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ADMINISTRATION MALIENNE : Des cadres prêts à tout pour devenir des marionnettes entre les mains des politiciens octobre 19 2016

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ADMINISTRATION MALIENNE : Des cadres prêts à tout pour devenir des marionnettes entre les mains des politiciens

 

Que ne feraient pas certains cadres maliens pour occuper des postes de responsabilité ? Du trafic d’influence au nomadisme politique, en passant par les sacrifices ordinaires et souvent rituels ! Tous les moyens sont bons pour devenir Chef de division, Directeur, Directeur général, Président Directeur général, Président de Conseil d’administration, ministre…

 

Et curieusement, à peine nommés, ils deviennent des béni-oui-oui incapables de s’entourer de collaborateurs choisis par eux-mêmes, à plus forte raison prendre des décisions courageuses. Ils remuent ciel et terre pour se faire nommer, pour se faire finalement piétiner par leurs supérieurs hiérarchiques ou des barons du parti au pouvoir. Un Président-directeur général (PDG) qui informe son adjoint par… interphone qu’il est relevé ! Le ridicule ne tuera plus en République du Mali. Surtout que, curieusement, il était dans le bureau de ce dernier quelques minutes seulement avant de le limoger par un coup de fil.

Cette scène s’est passée à l’Office du Niger de Ségou, la semaine dernière, où le PDG, Mamadou M’Baré Coulibaly, a été contraint par le ministre de l’Agriculture de se débarrasser d’une grande partie de ses collaborateurs sans tenir compte des compétences, de l’expérience… des intéressés. Sans doute gêné, le PDG n’a pas eu le courage d’affronter les partants pour leur signifier ouvertement leur limogeage parce qu’il n’avait pas d’arguments pour justifier cette décision qui lui a été imposée depuis un cabinet ministériel. On comprend alors qu’il ait opté pour l’interphone pour dire à son adjoint, Boubacar Sow, que son ministre avait décidé de le relever de ses fonctions. Ce qui n’était, en réalité, qu’un secret de polichinelle puisque presque tout Ségou l’avait appris avant l’intéressé lui-même.

Selon nos investigations, c’est en venant à Ségou comme parrain régional du Mois de la Solidarité (le 6 octobre 2016), que le ministre a amené avec lui la décision faisant le ménage à l’Officie du Niger. «Oublions tout… Aidons-nous et oublions les coups bas» ! C’est pourtant la quintessence du discours rassembleur tenu par ledit ministre le 4 septembre 2016 lors d’une réunion de synthèse de sa visite de supervision de la campagne agricole, dans la zone Office du Niger. Comment comprendre que le même ait pu être le premier à s’illustrer par un coup bas sacrifiant la performance de cette entreprise pour rehausser sa côte au sein du parti au pouvoir ?

«Je suis venu me confier à vous, je veux une équipe soudée. L’Office dépend en entier de l’engagement et de l’adhésion de tous ses acteurs» ! Ces propos avaient été tenus par le nouveau PDG de l’O.N, Mamadou M’baré Coulibaly, le vendredi 23 septembre 2016 à M’béwani. Cette confiance et cette unité, il a préféré les sacrifier pour conserver son poste. L’espoir suscité par sa nomination et surtout par un discours traduisant une volonté de maintenir les hommes qu’il faut aux places qu’il faut, s’est vite estompé. Avec la nomination de cet homme du sérail, on avait espéré une rupture avec la gestion politicienne qui fait de l’Office la vache laitière et un abri pour militants du parti au pouvoir et ses alliés.

 

Une marionnette déguisée messie

Hélas, le messie chargé de consolider les acquis des dernières années se révèle être une marionnette de plus dans les mains des barons du Rassemblement pour le Mali (Rpm). Un homme de paille à qui on ne laisse même pas le loisir de désigner son équipe pour assurer sa mission et relever les défis pour faire de l’Office du Niger le vrai fleuron du développement agro-industriel du Mali. La mission du nouveau PDG est déjà hypothéquée par ces nominations décidées à l’insu de la direction administrative de l’Office. On relève des chevilles ouvrières (directeurs de zone, directeur administratif et financier, directeur général adjoint, directeur à la communication…) en pleine campagne agricole pour la réussite de laquelle leur responsabilité est déjà engagée.

Où sont passés le sérieux et le respect dans la gouvernance de ce pays ? Que reproche-t-on aux cadres relevés ? Ces nominations ne traduisent-elles pas la volonté du ministre de tutelle de faire de l’O.N une caisse de financement des élections futures élections, dont les communales de novembre prochain ? Visiblement, le ministre a sacrifié le DGA, qui a avait pourtant brillamment assuré l’intérim avant la nomination de M. Coulibaly, et le Directeur administratif et financier (DAF pourtant réputé être «un bon gestionnaire», parce qu’il n’était pas sûr de leur soutien pour préparer et financer les prochaines échéances électorales au profit du parti présidentiel !

 

Le doute sur la volonté du président IBK de réellement relancer l’économie malienne

À qui la faute ? D’abord au président de la République et au Premier ministre qui ne semblent pas toujours comprendre que les nominations politiciennes, loin d’être des gages de performance, ne peuvent qu’alimenter la corruption, la gabegie et la délinquance financière ainsi que l’impunité. Comment sanctionner un cadre coupable d’enrichissement illicite quand ce dernier mettait à flot les caisses du parti tout en étant très généreux avec ses supérieurs hiérarchiques ?

Sans être un économiste, notre maigre expérience nous enseigne que l’un des critères de la performance d’une entreprise, c’est de nommer des hommes qu’il faut à la place qu’il faut en leur accordant les coudées franches afin de pouvoir les juger sur le bilan des objectifs assignés. Au Mali, hélas, le bilan, c’est l’apport d’un DG ou d’un PDG au financement des activités de la chapelle politique et à l’enrichissement illicite des ses supérieurs hiérarchiques.

L’autre fautif, c’est le nouveau PDG ! Comment accepter un poste où on n’a même pas la liberté de choisir ses collaborateurs ? C’est comme ces ministres qui n’ont aucune mainmise sur leurs cabinets respectifs, car composés de gens parachutés par le parti ou par des conseillers à la Présidence et à la Primature.

Depuis la fin de la première République, le Mali est malade de ses cadres qui préfèrent sacrifier leur honneur et leur dignité à la démission d’un poste où ils n’ont en réalité aucune responsabilité. Une situation qui s’est malheureusement accentuée avec l’avènement de la démocratie qui fait que l’appartenance à un clan ou à une chapelle politique est plus importante que la compétence, l’expérience et le patriotisme dans le choix des dirigeants des services, sociétés, directions… Comment peut-on accepter un poste en étant conscient qu’on ne serait utilisé «que» comme une marionnette et, pire, un faire-valoir ? Un cadre qui se respecte, qui respecte son pays et se soucie réellement de son développement, peut-il se contenter du titre d’une fonction et accepter d’être dépouillé de toutes ses responsabilités ? Est-ce cela réellement faire de la politique ?

Oui, le Mali est malade de ses intellectuels et surtout de ses cadres qui sont en majorité des larbins, des béni-oui-oui, prêts à vendre leur âme au diable pour des titres pompeux et les avantages financiers et matériels de ministres, PDG, Directeur général… Des gens qui n’entreront jamais dans l’histoire de leur direction ou de leur entreprise à plus forte raison celle de ce pays comme des patriotes qui ont joué leur partition dans son développement.

Ces coquilles vides sont comme ces ministres dont les discours sont truffés des «au nom du Président de la République», «conformément à la vision du Chef de l’Etat»… Et cela est propre à tous les régimes qui se sont succédé depuis 1992. Une litanie dont on n’a pas besoin puisque tout le monde sait qu’un gouvernement est formé pour traduire en réalisations concrètes la vision du président de la République, son projet de société. Et d’autant plus que la cohabitation encore loin d’être une réalité de notre démocratie avec tous les partis influents qui cherchent à se faire inviter à la gestion du gâteau national que de défendre une ligne politique claire et nette !

La lourdeur administrative tant dénoncée dans notre pays est en partie liée à ce genre de comportement qui fait que, pour prendre une décision, un subalterne doit tenir compte de l’avis de son directeur, qui demandera celui du Secrétaire général, lui aussi lié à l’aval du ministre…

Ce dernier, même dans son domaine de compétence, n’agira que sous le couvert du Premier ministre ou du président de la République. L’esprit d’initiative est méconnu dans l’administration malienne où l’on gobe tout ce que ce que le Chef fait ou dit, même si on est convaincu que c’est une erreur ou conscient des conséquences dramatiques de ces actes ou décisions.

Le Mali fera un grand pas vers la bonne gouvernance et le développement socioéconomique, quand nous, cadres du pays, comprendrons que nous devons d’abord mériter de la patrie et non des parrains ou de chapelles politiques.

Mériter de la patrie, ce n’est pas se contenter des coquilles vides, mais assumer de vraies responsabilités pour être jugé sur son bilan. À défaut, il faut décliner l’offre ou démissionner en refusant de se faire passer pour une marionnette !

Hamady TAMBA

 Cadres maliens en réunion

DEMOCRATIE AU MALI : Et si nos opposants pouvaient grandir un peu octobre 7 2016

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Les opposants au pouvoir d’IBK dans la rue le 1er octobre 2016Pour justifier sa marche du 21 mai 2016, l’opposition politique malienne avait avancé, comme l’une des raisons justifiant cette initiative, le refus du président de la République de privilégier le dialogue politique. Et curieusement, elle organise une nouvelle marche quelques jours après que le Chef de l’Etat ait pris l’initiative de l’ouverture, du dialogue en rencontrant des partis (opposition et majorité) et organisations de la société civile. Que veulent donc les opposants au pouvoir ? Sans doute que le pays sombre dans une nouvelle crise politique sans se préoccuper des conséquences d’une telle aventure pour un pays qui a encore du mal à se relever de sa déstabilisation institutionnelle et sécuritaire.

 

«Ils ont encore battu le pavé comme à leur habitude en mobilisant les désœuvrés et les insouciants de la République. Ils ont marché préoccupés par leur carrière politique et indifférents aux défis réels auxquels le pays fait face» ! Cette lecture d’un enseignant nous a donné matière à réflexion sur la marche initiée par l’opposition malienne, dite démocratique et républicaine, le samedi 1er octobre 2016.

«Aujourd’hui le peuple malien a répondu présent et a une fois de plus montré que, malgré les diffamations à notre égard, il a compris», a osé publier sur les réseaux sociaux l’URD, le parti du Chef d’orchestre de cette opposition qui n’incarne que ses propres illusions et rêves.

En effet, si ceux qui ont marché avec les amuseurs de galerie le 1er octobre dernier représentent le peuple malien, c’est qu’il faut réellement s’inquiéter pour ce pays. Et cela d’autant plus que les raisons avancées pour justifier cette sortie politicienne ne résistent pas à l’analyse  objective.

Le Chef de l’Opposition divague réellement quand il ose défendre que la nouvelle loi électorale «porte de germes préjudiciables à la démocratie de notre pays. S’il est promulgué en l’état actuel, ses méfaits exposeraient le pays à beaucoup d’incertitudes».

C’est comme cette responsable d’association qui courtise les politiciens,  parce qu’en quête de crédibilité et de sa popularité d’antan, et qui disait que le nouveau code trahit la mémoire des Martyrs de la démocratie !

Et c’est aussi faire preuve d’une incroyable mauvaise foi politique que de dire, «c’est une loi électorale qui vise à exclure les femmes…». Comment un régime peut oser une telle discrimination après avoir bravé les préjugés sociopolitiques et religieux pour doter le pays d’une loi instituant des mesures pour promouvoir le genre dans l’accès aux fonctions nominatives et électives ?

Aujourd’hui, les femmes doivent bénéficier d’un quota de 30 % au moins pour les nominations dans les institutions de la République ou dans les différentes catégories de services publics au Mali par décret, arrêté ou décision.

Et pour les prochaines communales, les listes qui ne seront pas conformes à cette disposition vont être recalées. C’est pourquoi les mêmes partis, qui étaient dans la rue le samedi 1er octobre 2016, font des communiqués pour appeler leurs bases à s’y conformer.

Quant à la censure à l’ORTM, c’est un disque rayé parce qu’utilisé du parti unique à la démocratie. De 1992 à nos jours, quelle est cette opposition qui n’a pas chanté la même chanson, porté la même accusation contre le parti au pouvoir ? Nous prenons à témoin Modibo Sidibé, leader des FARE, quand il était Premier ministre si l’ORTM était plus ouverte à ses opposants qu’aujourd’hui ? Et d’ailleurs pourquoi se focaliser sur la seule télévision publique en cette ère de pluralité ?

Et nous sommes dix fois plus nombreux, que ceux qui ont marché à souhaiter le retour du président Amadou Toumani Touré au bercail. Et cela pour l’honneur du Mali et l’image de notre démocratie et non en faire un fonds de commerce politique.

Beaucoup se battent aujourd’hui pour le retour du Général pas pour lui, mais dans l’espoir de retrouver leurs privilèges perdus. Aiment-ils réellement ATT ? Qu’ont-ils fait pour lui éviter les erreurs politiques qui ont conduit au putsch du 22 mars 2012 ? Rien ! Absolument rien.

Ils veulent juste continuer à profiter d’un Général dont le patriotisme frise souvent la naïveté.

 

Mettre fin à la banalisation de l’élection présidentielle

Les députés de l’Assemblée nationale ont adopté la nouvelle loi électorale le 9 septembre 2016 à une large majorité (78 voix contre 28) après une centaine d’amendements.

Selon des dispositions de cette nouvelle loi, il faut être parrainé par dix députés, cinq conseillers nationaux et la caution de 25 millions FCFA pour prétendre à la magistrature suprême.

La loi adoptée maintient donc le parrainage d’une candidature aux présidentielles par 10 députés, comme dans la précédente, au lieu des 15 proposés dans le projet de loi. Quant à la caution pour chaque candidat à la présidentielle, elle passe de 10 à 25 millions de francs CFA. Le projet de loi avait raisonnablement proposé 35 millions de francs CFA.

Ce sont en réalité les deux dispositions qui ont estomaqué l’opposition. Mais, comme cette position n’est plus défendable, ces animateurs changent le fusil d’épaule en se perdant davantage dans la démagogie.

Mais, qu’ils se rappellent que nous ne sommes plus en 1992 ni dans les années 2000 ! Nous sommes en plein 21e siècle et les Maliens ne veulent plus d’une démocratie au rabais. Tout comme il est temps de mettre fin à la banalisation de la fonction présidentielle convoitée par même des politiciens qui n’ont pas de chapelles.

Elle ne doit pas être à la portée de n’importe quel aventurier. Est-ce que le candidat d’un parti ou d’une coalition qui ne parvient pas à mobiliser une caution de 35 millions mérite vraiment de diriger notre pays ?

Si nous avons bonne mémoire, le budget de la campagne présidentielle d’un parti politique de la place a été évalué en 2013 à plus de 2 milliards de F CFA. Que Soumy Champion nous dise combien il a dépensé en 2013 pour se retrouver au second tour de la présidentielle ?

 

Déterminés à plonger le Mali dans une nouvelle crise politique

Le vrai dessein de l’opposition est visiblement de plonger le Mali dans une crise politique. Sinon comment comprendre qu’elle marche aujourd’hui quelques jours seulement après que le président de la République ait décidé de privilégier le dialogue politique et social afin de mieux baliser et relever les défis de l’heure ? Les rencontres avec le Chef de l’Etat n’étaient-elles pas des opportunités pour discuter des motifs avancés pour justifier cette marche ?

C’est curieux alors d’entendre le Chef de file de l’opposition démocratique et républicaine (???) déclarer, «nous sommes là parce que ça ne va pas… Il n y a aucun signal du pouvoir pour nous faire comprendre qu’il a compris la situation désastreuse du pays». Cette série de rencontres est pourtant la preuve que le Chef de l’Etat a enfin compris qu’on ne peut pas gouverner un pays en crise en tournant le dos aux autres forces vives.

Et le même leader (???) de l’opposition avait déclaré à la presse, à sa sortie d’audience à Koulouba, être  très satisfait de cette ouverture entamée par le président de la République envers l’opposition afin de mieux communiquer pour un Mali apaisé sans rumeur mais avec la participation de tous ses fils dans la construction de l’édifice national.

Visiblement, nos opposants voient toutes les reformes actuelles en terme de personnes et non de nation qui a besoin de se moderniser aussi bien au niveau économique qu’institutionnel.

Tout ce que le pouvoir entreprend comme reformes viserait ainsi à leur barrer la route de Koulouba. Ainsi, certains d’entre eux n’ont pas eu honte de dire que la nouvelle loi électorale vise à empêcher Modibo Sidibé de briguer la présidence en 2018.

La loi, une fois adoptée, s’applique à tous. Ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui ne le sont pas pour l’éternité. Les dirigeants se succèdent, mais les institutions demeurent.

 

Auraient-ils fait mieux qu’IBK ?

L’alternance politique est un acquis démocratique même si cela ne se passe pas dans la règle de l’art puisque ce sont les mêmes qui se succèdent dans l’opposition et la majorité. A notre connaissance, l’ADEMA est certainement le seul parti politique malien qui n’a jamais voulu connaître les méandres d’une opposition.

Pour les autres griefs de nos opposants Républicains, peu de Maliens croient qu’ils auraient pu mieux faire en héritant d’un pays en crise comme l’actuel locataire de Koulouba. Et cela d’autant plus qu’ils ont tous eu à assumer des responsabilités dans ce pays avant crise.

Qu’ont-ils pu réellement prouver à ce peuple ? Pas grand-chose !

Et pourtant IBK doit être un exemple pour l’opposition actuelle à ce titre qu’il n’a été ni un opposant radical ni un opposant alimentaire.

Il dénonçait l’action gouvernementale avec la conviction que les actions engagées ou les décisions prises pouvaient être préjudiciables au pays. Et il a toujours salué les décisions et actions pertinentes engagées ici et là. Empêcher ATT de gouverner n’a jamais été son attitude. N’est-ce pas cela une opposition objective ?

L’opposition veut-elle réellement contribuer à la consolidation de la démocratie au Mali ? Si oui, les opposants doivent alors grandir un peu pour élever le niveau du débat politique national. Sinon, ils finiront par se noyer dans les caniveaux où à s’égarer dans l’arène politique à force de… marcher !

Hamady Tamba

 

 

PAIX ET RECONCILIATION AU MALI : L’ambassadeur Paul Folmsbee des Etats-Unis officialise son soutien à la CMA aux dépens de Gatia octobre 2 2016

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Paul A. Folmsbee Ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique au MaliNous avions longtemps pensé que le Groupe d’autodéfense touareg Imghad et alliés (Gatia), créé le 14 août 2014 pendant la crise qui a déstabilisé le Mali), ne troublait que le sommeil des mouvements de la Cma et de leurs parrains français. Mais, visiblement, ce mouvement, membre de la Plateforme, est devenu un cauchemar pour les Américains, au point de pousser l’ambassadeur des Etats-Unis à demander publiquement son isolement.

En demandant au gouvernement de rompre toutes relations avec le Gatia, Paul Folmsbee met ainsi en cause l’accord pour la paix et la réconciliation dont ce groupe est signataire à travers la Plateforme.

«Le gouvernement malien doit aller au-delà de l’adoption de lois et de mise en place de commissions et se concentrer sur l’extension de son autorité sur l’ensemble du Mali». Telle est une partie de la déclaration préliminaire de l’ambassadeur des Etats-Unis au Mali, Paul Folmsbee, lors d’un point presse animé en fin de matinée du mardi 27 septembre 2016.

Si le diplomate américain avait eu la sagesse et la clairvoyance de s’en arrêter là, les Maliens l’auraient applaudi des deux mains. Mais, en convoquant des journalistes triés sur le volet pour ce point de presse, l’ambassadeur avait son idée derrière la tête : voler au secours des protégés des puissances occidentales qui ont créé la situation actuelle au Mali en tuant Kadhafi pour déstabiliser la Libye.

Il ne pouvait pas donc s’empêcher de faire cette injonction à l’intention de l’exécutif malien. «Le gouvernement malien doit également mettre fin à tous liens à la fois publics et privés avec le Gatia, un groupe de milices armées qui ne contribue pas à ramener la paix dans le Nord du Mali».

Enfin donc, les masques tombent suite aux victoires militaires du Gatia sur les ennemis de la paix et de la réconciliation nationale qui ont fait de Kidal un no man’s land, compromettant ainsi ce processus pourtant soutenu par les Américains.

Nous avons été surpris par cette sortie médiatique d’un diplomate qui avait réussi, dès son arrivée, à gagner le cœur des Maliens par sa sympathie, son ouverture d’esprit, mais aussi grâce à ses actions à l’égard de différentes couches, ses réactions jusque-là équilibrées et justes pour condamner les violations de l’accord pour la paix et la réconciliation.

En demandant au pouvoir de tourner le dos au Gatia, les Etats-Unis d’Amérique accusent ainsi officiellement le gouvernement malien de connivence avec une «milice armée». Et en voulant l’exclure, ils remettent aujourd’hui en question l’accord signé en mai et juin 2015, dont l’Amérique est pourtant l’un des parrains. La Plateforme étant signataire de cet accord, comment un diplomate peut-il oser exiger du gouvernement malien de rompre toute relation avec l’une de ses composantes ?

 Et comment le représentant d’une grande démocratie et d’un pays respectable comme les Etats-Unis peut-il prendre à son compte «la propagande mensongère que les terroristes et leurs complices font circuler contre le Mali dans les médias occidentaux», et s’en prendre publiquement au gouvernement ?

 

Une prise de position claire en faveur de la CMA

La duplicité du Hcua et sa complicité avec des réseaux terroristes, dont Ançar Dine d’Iyad Ag Ghali, ont été dénoncées publiquement par la diplomatie française et la Minusma. Mais, ni la France, ni les Nations-Unies, encore moins les Etats-Unis, n’ont demandé au gouvernement de Modibo Kéïta de tourner dos à ce groupe armé dont les actions n’ont pourtant cessé d’hypothéquer le processus de paix et de réconciliation nationale. Cette exigence met ainsi à nu le parti pris des Etats-Unis d’Amérique en faveur des acteurs les moins crédibles et les moins sincères du processus de paix.

En effet, l’essentiel des violations de l’accord pour la paix est à l’actif de la Coordination des mouvements de l’Azawad (Cma). Cette coordination, malgré la signature de l’accord, interdit Kidal aux officiels du Mali. C’est ainsi qu’elle a manipulé des populations pour contrer la présence d’un ministre de la République à l’ouverture solennelle des classes dans l’Adrar des Ifoghas.

Elle a procédé à la même manipulation de la population pour protester contre la présence du Premier ministre à un Forum pour la paix entièrement financé par le gouvernement. Curieusement, la médiation internationale, la France, les USA… n’ont pas protesté.

Alors, pourquoi Paul Folmsbee enfourche ses grands chevaux d’impérialiste pour exiger aujourd’hui l’isolement et le démantèlement du Gatia ?  Sans doute parce que la Cma ne peut plus faire leurs affaires, alors que le Gatia n’acceptera jamais d’être leur complice dans la déstabilisation du Mali pour leurs intérêts. Gatia dérange les Occidentaux et leur mission fantoche (Minusma), parce que ce groupe, par sa puissance militaire et son aura grandissante dans le Nord du Mali, voire dans tout le pays, est une menace qui contrarie leurs intérêts économiques et géostratégiques.

 

Gatia, les fils d’une communauté discriminée qui défendent leurs intérêts

Les masques tombent, les mains cachées sortent de l’ombre, parce que les rapports de force ont changé en défaveur des marionnettes qui ont fragilisé la République, en favorisant l’intrusion des réseaux terroristes et narcotrafiquants. Excellence Monsieur l’ambassadeur, si le Gatia est une milice armée, que représentent alors à vos yeux le Hcua et le Mnla ? 

Le Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés en est arrivé à la situation actuelle, parce que vos protégés ne leur ont pas laissé d’autres choix que de se défendre pour ne pas disparaître en tant que communauté. Une frange non négligeable de la population de Kidal qui a aussi un droit de regard sur la gestion de Kidal, voire de la région de l’Adrar. Nous nous souvenons que le Gatia est entré à Kidal sans aucune intention belliqueuse.

Ce qui s’est d’ailleurs soldé par un gentleman agrément pour la gouvernance de la ville. Mais, certains alliés de la Cma ne pouvaient s’accommoder de cette présence qui est une menace pour leur business dans le Nord du Mali. Et brusquement, la Cma monte sur ses grands chevaux en exigeant que le Gatia quitte Kidal. Ses leaders ne sont pas pourtant plus Kidalois que ceux de cette composante de la Plateforme.

La France et la Minusma ont fermé les yeux sur les armements et les mercenaires venus d’Algérie, de Mauritanie et de Libye pour renforcer la Cma en vue de la bataille de Kidal qui a finalement éclaté en juillet dernier. Malheureusement, comme à Anéfis et à Tabankort, les protégés de Fahad Ag Almahmoud ont encore pris le dessus sur une coalition de rebelles, de terroristes et de mercenaires.

Un revers qui a ramené la Minusma à se rappeler soudainement de la sécurité des civils pour s’interposer et contraindre les troupes de Gatia à quitter la ville. Si celles-ci ont respecté la zone neutre (???), leurs adversaires la franchissent sûrs de leur soutien. Que restait-il alors au Gatia ? Se défendre naturellement !

C’est ce que l’ambassadeur des Etats-Unis au Mali lui reproche aujourd’hui. Minimiser le rôle de ce groupe dans le processus de paix et son aura au niveau de l’opinion nationale est une erreur diplomatique que Paul Folmsbee risque de longtemps regretter.

 

Les Maliens sont acquis à la cause du Gatia

Déjà, les protestations sur les réseaux sociaux prouvent que la majorité des Maliens ne partagent par le point de vue du diplomate qui est en train de prendre fait et cause pour la Cma aux dépens de la Plateforme. «Pour nous autres, Maliens, réellement soucieux de la paix dans notre pays et convaincus que cela n’est pas possible tant que Kidal restera un no man’s land, Gatia est un mouvement loyaliste opposé à l’indépendance ou à l’autonomie du Nord du Mali.

Voilà pourquoi nous soutenons son combat et nous veillons à ce que le gouvernement adopte la même attitude. Nous croyons à la sincérité de la déclaration du Secrétaire général du groupe de Fahad Ag Almahmoud, quand il déclarait le jour de l’officialisation de la création de son organisation : «les intérêts de notre communauté dans le Nord du Mali sont notamment contre le Mnla. Nous sommes pour le processus de paix, nous reconnaissons l’intégrité territoriale du Mali et nous ne réclamons pas d’autonomie. Nous voulons travailler avec le gouvernement malien pour amener la stabilité du pays», explique un membre influent du Gatia.

 C’est pourquoi, pour signifier leur adhésion aux idéaux de la Plateforme, la branche de la CMA à Ber (Tombouctou) a décidé de la rejoindre, refusant ainsi de continuer à se laisser embarquer dans «des aventures guerrières injustifiées ou pour des raisons inavouées», mais cautionnées par les Etats-Unis, la France, la Minusma…

C’était le 27 septembre 2016, pratiquement au même moment que le point de presse de l’ambassadeur des Etats-Unis au Mali. Par la voix de Sidi Mohamed Ould Mohamed, cette branche ne veut plus que les «populations continuent d’être instrumentalisées pour des marches contre la République et conduites dans des conflits fratricides».

Certes, en acceptant de négocier avec les mouvements armés sous la pression d’une supposée médiation internationale, le pouvoir a accepté l’ingérence de ses «amis» dans la résolution cette crise imposée au pays, de l’extérieur. 

Mais, cette ingérence a ses limites que l’ambassadeur des USA dans notre pays a franchies, sans se préoccuper de l’embarras dans lequel il met le pouvoir malien. Les observateurs attendent une riposte du gouvernement à cette attaque frontale des Américains.

Les autorités maliennes sauront-elles, pour une fois, surmonter leur frilosité pour remettre un «partenaire stratégique» à sa place ? C’est ce que le peuple malien attend maintenant d’Ibrahim Boubacar Kéita et de son équipe gouvernementale ! Mais, hélas, rien n’est moins sûr !

 DAN FODIO

 



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