’éducation qui lui est, entre autres, attribuée. Le langage et les comportements des adolescents et des jeunes symbolisent cet abandon. Et ce n’est pas forcément parce que nous (parents) sommes absents. Mais, nous n’avons même plus conscience de l’impact négatif de certains programmes dits de divertissement que nous regardons avec notre progéniture.

 

Une nuit, ne parvenant pas à trouver le sommeil malgré la lecture et les prières, nous avons passé une grande partie de longues heures à regarder Trace (notamment Trace/Afrique). Et cela après avoir regardé un bon film sur la mafia sur une autre chaîne. En tant que journaliste culturel, cela est souvent utile pour être en phase avec l’actualité musicale (sorties d’album, l’actu des stars, les hits).

Dans les clips des artistes africains et africains-américains, c’est le désagréable constat, la danse a beaucoup évolué, passant de la subjectivité à la perversité. C’est loin de l’art qu’elle est supposée être. Et pourtant, nos terroirs sont si riches en danses magnifiques que nous n’avons pas besoin d’envier des pas venus d’ailleurs.

Dans ces clips, ça va dans tous les sens et ça remue de partout : jambes, hanches, fesses, poitrines… On se demande souvent si certaines danseuses ont encore des os dans le corps et si leur colonne vertébrale n’est pas remplacée par un muscle plus élastique que d’ordinaire.

Au-delà des objectifs commerciaux, nous nous demandons quels peuvent être les effets collatéraux de ces danses qui franchissent allègrement les limites de l’obscénité ? Quel est leur impact sur l’activité sexuelle de ses filles et jeunes hommes, sur leur santé de la reproduction ?

Quelle moralité jouissent-ils ? Ces danseuses sont-elles, en dehors de la scène, des bombes sexuelles comme elles le suggèrent si bien dans leurs chorégraphies ?  Dans ce cas, il faut vraiment plaindre leurs copains, voire leurs époux parce qu’il faudra être un bel étalon pour les satisfaire et les garder chastes.

 

Zapper, c’est tourner le dos au fléau

Certains diront que nous n’étions ou que nous ne sommes pas obligés de regarder ces chaînes ou ces clips. Mais, à notre avis, zapper correspond à la politique de l’autruche. Ne pas voir un fléau, ne signifie pas qu’il n’existe pas. Ce n’est pas la meilleure approche. Heureusement que nous n’avons pas regardé cette chaîne en téléspectateur anodin, mais en journaliste/critique.

Mais, combien de parents peuvent-ils être amenés à regarder ces obscénités avec leurs enfants sans être conscients de leurs effets sur leurs comportements futurs ?

Pour la passion de la musique, combien de parents regardent aujourd’hui ces clips frisant souvent la pornographie avec leurs enfants sans se rendre à l’évidence de cet impact négatif ? Notre devoir c’est donc d’attirer l’attention des uns et des autres sur ce genre de déviation qui a un impact très négatif sur l’éducation de nos enfants.

Comme réagissait notre amie Sonia Duchesse, en réaction à notre post sur le sujet, “malheureusement on ne se rend pas bien compte des effets collatéraux qui sont loin d’être anodins. En acceptant, on admet et en admettant on banalise et en banalisant on autorise, on encourage, on ouvre la porte à d’autres dérives bien plus obscènes et dangereuses comme le viol, la pédophilie… En glorifiant l’étalage impudique en public (l’exhibition) on fait l’apologie du crime sexuel”.

Le hic est que ces jeunes et adolescents oublient souvent que ces clips sont des produits commerciaux, comme les emballages magnifiques destinés à attirer la clientèle avec le risque que le contenu ne soit pas à hauteur de souhait. Ils, surtout les filles avec les tenues vestimentaires et les maquillages à outrance, reproduisent les mêmes looks et les mêmes attitudes parce que pour eux cela équivaut à être branchés.

Ils ont malheureusement tendance à ne voir que les côtés négatifs de la mode. Demander aux jeunes et adolescents quels sont les côtés positifs des médias sociaux, des nouvelles technologies (Tics). Sur un échantillon de 100, estimez-vous heureux si dix en trouvent plus d’un aspect positif.

Sinon pour les autres, les téléphones et les tablettes servent surtout à mater les clips évoqués plus haut, à visionner le porno, à draguer les filles, à se régler les comptes sentimentaux dans un langage trash. Donc pas à réviser, à avoir de nouvelles connaissances sur les disciplines enseignées à l’école, à communiquer et enrichir sa culture générale par l’information, la lecture…

Les fonctions ludiques l’emportent donc largement sur le reste. Amusez-vous souvent à renvoyer les enfants aux moteurs de recherches pour trouver des réponses aux questions qu’ils vous posent souvent.

 

L’utile sacrifié pour le futile

Les bambaras disent, tulon tè sèbèsa ! Autrement dit, il faut savoir lier l’utile à l’agréable. Mais, notre génération virtuelle a sacrifié l’utile au profit de l’agréable, voire du futile.

Comme le dit l’ancienne présidente du Parlement nationale des Enfants, Mme Bernadette Mah Ippet (sur les réseaux sociaux), il ne faut pas en vouloir aux ados et jeunes de nos jours, car “de 0 à 10 ans, ils  occupent leur esprit avec des jeux qui les empêchent de développer toute base de bon sens à l’âge adulte. Aucune promotion de l’excellence. De 10 à 18 ans, ils sont impliqués uniquement dans les activités récréatives au lieu d’activités civiques et éducatives leur permettant d’avoir un esprit critique et du leadership”

Et comble de malheur, poursuit-elle, “de 18 à 30 ans, ils les utilisent comme des marionnettes pour leurs besoins d’élections et de campagnes en leur donnant des miettes qu’ils prennent en disant merci sans savoir qu’ils vendent leurs âmes au diable et aussi leur intégrité”.

Finalement, souligne Mlle Ippet, “de 30 à 45, ils les font intégrer le système, leur donnent des postes juteux pour qu’ils se taisent et les laissent bouffer tranquillement… Le système les a avalés, ils ont été contaminés et perpétuent les pratiques des aînés et détruisent le pays”.

Au Mali, si l’art trouve une place dans le cœur des enfants un jour, les artistes maliens pourront vivre de leur art”, déclaré Lassina Koné, directeur artistique de Don Sen Folo (Premier pas de danse) de Kalabancoro Kouloubiléni. Danseur, chorégraphe et chercheur. Il est aussi l’initiateur du Centr’Art Don Sen Folo (Voir Le Reflet n°573 du jeudi 16 février 2016).

Il revient à chacun de nous que l’art trouve sa place dans le cœur de nos enfants, qu’ils prennent la danse comme un tremplin de promotion culturelle, un outil d’éveil citoyen permettant de lier l’utile à l’agréable. La danse est aussi une expression, corporelle et sociopolitique, permettant de s’émanciper et d’exister. Elle doit pouvoir divertir sans pervertir.

Moussa Bolly

PAIX ET STABILITE : Rétablir la justice pour parvenir à la paix mars 3 2017

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A l’ouverture du dialogue politique de haut niveau sur la prévention et la lutte contre l’extrémisme violent au Sahel (21-22 février 2017 à Bamako), le Premier ministre Modibo Kéita a effleuré un sujet important car expliquant en partie la descente aux enfers que notre pays vit depuis cinq ans : le respect de la loi et de la légalité, un principe sacré dont la violation soulève la question de l’équité face à la justice et de l’impunité, devenue le cancer de notre démocratie.

 

Existe-il une justice au Mali ? Amusez-vous à poser cette question aux Maliens toutes couches confondues ! Nous n’avons pas été en tout cas surpris puisque huit sur dix personnes interrogées répondent par la négative. “Il n’y pas de justice pour les pauvres…”, “c’est une justice à deux vitesses”, “devant nos juges, les pauvres n’ont jamais raison. Et entre pauvres, celui qui a des relations est aussi roi”… nous répondent plusieurs interlocuteurs.

Et certains vont même à lier leur boycott des urnes à cette absence de justice au Mali. “A quoi sert-il de voter pour tel ou tel puisqu’ils sont tous pareils, maires, députés, ministres, présidents des institutions… Ils sont tous corrompus et n’auront jamais à répondre de leurs crimes ou de leurs exactions”, nous indique Halima, une élégante dame, la soixantaine portée avec charme.

“Vous vous êtes une fois posé la question sur les vraies sources du chaos que le Mali traverse maintenant ?”, nous interroge-t-elle, en inversant les rôles avec malice. “Parce que la veuve est dépouillée sans vergogne. L’orphelin est déshérité sans aucun recours possible pour lui ; parce que les dirigeants confondent le bien public à leur propre patrimoine sans se soucier des conséquences économiques et sociales sur la majorité de la population condamnée à la misère…”, répond-t-elle face à notre silence.

Une analyse pertinente qui rejoint aussi de nombreux prêches. Mais, qu’on soit croyant ou non, la soif de justice est incontestablement l’un des besoins communs des Maliens de toutes les régions, du Nord au sud, d’Est en ouest.

Contrairement aux premières informations véhiculées par exemple sur les émeutes contres les débits de boissons de Tombouctou samedi dernier (25 février 2017), ce “vandalisme” n’a rien à avoir avec une montée de l’extrémisme religieux. C’est juste la conséquence de l’inaction, voire l’indifférence des autorités administratives face à la violation d’une loi : la réglementation de la vente d’alcool.

En effet, selon des notabilités et des sources sécuritaires, les jeunes ont protesté contre la vente d’“alcools forts” dans des sachets et à des prix dérisoires. Et dans ce cas, les clients ciblés sont des enfants et adolescents. Ayant alerté les autorités compétentes en vain, la jeunesse a décidé “d’assainir” la ville.  Voilà Monsieur le Premier ministre où conduit la violation de la loi cautionnée par les autorités censées la faire respecter.

 

L’absence de justice ravive les conflits fonciers et communautaires

La vindicte populaire appliquée aux voleurs, les conflits communautaires et fonciers, l’extrémisme violent, voire en partie la rébellion au nord du pays ont souvent une origine commune : l’injustice, la frustration, le déni de justice.

L’impunité est aujourd’hui une plaie de notre nation, un cancer de notre démocratie depuis l’avènement de laquelle la balance de notre justice semble en panne. Au même titre que la corruption qu’elle a accentuée. La balance, symbole de la justice, ne penche que d’un seul côté : le pouvoir et son clan, les riches, les bras longs dans l’administration, les forces armées et de sécurité et surtout dans l’appareil judiciaire du pays.

Une défection dont l’Etat même récolte les pots cassés à cause de la complicité entre magistrats et avocats. Combien de procès l’Etat malien a gagné ces deux dernières décennies contre les délinquants financiers, les spéculateurs fonciers… ? Bien au contraire, c’est toujours lui qui est condamné à payer ironiquement des dommages et intérêts que les juges et les avocats (des deux parties) se partagent le plus souvent.

La crise malienne est avant tout une révolte contre l’injustice. Le centre est en train de s’embraser parce que personne n’a plus confiance en la justice pour trancher les litiges. Comme ces éleveurs qui ont longtemps croupi en prison.

“Nous avions interpellé un voleur avec nos bœufs. Nous l’avons remis à la gendarmerie et porté plainte pour vol de bétail. Quelques mois après, nous avons surpris la même personne en train de voler nos bœufs pour aller les vendre. Sérieusement bastonné, il a porté plainte contre nous”, nous a confié récemment un interlocuteur dans la région de Ségou.

Et d’ajouter : “Nous avons été arrêtés et nous avons passé près d’un an en prison sans jugement. Il a fallu que nos familles viennent payer une importante somme d’argent pour que nous puissions sortir. Et c’est ce voleur qui nous menace régulièrement de nous en envoyer en prison si nous osons l’interpeller sur le vol de bétail dans la zone. Mais nous savons désormais ce que nous devons le faire la prochaine fois que nous allons le prendre la main dans le sac”.

Sans justice, peut-on rétablir l’Etat de droit ? Sans justice, peut-on espérer mettre fin à la corruption qui enrouille d’ailleurs l’appareil judiciaire du pays ? Si l’on accorde l’impunité à ceux qui sont impliqués dans les détournements, les crimes d’hier, qu’est-ce qui les empêcherait de commettre d’autres actes de violence non seulement politiques, mais aussi économiques (extorsion et détournement de fonds) qui minent la stabilité et le développement économique de  notre pays ?

 

Le déni de justice entraîne la résignation ou la révolte

Face au constat de ne jamais obtenir justice ici bas, quelle peut être l’attitude de cette majorité brimée et frustrée ? La résignation ou la révolte pour se faire justice.

“Dans toutes les sociétés où règne l’impunité, on cherche par tous les moyens à provoquer l’amnésie collective. Il est important, par conséquent, de comprendre pourquoi impunité et musellement de la mémoire vont de pair et quelles conséquences cela implique-il pour la société”, souligne Jean-Marie Fardeau, directeur France de Human Rights Watch. C’était dans une chronique dans la presse française intitulée, “les conséquences de l’impunité sur la société : Le point de vue d’un Uruguayen ordinaire”.

Pour lui, “le véritable jugement est toujours moral et inscrit au patrimoine des peuples et de l’Histoire. Mais il suppose que les mécanismes de l’impunité aient été démontés et que le désastre social et économique ait été évalué…”

Et aussi, écrit-il, “une société incapable de prouver que l’impunité n’a pas de droit de cité en son sein est prête à accomplir une sorte de suicide social. Les tortionnaires qui déambulent librement dans la rue sont confortés dans leur conviction que l’acte terroriste, accompli dans le cadre de l’Etat, est plus efficace que n’importe quel autre”.

Ce que nos autorités ne comprennent pas souvent, c’est qu’en perpétuant l’impunité, l’Etat empêche également une véritable réconciliation nationale. Il prive la société de tous les moyens de renforcer l’état de droit, c’est-à-dire les institutions démocratiques.

La réconciliation repose sur le pardon. Comment pardonner à quelqu’un qui n’a pas été jugé ? Pardonner à quelqu’un si on ne connaît pas son identité et encore moins à la place d’un autre ou au nom d’un tiers ?

“Celui qui pardonne s’efforce de rompre le cycle sinistre dans lequel s’abîme toute communication humaine : il tente d’établir une nouvelle relation, en se basant sur la conviction que son bourreau peut se transformer véritablement. Cet acte ne peut donc être abstrait”, défendait un sociologue.

 

Rupture avec l’article 6 de la Convention des droits de l’homme et du citoyen

Comme dans un article récemment lu sur le site de Mediapart, “un gouvernement démocratique qui abdique face à l’impunité lègue à ses citoyens un avenir de corruption et de profonde immoralité, vidant de tout son sens les notions même de démocratie et de paix”.

Malheureusement, il y a longtemps que le Mali a rompu avec l’article 6 de la Convention des droits de l’Homme et du citoyen qui stipule, “la loi doit être la même pour tous”. Une réalité qui a plongé la République dans un coma artificiel enflammant les conséquences de la rébellion de janvier 2012.

Rares sont les responsables et les cadres des secteurs névralgiques du pays (politique, justice, administrations, organismes et professionnels de santé publique, caisses de recouvrement, grandes entreprises) qui ne profitent pas de ce “désespoir généralisé” pour s’enrichir au détriment des populations aux abois.

Ce désespoir accroit la pauvreté et le désœuvrement faisant des adolescents et des jeunes des proies faciles pour les recruteurs des organisations criminelles comme les réseaux mafieux (migration clandestine, terrorisme, drogues, armes…)

Quand on n’attend plus rien de la vie et des dirigeants de son pays, comment ne pas être sensibles à un discours (même mensonger) qui vous procure une triple satisfaction : une rémunération financière conséquente, une rémunération spirituelle (paradis) et surtout se venger de ce qui vous avait relégué au ban de la société.

Comme on peut le constater le Premier ministre Modibo Kéita a effleuré une question d’importance capitale pour la résolution de la crise que le Mali traverse. Elle est d’autant importante qu’elle doit nous amener à comprendre que l’Accord signé en mai et juin accouchera difficilement d’une réconciliation définitive pour une paix durable parce qu’il est axé sur le déni de justice, accentuant les frustrations.

Comme le rappelait tristement Fatoumata Harber (professeur à l’IFM Hégire de Tombouctou, activiste et secrétaire générale de la communauté des blogueurs du Mali) dans une récente interview dans l’hebdomadaire “Le Reporter” : “Comment pourrions-nous accepter que ceux qui ont détruit nos vies prennent le pouvoir ? Nous n’accepterons jamais cela… Je considère que c’est un hold-up démocratique que je refuse. Ces gens sans compétence ont pris les armes pour obtenir le pouvoir”.

Un état d’âme qui est celui de la majorité des populations du septentrion où on est en train d’imposer des autorités supposées intérimaires sous la direction de gens aux mains rouges du sang des innocents comme Hassan Fagaga à Kidal.

 

Justice et équité pour une paix pérenne

Monsieur le Premier ministre, ce que les Maliens attendent le plus de vous aujourd’hui, c’est l’application du principe d’équité : que la justice soit respectée, que la loi soit appliquée et qu’elle reste la même pour tous.

C’est la condition sine qua non de la juste répartition des richesses du pays, pour que cesse la corruption, un fléau qui est essentiellement responsable du chaos dans lequel se trouve notre République saignée par des supposés “pays amis”. Un pays qui dispose pourtant de tous les atouts pour se relever dignement de cette période sombre dont nos “amis” ne souhaitent que la prolongation pour mieux le piller.

Rétablissez la justice et il vous sera facile de réconcilier les Maliens, et donc de parvenir à la paix et à la stabilité !

Moussa BollyLe Ministre de la Justice, des Droits de l’Homme, Garde des Sceaux


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