aller à la navigation

LE REFLECTEUR : Des Martyrs sacrifiés sur l’autel de la lâcheté mars 23 2017

Infos : , ajouter un commentaire

LE REFLECTEUR : Des Martyrs sacrifiés sur l’autel de la lâcheté 

 

17 mars 1980-17 mars 2017 : cela fait 37 ans qu’Abdoul Karim Camara dit Cabral, secrétaire général de l’Union nationale des élèves et étudiants du Mali (UNEEM), a été arraché à sa famille, ses camarades de lutte, aux démocrates maliens. Trente-sept que nous le pleurons sans jamais avoir le droit humain de faire notre deuil.

 

La révolution est souvent comme un arbre bien enraciné dans un terreau fertile. Quand on arrache un bourgeon, un autre repousse. Ainsi, les cadets de Cabral ont repris le flambeau de la lutte pour l’émancipation du peuple onze ans après au sein de l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM). Et cette fois, le dictateur est terrassé. Même s’il a chuté dans le sang des manifestants, giclant souvent entre des corps calcinés, des membres en lambeaux. Des vies ont été sacrifiées pour qu’une ère démocratique s’ouvre au Mali, pour que souffle le vent de la liberté et que les Maliens ne souffrent plus du déséquilibre de la balance de la justice.

Ce fut le prix à payer pour instaurer un système qui accepte que l’on vive en démocratie, que chaque Malien soit l’égal de l’autre, que nous soyons tous égaux devant la loi. La justice, l’égalité, l’intégrité, la probité devaient être des valeurs de la morale politique, son socle. Hélas ! L’espoir a duré à peine dix ans. La révolution a-t-elle échoué ? A-t-elle été détournée de ses objectifs parce qu’elle a mangé elle-même ses enfants ?

Toujours est-il que le sacrifice de Cabral et des martyrs du 26-Mars 1991 a été aussi sacrifié sur l’autel de la conquête du pouvoir dont l’appétit a ouvert des brèches dans les rangs du Mouvement démocratique. Les opportunistes s’y sont engouffrés pour perpétuer les travers que notre révolution voulait combattre. La justice et l’égalité sont devenues des leurres dans un pays où le nombre de “milliardaires de la démocratie” ne cesse d’exploser dans un océan de misère tentaculaire.

Occupés à puiser dans les caisses de l’Etat, à spolier les terres des plus pauvres, à voler l’orphelin et à violer les veuves avant de leur rendre sauces, ces pseudo-démocrates ont sacrifié toutes les valeurs socioculturelles pouvant permettre à un peuple de demeurer optimiste sur son avenir. Le Mali des valeurs se meure à petit feu !

La compétence ou le mérite ne suffit plus pour prétendre à une promotion, y compris au sein des Forces armées et de sécurité. Le droit de cuissage s’est substitué aux diplômes si on n’a pas de quoi payer pour passer à la fonction publique ou intégrer l’armée, la police, la gendarmerie…

A la douane c’est pire avec des places vendues entre 3,5 et 5 millions de F CFA. Certains vont emprunter de l’argent parce qu’assurés qu’une fois intégrés, ils peuvent rembourser en moins de six mois en s’arrangeant avec les importateurs sur le dos de l’Etat. Tant pis pour les recettes douanières pourtant vitales pour le Trésor public !

La République a vendu son âme aux rebelles, aux trafiquants d’armes et de drogues. Le pouvoir a alors vacillé semant la panique dans ses allées et dans les rangs des Forces armées et de sécurité. Dans la débandade, des aventuriers ont pris le pouvoir pour se saouler, se venger, s’enrichir et accélérer la décadence du pouvoir et mettant le pays du coup, sous la tutelle.

Et depuis, que d’humiliations pour ce pays pour lequel tant de martyrs se sont sacrifiés ! Loin de tirer les enseignements de cette descente aux enfers, le pouvoir s’enferme à Koulouba et se voile le visage en traversant la ville entre Sébénikoro et le palais afin de ne pas voir cette misère perceptible partout comme signe de son échec à restituer aux Maliens leur dignité.

Comme le dit un confrère, “le président tient encore debout, mais tout va mal”. Loin de sortir de l’impasse de la crise de 2012, le pays avance dangereusement vers le précipice. Des milliards sont régulièrement injectés dans une paix factice pour entretenir des bandits armés et des terroristes qui ont pris plaisir à faire chanter un pouvoir lâche. Un régime chancelant qui pense ainsi s’acheter une stabilité comme une prostituée s’achèterait une virginité pour effacer son passé.

Rien ne va plus  pour le Malien lambda ! “Certains citoyens arrivent à se plaindre alors que les autres restent à l’écoute des leaders religieux. Sur le plan social, ça veut exploser, trop de corruption. Peu d’autorité de l’Etat” ! Ce diagnostic, loin d’être exhaustif, est du même confrère !

Et pourtant, tout baigne pour le pouvoir et ses serviteurs zélés. Mais, il ne faut pas surtout le dénoncer au risque de prolonger les “débats de caniveaux”, d’être traités de “drogué” si vous n’êtes pas étiquetés “aigris”. Comment ne pas être aigris quand on vous prend tout, jusqu’à votre honneur et votre dignité ?

Jusque-là épargné, même si “La Maîtresse du président” l’a un moment ébranlé, la liberté d’expression n’est tolérée que du bout des lèvres. Les journalistes sont menacés avant de s’évaporer dans la nature. Ainsi, Birama Touré est porté disparu depuis le 29 janvier 2016. Il s’est volatilisé. Personne ne s’en émeut à Koulouba ou à la Cité administrative !

Que fait le peuple ? Résigné ! Comme toujours ! On se défoule sur les réseaux sociaux. Mais, quand il s’agit d’agir, chacun est très occupé pour venir protester. On a plutôt peur pour sa place. On crie dans les “grin”, mais quand le bourreau se pointe, on avale sa langue ou on range sa queue entre les jambes.

Finalement ceux qui ne sont pas intimidés, se taisent dès qu’ils ont leur part du gâteau. Difficile de leur en vouloir, car qui n’aimerait pas être arraché à cette misère, à cette galère ? Il faut vraiment avoir de solides convictions pour résister à ces propositions alléchantes et ranger sa plume ou avaler sa langue et rester aphone, sourd-muet et aveugle.

Les martyrs se sont sacrifiés pour survivre à travers les valeurs pour lesquelles ils se sont battus ! Mais, nous les avons enterrés en sacrifiant les mêmes valeurs sur l’autel de la mégalomanie, de la cupidité ou de la lâcheté ! Nous sommes si lâches que nous n’osons même plus lutter et braver ceux qui amènent notre pays vers le chaos pour espérer les ramener à la raison ou les vaincre en les mettant à la tâche. Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se brise…

Moussa BollyMonument des Martyrs !

ART ET DANSE : Eduquer et divertir sans pervertir mars 10 2017

Infos : , ajouter un commentaire

Danse traditionnelle bwa au Festival sur le Niger à Ségou

C’est une lapalissade de dire que nous avons abandonné l’éducation de nos enfants à la rue, aux médias traditionnels (TV notamment) et aux réseaux sociaux. Même l’école malienne a abandonné la mission d’éducation qui lui est, entre autres, attribuée. Le langage et les comportements des adolescents et des jeunes symbolisent cet abandon. Et ce n’est pas forcément parce que nous (parents) sommes absents. Mais, nous n’avons même plus conscience de l’impact négatif de certains programmes dits de divertissement que nous regardons avec notre progéniture.

 

Une nuit, ne parvenant pas à trouver le sommeil malgré la lecture et les prières, nous avons passé une grande partie de longues heures à regarder Trace (notamment Trace/Afrique). Et cela après avoir regardé un bon film sur la mafia sur une autre chaîne. En tant que journaliste culturel, cela est souvent utile pour être en phase avec l’actualité musicale (sorties d’album, l’actu des stars, les hits).

Dans les clips des artistes africains et africains-américains, c’est le désagréable constat, la danse a beaucoup évolué, passant de la subjectivité à la perversité. C’est loin de l’art qu’elle est supposée être. Et pourtant, nos terroirs sont si riches en danses magnifiques que nous n’avons pas besoin d’envier des pas venus d’ailleurs.

Dans ces clips, ça va dans tous les sens et ça remue de partout : jambes, hanches, fesses, poitrines… On se demande souvent si certaines danseuses ont encore des os dans le corps et si leur colonne vertébrale n’est pas remplacée par un muscle plus élastique que d’ordinaire.

Au-delà des objectifs commerciaux, nous nous demandons quels peuvent être les effets collatéraux de ces danses qui franchissent allègrement les limites de l’obscénité ? Quel est leur impact sur l’activité sexuelle de ses filles et jeunes hommes, sur leur santé de la reproduction ?

Quelle moralité jouissent-ils ? Ces danseuses sont-elles, en dehors de la scène, des bombes sexuelles comme elles le suggèrent si bien dans leurs chorégraphies ?  Dans ce cas, il faut vraiment plaindre leurs copains, voire leurs époux parce qu’il faudra être un bel étalon pour les satisfaire et les garder chastes.

 

Zapper, c’est tourner le dos au fléau

Certains diront que nous n’étions ou que nous ne sommes pas obligés de regarder ces chaînes ou ces clips. Mais, à notre avis, zapper correspond à la politique de l’autruche. Ne pas voir un fléau, ne signifie pas qu’il n’existe pas. Ce n’est pas la meilleure approche. Heureusement que nous n’avons pas regardé cette chaîne en téléspectateur anodin, mais en journaliste/critique.

Mais, combien de parents peuvent-ils être amenés à regarder ces obscénités avec leurs enfants sans être conscients de leurs effets sur leurs comportements futurs ?

Pour la passion de la musique, combien de parents regardent aujourd’hui ces clips frisant souvent la pornographie avec leurs enfants sans se rendre à l’évidence de cet impact négatif ? Notre devoir c’est donc d’attirer l’attention des uns et des autres sur ce genre de déviation qui a un impact très négatif sur l’éducation de nos enfants.

Comme réagissait notre amie Sonia Duchesse, en réaction à notre post sur le sujet, “malheureusement on ne se rend pas bien compte des effets collatéraux qui sont loin d’être anodins. En acceptant, on admet et en admettant on banalise et en banalisant on autorise, on encourage, on ouvre la porte à d’autres dérives bien plus obscènes et dangereuses comme le viol, la pédophilie… En glorifiant l’étalage impudique en public (l’exhibition) on fait l’apologie du crime sexuel”.

Le hic est que ces jeunes et adolescents oublient souvent que ces clips sont des produits commerciaux, comme les emballages magnifiques destinés à attirer la clientèle avec le risque que le contenu ne soit pas à hauteur de souhait. Ils, surtout les filles avec les tenues vestimentaires et les maquillages à outrance, reproduisent les mêmes looks et les mêmes attitudes parce que pour eux cela équivaut à être branchés.

Ils ont malheureusement tendance à ne voir que les côtés négatifs de la mode. Demander aux jeunes et adolescents quels sont les côtés positifs des médias sociaux, des nouvelles technologies (Tics). Sur un échantillon de 100, estimez-vous heureux si dix en trouvent plus d’un aspect positif.

Sinon pour les autres, les téléphones et les tablettes servent surtout à mater les clips évoqués plus haut, à visionner le porno, à draguer les filles, à se régler les comptes sentimentaux dans un langage trash. Donc pas à réviser, à avoir de nouvelles connaissances sur les disciplines enseignées à l’école, à communiquer et enrichir sa culture générale par l’information, la lecture…

Les fonctions ludiques l’emportent donc largement sur le reste. Amusez-vous souvent à renvoyer les enfants aux moteurs de recherches pour trouver des réponses aux questions qu’ils vous posent souvent.

 

L’utile sacrifié pour le futile

Les bambaras disent, tulon tè sèbèsa ! Autrement dit, il faut savoir lier l’utile à l’agréable. Mais, notre génération virtuelle a sacrifié l’utile au profit de l’agréable, voire du futile.

Comme le dit l’ancienne présidente du Parlement nationale des Enfants, Mme Bernadette Mah Ippet (sur les réseaux sociaux), il ne faut pas en vouloir aux ados et jeunes de nos jours, car “de 0 à 10 ans, ils  occupent leur esprit avec des jeux qui les empêchent de développer toute base de bon sens à l’âge adulte. Aucune promotion de l’excellence. De 10 à 18 ans, ils sont impliqués uniquement dans les activités récréatives au lieu d’activités civiques et éducatives leur permettant d’avoir un esprit critique et du leadership”

Et comble de malheur, poursuit-elle, “de 18 à 30 ans, ils les utilisent comme des marionnettes pour leurs besoins d’élections et de campagnes en leur donnant des miettes qu’ils prennent en disant merci sans savoir qu’ils vendent leurs âmes au diable et aussi leur intégrité”.

Finalement, souligne Mlle Ippet, “de 30 à 45, ils les font intégrer le système, leur donnent des postes juteux pour qu’ils se taisent et les laissent bouffer tranquillement… Le système les a avalés, ils ont été contaminés et perpétuent les pratiques des aînés et détruisent le pays”.

Au Mali, si l’art trouve une place dans le cœur des enfants un jour, les artistes maliens pourront vivre de leur art”, déclaré Lassina Koné, directeur artistique de Don Sen Folo (Premier pas de danse) de Kalabancoro Kouloubiléni. Danseur, chorégraphe et chercheur. Il est aussi l’initiateur du Centr’Art Don Sen Folo (Voir Le Reflet n°573 du jeudi 16 février 2016).

Il revient à chacun de nous que l’art trouve sa place dans le cœur de nos enfants, qu’ils prennent la danse comme un tremplin de promotion culturelle, un outil d’éveil citoyen permettant de lier l’utile à l’agréable. La danse est aussi une expression, corporelle et sociopolitique, permettant de s’émanciper et d’exister. Elle doit pouvoir divertir sans pervertir.

Moussa Bolly

PAIX ET STABILITE : Rétablir la justice pour parvenir à la paix mars 3 2017

Infos : , ajouter un commentaire

A l’ouverture du dialogue politique de haut niveau sur la prévention et la lutte contre l’extrémisme violent au Sahel (21-22 février 2017 à Bamako), le Premier ministre Modibo Kéita a effleuré un sujet important car expliquant en partie la descente aux enfers que notre pays vit depuis cinq ans : le respect de la loi et de la légalité, un principe sacré dont la violation soulève la question de l’équité face à la justice et de l’impunité, devenue le cancer de notre démocratie.

 

Existe-il une justice au Mali ? Amusez-vous à poser cette question aux Maliens toutes couches confondues ! Nous n’avons pas été en tout cas surpris puisque huit sur dix personnes interrogées répondent par la négative. “Il n’y pas de justice pour les pauvres…”, “c’est une justice à deux vitesses”, “devant nos juges, les pauvres n’ont jamais raison. Et entre pauvres, celui qui a des relations est aussi roi”… nous répondent plusieurs interlocuteurs.

Et certains vont même à lier leur boycott des urnes à cette absence de justice au Mali. “A quoi sert-il de voter pour tel ou tel puisqu’ils sont tous pareils, maires, députés, ministres, présidents des institutions… Ils sont tous corrompus et n’auront jamais à répondre de leurs crimes ou de leurs exactions”, nous indique Halima, une élégante dame, la soixantaine portée avec charme.

“Vous vous êtes une fois posé la question sur les vraies sources du chaos que le Mali traverse maintenant ?”, nous interroge-t-elle, en inversant les rôles avec malice. “Parce que la veuve est dépouillée sans vergogne. L’orphelin est déshérité sans aucun recours possible pour lui ; parce que les dirigeants confondent le bien public à leur propre patrimoine sans se soucier des conséquences économiques et sociales sur la majorité de la population condamnée à la misère…”, répond-t-elle face à notre silence.

Une analyse pertinente qui rejoint aussi de nombreux prêches. Mais, qu’on soit croyant ou non, la soif de justice est incontestablement l’un des besoins communs des Maliens de toutes les régions, du Nord au sud, d’Est en ouest.

Contrairement aux premières informations véhiculées par exemple sur les émeutes contres les débits de boissons de Tombouctou samedi dernier (25 février 2017), ce “vandalisme” n’a rien à avoir avec une montée de l’extrémisme religieux. C’est juste la conséquence de l’inaction, voire l’indifférence des autorités administratives face à la violation d’une loi : la réglementation de la vente d’alcool.

En effet, selon des notabilités et des sources sécuritaires, les jeunes ont protesté contre la vente d’“alcools forts” dans des sachets et à des prix dérisoires. Et dans ce cas, les clients ciblés sont des enfants et adolescents. Ayant alerté les autorités compétentes en vain, la jeunesse a décidé “d’assainir” la ville.  Voilà Monsieur le Premier ministre où conduit la violation de la loi cautionnée par les autorités censées la faire respecter.

 

L’absence de justice ravive les conflits fonciers et communautaires

La vindicte populaire appliquée aux voleurs, les conflits communautaires et fonciers, l’extrémisme violent, voire en partie la rébellion au nord du pays ont souvent une origine commune : l’injustice, la frustration, le déni de justice.

L’impunité est aujourd’hui une plaie de notre nation, un cancer de notre démocratie depuis l’avènement de laquelle la balance de notre justice semble en panne. Au même titre que la corruption qu’elle a accentuée. La balance, symbole de la justice, ne penche que d’un seul côté : le pouvoir et son clan, les riches, les bras longs dans l’administration, les forces armées et de sécurité et surtout dans l’appareil judiciaire du pays.

Une défection dont l’Etat même récolte les pots cassés à cause de la complicité entre magistrats et avocats. Combien de procès l’Etat malien a gagné ces deux dernières décennies contre les délinquants financiers, les spéculateurs fonciers… ? Bien au contraire, c’est toujours lui qui est condamné à payer ironiquement des dommages et intérêts que les juges et les avocats (des deux parties) se partagent le plus souvent.

La crise malienne est avant tout une révolte contre l’injustice. Le centre est en train de s’embraser parce que personne n’a plus confiance en la justice pour trancher les litiges. Comme ces éleveurs qui ont longtemps croupi en prison.

“Nous avions interpellé un voleur avec nos bœufs. Nous l’avons remis à la gendarmerie et porté plainte pour vol de bétail. Quelques mois après, nous avons surpris la même personne en train de voler nos bœufs pour aller les vendre. Sérieusement bastonné, il a porté plainte contre nous”, nous a confié récemment un interlocuteur dans la région de Ségou.

Et d’ajouter : “Nous avons été arrêtés et nous avons passé près d’un an en prison sans jugement. Il a fallu que nos familles viennent payer une importante somme d’argent pour que nous puissions sortir. Et c’est ce voleur qui nous menace régulièrement de nous en envoyer en prison si nous osons l’interpeller sur le vol de bétail dans la zone. Mais nous savons désormais ce que nous devons le faire la prochaine fois que nous allons le prendre la main dans le sac”.

Sans justice, peut-on rétablir l’Etat de droit ? Sans justice, peut-on espérer mettre fin à la corruption qui enrouille d’ailleurs l’appareil judiciaire du pays ? Si l’on accorde l’impunité à ceux qui sont impliqués dans les détournements, les crimes d’hier, qu’est-ce qui les empêcherait de commettre d’autres actes de violence non seulement politiques, mais aussi économiques (extorsion et détournement de fonds) qui minent la stabilité et le développement économique de  notre pays ?

 

Le déni de justice entraîne la résignation ou la révolte

Face au constat de ne jamais obtenir justice ici bas, quelle peut être l’attitude de cette majorité brimée et frustrée ? La résignation ou la révolte pour se faire justice.

“Dans toutes les sociétés où règne l’impunité, on cherche par tous les moyens à provoquer l’amnésie collective. Il est important, par conséquent, de comprendre pourquoi impunité et musellement de la mémoire vont de pair et quelles conséquences cela implique-il pour la société”, souligne Jean-Marie Fardeau, directeur France de Human Rights Watch. C’était dans une chronique dans la presse française intitulée, “les conséquences de l’impunité sur la société : Le point de vue d’un Uruguayen ordinaire”.

Pour lui, “le véritable jugement est toujours moral et inscrit au patrimoine des peuples et de l’Histoire. Mais il suppose que les mécanismes de l’impunité aient été démontés et que le désastre social et économique ait été évalué…”

Et aussi, écrit-il, “une société incapable de prouver que l’impunité n’a pas de droit de cité en son sein est prête à accomplir une sorte de suicide social. Les tortionnaires qui déambulent librement dans la rue sont confortés dans leur conviction que l’acte terroriste, accompli dans le cadre de l’Etat, est plus efficace que n’importe quel autre”.

Ce que nos autorités ne comprennent pas souvent, c’est qu’en perpétuant l’impunité, l’Etat empêche également une véritable réconciliation nationale. Il prive la société de tous les moyens de renforcer l’état de droit, c’est-à-dire les institutions démocratiques.

La réconciliation repose sur le pardon. Comment pardonner à quelqu’un qui n’a pas été jugé ? Pardonner à quelqu’un si on ne connaît pas son identité et encore moins à la place d’un autre ou au nom d’un tiers ?

“Celui qui pardonne s’efforce de rompre le cycle sinistre dans lequel s’abîme toute communication humaine : il tente d’établir une nouvelle relation, en se basant sur la conviction que son bourreau peut se transformer véritablement. Cet acte ne peut donc être abstrait”, défendait un sociologue.

 

Rupture avec l’article 6 de la Convention des droits de l’homme et du citoyen

Comme dans un article récemment lu sur le site de Mediapart, “un gouvernement démocratique qui abdique face à l’impunité lègue à ses citoyens un avenir de corruption et de profonde immoralité, vidant de tout son sens les notions même de démocratie et de paix”.

Malheureusement, il y a longtemps que le Mali a rompu avec l’article 6 de la Convention des droits de l’Homme et du citoyen qui stipule, “la loi doit être la même pour tous”. Une réalité qui a plongé la République dans un coma artificiel enflammant les conséquences de la rébellion de janvier 2012.

Rares sont les responsables et les cadres des secteurs névralgiques du pays (politique, justice, administrations, organismes et professionnels de santé publique, caisses de recouvrement, grandes entreprises) qui ne profitent pas de ce “désespoir généralisé” pour s’enrichir au détriment des populations aux abois.

Ce désespoir accroit la pauvreté et le désœuvrement faisant des adolescents et des jeunes des proies faciles pour les recruteurs des organisations criminelles comme les réseaux mafieux (migration clandestine, terrorisme, drogues, armes…)

Quand on n’attend plus rien de la vie et des dirigeants de son pays, comment ne pas être sensibles à un discours (même mensonger) qui vous procure une triple satisfaction : une rémunération financière conséquente, une rémunération spirituelle (paradis) et surtout se venger de ce qui vous avait relégué au ban de la société.

Comme on peut le constater le Premier ministre Modibo Kéita a effleuré une question d’importance capitale pour la résolution de la crise que le Mali traverse. Elle est d’autant importante qu’elle doit nous amener à comprendre que l’Accord signé en mai et juin accouchera difficilement d’une réconciliation définitive pour une paix durable parce qu’il est axé sur le déni de justice, accentuant les frustrations.

Comme le rappelait tristement Fatoumata Harber (professeur à l’IFM Hégire de Tombouctou, activiste et secrétaire générale de la communauté des blogueurs du Mali) dans une récente interview dans l’hebdomadaire “Le Reporter” : “Comment pourrions-nous accepter que ceux qui ont détruit nos vies prennent le pouvoir ? Nous n’accepterons jamais cela… Je considère que c’est un hold-up démocratique que je refuse. Ces gens sans compétence ont pris les armes pour obtenir le pouvoir”.

Un état d’âme qui est celui de la majorité des populations du septentrion où on est en train d’imposer des autorités supposées intérimaires sous la direction de gens aux mains rouges du sang des innocents comme Hassan Fagaga à Kidal.

 

Justice et équité pour une paix pérenne

Monsieur le Premier ministre, ce que les Maliens attendent le plus de vous aujourd’hui, c’est l’application du principe d’équité : que la justice soit respectée, que la loi soit appliquée et qu’elle reste la même pour tous.

C’est la condition sine qua non de la juste répartition des richesses du pays, pour que cesse la corruption, un fléau qui est essentiellement responsable du chaos dans lequel se trouve notre République saignée par des supposés “pays amis”. Un pays qui dispose pourtant de tous les atouts pour se relever dignement de cette période sombre dont nos “amis” ne souhaitent que la prolongation pour mieux le piller.

Rétablissez la justice et il vous sera facile de réconcilier les Maliens, et donc de parvenir à la paix et à la stabilité !

Moussa BollyLe Ministre de la Justice, des Droits de l’Homme, Garde des Sceaux

LE POINT : Pour que triomphe la justice mars 3 2017

Infos : , ajouter un commentaire

Il y a 9 ans, une jeune scolaire est enlevée en plein cours à Ségou. Un mois durant, elle a été violée avant d’être jetée dans un puits. Les assassins sont connus, mais le dossier est plombé à la justice de Ségou depuis. Pour quelle raison ? Vous devinez certainement ! Depuis 2008, la pauvre famille attend que justice soit faite pour enfin faire le deuil de sa fille.

 

Justice à Awa Baba Traoré dite Gafouré ne serait-ce que pour permettre à ses parents, à ses frères et sœurs, ses camarades d’école et ses amis de faire leur deuil ! Justice pour que plus jamais cela ne se reproduise plus à Ségou, au Mali et nulle part ailleurs dans le monde !

Justice ? Certains diront que c’est un rêve utopique après neuf ans de silence de la justice et d’indifférence des autorités compétentes. Mais, nous, notre silence et notre indifférence ne seront que de la complicité, une caution à l’impunité. Comme le dit le très regretté Nelson Mandela, “cela semble toujours impossible jusqu’à ce que l’on le fasse”.

Aucun combat pour l’égalité et la justice n’est utopique. Aucune bataille n’est de trop contre l’impunité.

Ce combat pour faire justice à Awa Gafouré et à sa famille et à toutes les victimes inconnues des crimes sexuels est avant tout un engagement individuel. Chacun doit s’engager conscient qu’“en faisant scintiller notre lumière, nous offrons aux autres la possibilité d’en faire autant” (Nelson Mandela).

Mais, elle est aussi collective cette lutte, car “aucun de nous, en agissant seul, ne peut atteindre le succès” (Nelson Mandela). Nous espérons surtout sur une mobilisation générale, des juristes, des médias et de la société civile pour que justice soit faite à Awa Gafouré avant le dixième anniversaire de son assassinat odieux.

Justice à Awa Baba Traoré” est un Mouvement, une chaîne de valeur et de solidarité humaine. Le train de la justice est en marche. N’hésiter pas à y prendre votre place si vous voulez que sonne le glas de l’impunité un jour dans ce pays. N’oublions pas que, comme le dit Axel Oxenstiern, «l’espérance a la vertu d’encourager ceux qui au milieu des adversités manquent de force» !

Engageons-nous pour faire bouger les lignes avec le sentiment du devoir accompli. Nous assurons déjà notre ami et grand frère ainsi que confrère Moustaph Maïga de notre soutien personnel et celui de votre hebdomadaire Le Reflet dans ce noble combat pour la justice.

Moussa BollyAwa Baba Traoré


Créer un Blog | Nouveaux blogs | Top Tags | 75 articles | blog Gratuit | Abus?