aller à la navigation

REFLET DE SOCIETE : La République en panne de leadership janvier 5 2017

Infos : , rétrolien

REFLET DE SOCIETE : La République en panne de leadership

 

Depuis 2010, deux ans avant la crise qui a failli être fatale à la République, tous les signaux étaient en alerte. Des cols blancs déguisés en grands patriotes avaient réussi à isoler le président de la République en éloignant de lui ceux qui avaient réellement l’envie et l’ambition de l’aider à boucler son second mandat en toute beauté. Hélas ! Couper des réalités du pays, il n’a pas vu le chaos venir de loin. Aujourd’hui, le Mali cherche toujours le bout du tunnel qui ne cesse de se transformer en mirage. Et cela parce que ceux qui dirigent ce pays manquent de quelque chose d’essentiel : le leadership !

 

“Nous demandons à nos partenaires aussi de respecter ce pays, de respecter ce peuple. Nous nous engageons avec eux sur des bases de respect mutuel et de coopération, mais nous n’acceptons pas tout” !

C’est ce qu’a récemment martelé le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale et de l’Intégration africaine (MAECIIA), Abdoulaye Diop. C’était au cours d’une interview avec la chaîne TV5-Monde par rapport à la polémique suscitée par la signature ou non avec l’Union européenne d’un accord autorisant le retour forcé de Maliens en situation d’irrégularité dans cet espace.

Ce débat a mis en évidence la rupture entre gouvernants et gouvernés en République du Mali. Il a surtout conforté le sentiment du peuple que le mensonge est érigé en stratégie de gouvernance, de communication depuis quelques années.

Ce qui explique cette polémique que le chef de l’Etat et ses communicants ont du mal à éteindre, car ils ont de plus en plus du mal à convaincre les Maliens à croire en eux. Ce qui n’est pas surprenant d’autant plus que les experts jugent cette “communication approximative”, car axée sur “la dénégation systématique”, très contre-productive en la matière.

Sans aucune volonté de prolonger ce que le gouvernement taxe de “débats de caniveaux” pour mieux noyer le poisson, nous pensons que cet accord signé ou non, les ministres qui ont eu la fameuse séance de travail avec Bert Koenders (ministre hollandais des Affaires étrangères en mission au nom de l’Union européenne) n’ont pas fait preuve de responsabilité. Ils ont manqué de leadership face à un interlocuteur qui n’est pas pourtant un inconnu dans ce pays.

En effet, quand Bert Koenders dirigeait la Minusma, il s’était toujours comporté en terrain conquis en n’avait aucun égard pour les autorités et aucune considération pour le peuple malien. Ce qui avait d’ailleurs souvent poussé le président IBK à le remettre à sa place.

Alors comment des ministres de cette même République peuvent s’asseoir à la table avec ce même homme pour discuter d’un sujet aussi sensible que la migration en tombant naïvement dans son piège du “communiqué conjoint” ? Une rencontre qui a donné l’impression de signature d’un vrai accord à cause du dispositif protocolaire sans doute imposé par le visiteur ?

 

L’UE menacée dans son existence

La gestion de la migration est aujourd’hui la plus grave menace pour l’avenir de l’UE d’autant plus que les flux migratoires favorisent la montée en puissance des conservateurs de l’extrême-droite comme le Front national en France qui ne souhaitent qu’à la démanteler.

Cet enjeu crucial a échappé aux ministres concernés qui n’ont pas agi en vrais leaders diplomatiques chargés de défendre les intérêts des Maliens de l’intérieur et de l’extérieur !

Aujourd’hui, à notre humble avis, le leadership est la chose fondamentale qui manque au Mali dans presque tous les domaines. C’est l’une des conséquences dramatiques de la médiocratie politique qui favorise l’émergence des moins méritants (habillés du manteau politique) et l’éclipse de ceux qui ont réellement une vraie compétence, une expertise réelle et qui sont à cheval sur les principes et valeurs.

En politique, le leader c’est celui qui a une vision et qui sait s’entourer d’hommes et de femmes capables de traduire cette vision en politiques dans tous les domaines (économique, social, sportif, culturel) pour développer le pays et rehausser son image.

C’est comme la Can “Mali-2002″ que le président Alpha Oumar Konaré a voulu à tout prix parce que conscient de son impact sur l’essor du pays en dehors du football.

Cette même “Can-2002″ nous amène aussi à parler d’un autre cadre qui a fait preuve d’un incroyable leadership pour permettre à notre pays de tenir ses engagements dans les délais requis : Ousmane Issoufi Maïga ! Jeune journaliste-reporter à l’époque, nous avons eu le privilège d’être presque de toutes les missions de supervision des chantiers ouverts.

Et nous avons été témoin de ce que “Pinochet” a obtenu de nos partenaires, notamment de nos amis chinois, comme concession et amélioration des infrastructures sans que cela ait une incidence sur les engagements financiers du pays à leur égard.

Et ceux qui ont connu le général Bréhima Siré Traoré, arraché à l’affection de la nation le 28 décembre 2016, témoigneront surtout sur son sens du leadership.

“Je l’ai connu sous la première transition quand il a été chargé en tant que ministre de l’Administration d’organiser les premières élections pluralistes et démocratiques de notre pays. Seul lui pouvait tenir tête aux politiciens. Il était imperturbable. Il était patient. Il pouvait tenir une réunion jusqu’à épuisement des sujets et de ses interlocuteurs”, s’est rappelé le doyen Tiégoum Boubèye Maïga (TBM) à l’annonce de son décès.

Nommé Commissaire au nord, “ses talents de négociateurs lui ont permis de déminer un terrain hostile”. Et TBM se rappelle des tournées dans le Nord avec lui, les députés, les membres du gouvernement à “la recherche des interlocuteurs, dormant à la belle étoile, sous les balles traçantes, avec pour tout vivre du lait en poudre, de la viande séchée et quelques dattes. Les souvenirs sont nombreux et ils sont tous élogieux”.

C’est un vrai leader de cette trempe qui a manqué au Mali dans le Processus d’Alger ayant abouti l’accord signé en mai-juin 2015. Cet accord est décrié aujourd’hui parce qu’il ne prend pas en compte les préoccupations réelles du peuple malien (Nord et Sud), mais plutôt celles de la minorité d’aventuriers qui ont pris les armes contre la République.

“Pendant les négociations, on se demandait si la majorité des délégués du Mali lisaient réellement les documents qui leur étaient soumis avant les rounds. Les groupes rebelles, surtout ceux de la CMA, avaient toujours une longueur d’avance sur eux par rapport à la maîtrise des questions à débattre. C’est pourquoi ils ont toujours réussi à imposer ce qu’ils voulaient. Curieusement, dans votre délégation, on se demandait si beaucoup savait pourquoi ils étaient en Algérie”, nous a récemment confié un diplomate étranger “surpris” de voir que nous en voulions tant à son pays par rapport à la gestion de la crise au nord du Mali.

“Nous savons que l’Algérie a tout fait pour favoriser la République du Mali dans ses négociations. Mais, ce n’est pas évident soutenir quelqu’un qui ne maîtrise pas les dossiers… En dehors de cette crise, je pense que ce manque de leadership est le problème fondamental du Mali”, ajoutera-t-il.

 

Des traitres dans les rangs des négociateurs

Et de conclure : “Même quand on a réellement envie d’aider ce pays, mais on ne sait pas à qui s’adresser, car ceux que nous avons souvent en face comme interlocuteurs, sont rarement à la hauteur. Ils ne savent pas négocier et se contentent souvent de peu… Vous devez vous en prendre d’abord à vos autorités qui défendent mal les intérêts de vos pays. Il n’y a pas de cadeaux dans les relations internationales basées sur les intérêts des parties”.

Sans compter que, par rapport au Processus d’Alger, le double-jeu de certains de nos représentants qui, en réalité, travaillaient comme de vrais espions renseignant l’autre partie sur la position et les dossiers du pays.

A peine les projecteurs éteints, ils étaient déjà dans les coulisses pour apporter mains fortes à leurs “frères” aux dépens de l’intérêt national.

C’est le même coup qu’ils ont fait au général ATT quand ce dernier les a dépêchés pour aller à la rencontre des aventuriers venus de la Libye pour déstabiliser notre pays. Les vrais entretiens se déroulaient toujours dans le dos des ministres et élus supposés représenter le Sud. Ils poussaient les insurgés à demander plus d’argent afin de préparer leur attaque contre la République. Hélas !

Aujourd’hui, nous sommes toujours dans l’impasse par rapport à cette crise parce nos autorités acceptent tout de la supposée communauté internationale qui se comportent en vraie avocate des groupes armés. Ils sont incapables de défendre une position claire et nette, quelle que soit sa pertinence !

La crise persiste parce que les bandits de la CMA sont convaincus qu’ils n’ont que des épouvantails en face et non de vrais leaders.

Nous ne vous apprenons sans doute rien en vous rappelant que le leadership a un rôle crucial dans la gestion de crise.

Et cela d’autant plus que, comme le définit si bien Kanokwan Towton, être un leader, c’est avoir “la capacité d’influencer et de fédérer un groupe pour atteindre un but commun dans une relation de confiance habituelle et pour une durée limitée”.

Face à une situation de crise, un leader doit avoir des réflexes incontournables pour élaborer les plans d’urgence solides ; tester des plans via des exercices minutieux et formés ; savoir s’entourer d’experts pour pouvoir répondre à la crise…

Et cela d’autant plus que gérer une crise comme celle que traverse le Mali depuis cinq ans (janvier 2012) nécessite des décisions importantes et stratégiques aux moments cruciaux ! Des décisions audacieuses, loin des calculs populistes qui poussent à vouloir faire des omelettes sans casser des œufs, à vouloir contenter tout le monde ! En la matière, hélas, les dirigeants actuels du Mali n’ont guère brillé.

Et pour revenir à la déclaration faite plus haut par le ministre Abdoulaye Diop, nous disons que pour que les autres vous respectent, il faut le mériter en se respectant d’abord. Et pour respecter et se faire respecter nous devons, comme le dit la bloggeuse Tetou Gologo, “apprendre notre histoire pour nous connaître et être fiers de nous-mêmes” !

Moussa BollyLa photo de famille du gouvernement formé en juillet 2016 par le Premier Ministre Modibo Kéita






Créer un Blog | Nouveaux blogs | Top Tags | 65 articles | blog Gratuit | Abus?