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POLITIQUE ET ELECTIONS : Les urnes révèlent la faillite de la classe politique malienne novembre 28 2016

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POLITIQUE ET ELECTIONS : Les urnes révèlent la faillite de la classe politique malienne

 

Les élections communales se sont déroulées aujourd’hui au Mali tant bien que mal. A Bamako, on ne déplore pas de problèmes majeurs par rapport à l’organisation du scrutin. Mais, dans les régions du Centre et du Nord, des échos nous sont parvenus que le scrutin n’a pas eu lieu dans beaucoup de communes à cause des intimidations et même des attaques. N’empêche que le gouvernement a relevé un pari : organiser un scrutin dans la crise sécuritaire et financière.

 

Enfin ! Oui, enfin elles se sont tenues ce dimanche 20 novembre 2016 après quatre reports souvent pour des raisons peu convaincantes. Les communales se sont tenues malgré un contexte sécuritaire difficile, malgré les menaces des organisations terroristes et mêmes des composantes de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA).

Une attitude peu surprenante d’autant plus que ceux-ci ont tout à gagner dans les Autorités intérimaires et que dans une vraie consultation électorale pouvant mettre à nue leur impopularité dans les zones contrôles par bout de fusil.

Oui ! Il y a eu des couacs ! Oui, le scrutin n’a pas pu finalement se tenir dans plus d’une trentaine de communes et le gouvernement doit penser rapidement à réunir les conditions pour que les citoyens ainsi privés du droit de choisir leurs dirigeants à la base puisse rapidement l’exercer pour ne pas être lésés au niveau des Conseils de cercle.

Mais, aujourd’hui, le plus important est que le Mali ait réussi à prouver au monde entier que nous sommes encore en mesure de relever des défis pour ancrer davantage notre démocratie.

Au-delà des résultats, c’est ce qui doit le plus compter pour nous, les Maliens. Les élections constituent le baromètre pas seulement de la démocratie, mais pour chaque partie politique digne de ce nom.

Et comme l’a si bien dit le président IBK, après avoir accompli son devoir citoyen en compagnie de son épouse, le scrutin du 20 novembre 2016 montre que «notre démocratie continue sa marche inexorable».

Et organiser des élections de proximité dans le contexte actuel relevait de la gageure. Pas seulement sur le plan sécuritaire, mais surtout financier. Mobiliser 12 milliards F CFA pour organiser ce scrutin est une vraie prouesse du gouvernement après la défection de plusieurs Partenaires Techniques et Financiers (PTF) suite aux nombreux reports.

Malheureusement, beaucoup de gens vont volontairement se focaliser sur le fait que ces élections n’ont pas pu se tenir dans une trentaine de communes (sur 703) à cause de l’insécurité. Et que cela va contribuer à «fragiliser le tissu social qu’à donner une réelle chance à la paix». Ils ont peut-être raison.

 

Les menaces de l’opposition ont accentué la défection de l’électorat

Mais, à notre avis, si faillite il y a, elle n’implique pas le seul Etat, même s’il était de son devoir de prendre les mesures sécuritaires nécessaires. N’empêche que la sécurité n’est pas l’apanage du seul gouvernement, notamment en cette période de crise où une grande partie du centre et surtout du septentrion échappe à son contrôle à cause des conditions contraignantes de l’accord et aussi à cause de la duplicité de certains acteurs de la crise comme la France à Kidal.

S’il y a faillite, c’est en partie de la faute de la classe politique, surtout de l’opposition. Par ses sorties médiatiques démagogiques, celle-ci a beaucoup contribué à défection de l’électorat et en a rajouté à la psychose liée à l’insécurité.

Les opposants n’ont jamais manqué de griefs par rapport à ce scrutin comme s’ils craignaient qu’on ne découvre qu’en réalité ils sont des tonneaux vides.

«Si le gouvernement ne fait rien pour  recadrer son tir, l’opposition se réservera  le droit de ne pas reconnaître les élections communales de dimanche et par conséquent, se battra pour exiger leurs annulations», menaçaient-ils lors d’un point de presse animé le 17 novembre 2016.

Vaincus avant d’aller aux urnes, ils s’accrochaient déjà au prétexte d’un vote frauduleux pré-arrangé pour permettre à la majorité de contrôler les mairies au prix de tripatouillages.

Et curieusement, les mêmes partis étaient en alliance avec ceux de la majorité sur plusieurs listes et dans de nombreuses circonscriptions électorales. De qui se moque-t-on finalement en dénonçant une fraude alors qu’on est allié aux fraudeurs ?

«Je ne comprends pas l’attitude de nos hommes politiques qui, visiblement, n’ont aucun respect pour les citoyens. Sinon comment comprendre ces alliances contrenature entre les supposées majorité et opposition comme RPM-URD, Parena-RPM ? Et on nous demande de sortir pour voter pour ce genre d’alliances…», protestait un jeune professeur de français rencontré à la veille du scrutin. Dimanche dernier, beaucoup de personnes nous ont tenu le même langage pour justifier leur refus de se rendre aux urnes.

 

Savoir perdre et savoir gagner

Peut-on objectivement miser sur des élections transparentes et fiables au Mali alors que l’opposition s’abrite derrière la non-transparence et la non fiabilité pour justifier à l’avance son échec ? Peut-il en être aussi autrement alors que les «grands partis» veulent toujours sortir des urnes vainqueur et ne se croient même contraints de laisser la portion congrue aux petites chapelles ?

Peut-t-on réellement mobiliser l’électorat avec le discours défaitiste tenu par l’opposition ? Cette frange de la classe politique qui boude depuis un certain boude les cadres légaux d’expression et de résolutions des griefs formulés tout au long de ce processus électoral. Il s’agit notamment le cadre de concertation du ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation avec la classe politique.

Le taux de participation était l’un des enjeux de cette élection car sensé donner plus de légitimité aux élus. Il va être faible parce que les citoyens pensent que «leur vote ne sert pas à installer les élus de leur choix». Il est logique que les reports et le dépit politique aient provoqué la défiance de l’électorat vis-à-vis des partis politiques.

D’une manière générale, les Maliens sont visiblement très déçus des hommes politiques, toutes tendances confondues. C’est ce qui explique fondamentalement qu’ils aient boudé les urnes.

Malheureusement, ce manque d’engouement a été accentué par les intimidations et les menaces d’une certaine opposition qui a rivalisé avec les groupes rebelles en la matière.

Quelle que soit la faillite de l’Etat, il est indéniable et urgent que la classe politique malienne se remette en cause pour se réconcilier avec l’électorat, donc avec les citoyens.

Et comme l’écrivait un membre du KenédougouForum, il est temps que les politiciens maliens comprennent que «la politique ce n’est une affaire d’une année mais c’est une œuvre sur toute la vie. On gagne, on perd, puis on gagne ! C’est la vie».

Moussa BollyLa UNE de l’hebdomadaire Le Matin du mercredi 23 novembre 2016






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