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LE REFLECTEUR : Ces morts sur la conscience du régime avril 13 2017

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CHU POINT G DE BAMAKO

La famille Diallo est en deuil : la mère de famille, notre maman (la mère d’un ami) et la généreuse Mamy de nos diablotins et diablotines a succombé à un accident vasculaire cérébral (AVC) faute de soins appropriés dans les minutes qui ont suivi l’attaque.

 

Victime d’un AVC dans la nuit de mardi à mercredi (4-5 avril 2017), la vieille dame a été ballottée entre les cliniques privées parce que les hôpitaux disaient qu’il n’y avait pas de place.

“Nous avons fait finalement plusieurs cliniques où on nous a fait savoir qu’il n’y pas de places ou qu’ils n’ont pas l’équipement nécessaire. Finalement, nous sommes allés au Luxembourg. Le médecin des urgences nous a dit qu’il n’a pas de places. C’est alors que j’ai fondu en larmes parce que je voyais ma mère mourir dans mes bras impuissant et dans l’indifférence de ceux qui pouvaient m’aider à lui sauver la vie. Finalement ému, le médecin a accepté d’examiner la maman, mais en nous prévenant qu’elle ne pouvait pas passer la nuit dans son service où il y avait pourtant  plusieurs lits vides”, témoigne notre ami Bako, l’un des fils de la défunte.

Comme prévu, il a été “libéré” à l’aube avec la patiente par “crainte des responsables du syndicat” ! Retour dans une clinique privée avant d’être évacuée en pleine journée vers le CHU Point G où elle a été acceptée suite à l’intervention d’une nièce agent socio-sanitaire. Elle y a rendu l’âme tôt le jeudi matin. Nous l’avons accompagnée en sa dernière demeure le lendemain après la prière du vendredi.

La mort est dans le destin de l’homme, mais nous pensons que notre maman aurait pu vivre quelques années encore et profiter de ses nombreux petits-enfants si elle avait rapidement bénéficié des soins appropriés.

Tout comme cette jeune dame qui a perdu la vie dans la nuit du 4 avril 2017 au CHU du Point G parce qu’elle n’a pas reçu de soins appropriés alors qu’elle était en travail. Sa famille dit avoir fait plusieurs centres de santé, des cliniques sans pouvoir bénéficier d’aucune assistance. Elle s’est finalement résolue à “tenter notre chance” au Point G où elle a été finalement accueillie après de longues négociations.

Mais, elle a rendu l’âme avant que son époux ne revienne avec les premiers médicaments prescrits. Un drame qui a plongé le CHU dans la stupeur. Ne contenant pas leur colère et leur peine, la famille et tous ceux qui ont été témoins de cette tragédie ont accablé le régime.

Des injures dont nous faisons l’économie pour ne pas être accusé d’outrage à Sa Majesté le Prince héritier du trône du Mandé.

Combien de personnes ont perdu ainsi la vie, depuis plus d’un mois que dure la grève de la santé, dans l’anonymat et l’indifférence totale des autorités et aussi des agents de santé dont la principale préoccupation doit être pourtant de sauver des vies ?

Les hôpitaux, les centres de santé de référence (CS-Réf), les centres de santé communautaire (Cscom) n’ont jamais autant mérité leur triste réputation de mouroir pour la grande majorité des Maliens qui n’ont pas les moyens de se soigner sur place à plus forte raison à l’extérieur du pays.

“Je commentais les publications de mes amis sur Facebook sans aller aux sources. Ce matin, je suis passée vers l’odontostomatologie et j’ai eu les larmes aux yeux. Je me suis mis à la place de ces pauvres malades qui n’ont pas l’argent pour aller se soigner dans les cabinets dentaires”, nous confiait une amie lundi (10 avril 2017).

Avec la grève des professionnels de la santé, depuis plus d’un mois, rares sont les structures publiques ou communautaires qui respectent réellement le service minimum. Débordées, de nombreuses cliniques ont doublé, voire triplé leurs tarifs. N’empêchent qu’ils manquent souvent de places pour accueillir les patients ou prendre en charge certains cas comme les AVC qui se multiplient en cette période de canicule.

La frustration des travailleurs est réelle et le malaise social est profond. La colère couve. Mais, il ne faut pas non plus renoncer à son devoir et occulter la réalité socioéconomique de l’Etat. La situation sécuritaire et économique précaire de notre pays n’est pas propice à des revendications sociales tous azimuts.

Même si cela n’est pas non plus une raison pour tourner le dos à des corporations dont les revendications sont aussi légitimes. Nous en sommes là aujourd’hui parce que les partenaires sociaux du gouvernement ne lui font plus confiance. Il faut donc renouer le dialogue et instaurer cette confiance perdue.

Le gouvernement n’a plus intérêt à faire semblant de négocier en tenant un discours mensonger ou démagogique à ses partenaires sociaux. Et cela d’autant plus que la stabilité du pays tient aujourd’hui à peu de choses.

Mais, sauver la patrie du chaos est un devoir patriotique commun. En effet, comme l’a si bien dit le brillant juriste et écrivain, il est de notre devoir de nous organiser et de faire “front commun pour qu’un tel avenir aussi sombre ne puisse nous plonger pour de bon dans l’abîme”.

Autant alors consacrer le peu d’énergie qui nous reste à réfléchir à l’alternative qui reste : nous battre avec bravoure et détermination ou périr comme des imbéciles, voire des lâches.

Dan Fodio






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