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ART ET DANSE : Eduquer et divertir sans pervertir mars 10 2017

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Danse traditionnelle bwa au Festival sur le Niger à Ségou

C’est une lapalissade de dire que nous avons abandonné l’éducation de nos enfants à la rue, aux médias traditionnels (TV notamment) et aux réseaux sociaux. Même l’école malienne a abandonné la mission d’éducation qui lui est, entre autres, attribuée. Le langage et les comportements des adolescents et des jeunes symbolisent cet abandon. Et ce n’est pas forcément parce que nous (parents) sommes absents. Mais, nous n’avons même plus conscience de l’impact négatif de certains programmes dits de divertissement que nous regardons avec notre progéniture.

 

Une nuit, ne parvenant pas à trouver le sommeil malgré la lecture et les prières, nous avons passé une grande partie de longues heures à regarder Trace (notamment Trace/Afrique). Et cela après avoir regardé un bon film sur la mafia sur une autre chaîne. En tant que journaliste culturel, cela est souvent utile pour être en phase avec l’actualité musicale (sorties d’album, l’actu des stars, les hits).

Dans les clips des artistes africains et africains-américains, c’est le désagréable constat, la danse a beaucoup évolué, passant de la subjectivité à la perversité. C’est loin de l’art qu’elle est supposée être. Et pourtant, nos terroirs sont si riches en danses magnifiques que nous n’avons pas besoin d’envier des pas venus d’ailleurs.

Dans ces clips, ça va dans tous les sens et ça remue de partout : jambes, hanches, fesses, poitrines… On se demande souvent si certaines danseuses ont encore des os dans le corps et si leur colonne vertébrale n’est pas remplacée par un muscle plus élastique que d’ordinaire.

Au-delà des objectifs commerciaux, nous nous demandons quels peuvent être les effets collatéraux de ces danses qui franchissent allègrement les limites de l’obscénité ? Quel est leur impact sur l’activité sexuelle de ses filles et jeunes hommes, sur leur santé de la reproduction ?

Quelle moralité jouissent-ils ? Ces danseuses sont-elles, en dehors de la scène, des bombes sexuelles comme elles le suggèrent si bien dans leurs chorégraphies ?  Dans ce cas, il faut vraiment plaindre leurs copains, voire leurs époux parce qu’il faudra être un bel étalon pour les satisfaire et les garder chastes.

 

Zapper, c’est tourner le dos au fléau

Certains diront que nous n’étions ou que nous ne sommes pas obligés de regarder ces chaînes ou ces clips. Mais, à notre avis, zapper correspond à la politique de l’autruche. Ne pas voir un fléau, ne signifie pas qu’il n’existe pas. Ce n’est pas la meilleure approche. Heureusement que nous n’avons pas regardé cette chaîne en téléspectateur anodin, mais en journaliste/critique.

Mais, combien de parents peuvent-ils être amenés à regarder ces obscénités avec leurs enfants sans être conscients de leurs effets sur leurs comportements futurs ?

Pour la passion de la musique, combien de parents regardent aujourd’hui ces clips frisant souvent la pornographie avec leurs enfants sans se rendre à l’évidence de cet impact négatif ? Notre devoir c’est donc d’attirer l’attention des uns et des autres sur ce genre de déviation qui a un impact très négatif sur l’éducation de nos enfants.

Comme réagissait notre amie Sonia Duchesse, en réaction à notre post sur le sujet, “malheureusement on ne se rend pas bien compte des effets collatéraux qui sont loin d’être anodins. En acceptant, on admet et en admettant on banalise et en banalisant on autorise, on encourage, on ouvre la porte à d’autres dérives bien plus obscènes et dangereuses comme le viol, la pédophilie… En glorifiant l’étalage impudique en public (l’exhibition) on fait l’apologie du crime sexuel”.

Le hic est que ces jeunes et adolescents oublient souvent que ces clips sont des produits commerciaux, comme les emballages magnifiques destinés à attirer la clientèle avec le risque que le contenu ne soit pas à hauteur de souhait. Ils, surtout les filles avec les tenues vestimentaires et les maquillages à outrance, reproduisent les mêmes looks et les mêmes attitudes parce que pour eux cela équivaut à être branchés.

Ils ont malheureusement tendance à ne voir que les côtés négatifs de la mode. Demander aux jeunes et adolescents quels sont les côtés positifs des médias sociaux, des nouvelles technologies (Tics). Sur un échantillon de 100, estimez-vous heureux si dix en trouvent plus d’un aspect positif.

Sinon pour les autres, les téléphones et les tablettes servent surtout à mater les clips évoqués plus haut, à visionner le porno, à draguer les filles, à se régler les comptes sentimentaux dans un langage trash. Donc pas à réviser, à avoir de nouvelles connaissances sur les disciplines enseignées à l’école, à communiquer et enrichir sa culture générale par l’information, la lecture…

Les fonctions ludiques l’emportent donc largement sur le reste. Amusez-vous souvent à renvoyer les enfants aux moteurs de recherches pour trouver des réponses aux questions qu’ils vous posent souvent.

 

L’utile sacrifié pour le futile

Les bambaras disent, tulon tè sèbèsa ! Autrement dit, il faut savoir lier l’utile à l’agréable. Mais, notre génération virtuelle a sacrifié l’utile au profit de l’agréable, voire du futile.

Comme le dit l’ancienne présidente du Parlement nationale des Enfants, Mme Bernadette Mah Ippet (sur les réseaux sociaux), il ne faut pas en vouloir aux ados et jeunes de nos jours, car “de 0 à 10 ans, ils  occupent leur esprit avec des jeux qui les empêchent de développer toute base de bon sens à l’âge adulte. Aucune promotion de l’excellence. De 10 à 18 ans, ils sont impliqués uniquement dans les activités récréatives au lieu d’activités civiques et éducatives leur permettant d’avoir un esprit critique et du leadership”

Et comble de malheur, poursuit-elle, “de 18 à 30 ans, ils les utilisent comme des marionnettes pour leurs besoins d’élections et de campagnes en leur donnant des miettes qu’ils prennent en disant merci sans savoir qu’ils vendent leurs âmes au diable et aussi leur intégrité”.

Finalement, souligne Mlle Ippet, “de 30 à 45, ils les font intégrer le système, leur donnent des postes juteux pour qu’ils se taisent et les laissent bouffer tranquillement… Le système les a avalés, ils ont été contaminés et perpétuent les pratiques des aînés et détruisent le pays”.

Au Mali, si l’art trouve une place dans le cœur des enfants un jour, les artistes maliens pourront vivre de leur art”, déclaré Lassina Koné, directeur artistique de Don Sen Folo (Premier pas de danse) de Kalabancoro Kouloubiléni. Danseur, chorégraphe et chercheur. Il est aussi l’initiateur du Centr’Art Don Sen Folo (Voir Le Reflet n°573 du jeudi 16 février 2016).

Il revient à chacun de nous que l’art trouve sa place dans le cœur de nos enfants, qu’ils prennent la danse comme un tremplin de promotion culturelle, un outil d’éveil citoyen permettant de lier l’utile à l’agréable. La danse est aussi une expression, corporelle et sociopolitique, permettant de s’émanciper et d’exister. Elle doit pouvoir divertir sans pervertir.

Moussa Bolly




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