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PAIX ET RECONCILIATION NATIONALE : Les «Peulhs» viennent corser une équation déjà aux multiples inconnues juin 29 2016

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Les Bergers en quête de pâturage pour leurs animaux

 

Le 18 juin, un jeune peul de 27 ans a annoncé la création de l’Alliance nationale pour la sauvegarde de l’identité peule et la restauration de la justice (ANSIPRJ). Un autre front qui ne peut que compliquer la tâche à nos forces armées et de sécurité qui sont d’ailleurs la première cible de cette milice.

Revendiquant 700 combattants, Oumar Aljannah a déclaré que son mouvement armé vise à répondre aux «massacres commis par l’armée malienne et des milices contre la communauté peule». Même si le gouvernement semble minimiser cette «naissance», il est clair que cela va compliquer la résolution de l’équation de la crise sécuritaire du Mali. Une équation déjà compliquée à cause de la multiplicité de ses inconnus.

Depuis la fin de l’Opération Serval, les forces armées et de sécurité du Mali ainsi que les populations du centre de notre pays font face à un Front de libération du Macina d’un fantomatique Amadou Koufa.

Aujourd’hui, cette tâche s’est aggravée avec l’apparition de l’Alliance nationale pour la sauvegarde de l’identité peule et la restauration de la justice (ANSIPRJ). Ce mouvement résulte de la mauvaise gestion de la riposte contre le Front de Libération du Macina. Ne se revendiquant «ni jihadiste ni indépendantiste», Oumar Aljannah a pris les armes pour «défendre les civils peuls injustement attaqués». Et il assure sur des médias incendiaires avoir rassemblé près de 700 combattants pour cette cause.

Certainement, pour montrer sa «bonne foi», il aurait rejoint la Plateforme pour ne pas rester en marge du processus de paix et de réconciliation. Et pourtant, contrairement à la Plateforme, sa cible reste l’armée malienne coupable d’une «répression féroce» contre la communauté peule dans sa lutte contre le réseau de criminels d’Amadou Koufa.

Des accusations que, naturellement le  gouvernement nie en bloc. «Il y a beaucoup de désinformation» sur ses supposées exactions a répliqué le ministre de la Réconciliation, M. Zahabi Ould Sidi Mohamed, interrogé par la presse nationale quatre jours après la déclaration de naissance d’ANSIPRJ.

Il est vrai que dans cette région, centre du Mali, les conflits communautaires ont toujours existé et font régulièrement des victimes. Et des bavures ne sont pas malheureusement à écarter de la part des forces armées maliennes (FAMA) qui ont lancé ses derniers mois de vastes opérations contre les réseaux terroristes qui écument la zone.

Mais, de là a créer un mouvement armé pour combattre l’armée nationale, il y a un pas qui a été franchi à la surprise de nombreux observateurs.

Une légitimité loin d’être acquise

La création de cette milice d’auto-défense va compliquer la lutte contre le terrorisme au Mali d’autant plus que c’est un autre ennemi qui va occuper les forces armées et de sécurité du pays déjà engagées sur plusieurs fronts. Et de nombreux observateurs parient que, ne pouvant pas engager des combats directs, cette milice  ne pourra que procéder à une guerre asymétrique, c’est-à-dire des embuscades et des attentats contre les forces de sécurité.

Les FAMA doivent anticiper et isoler «l’ennemi» dans une zone précise afin d’avoir la main mise sur la situation en contrôlant toutes les voies d’accès.

Toutefois, il faut dire que l’Alliance d’Oumar Aldjannah a vu le jour avec un handicap congénital : le manque de légitimité et de crédibilité ! Elle doit d’abord se battre pour avoir la légitimité de représenter les peulhs qui, pour le moment, refusent majoritairement de s’identifier à un mouvement armé.

«Prendre les armes n’est jamais la solution à un problème sociopolitique ou identitaire. Face aux exactions dont nos frères et sœurs sont victimes dans la zone de Douentza, Ténenkou, Youwarou…, nous avons tiré la sonnette d’alarme. Après une période d’indifférence, le gouvernement a positivement réagi en manifestant sa détermination à faire la lumière sur la situation. C’est la meilleure approche à mes yeux», souligne une grande personnalité malienne de Tabital Pulaaku dont nous taisons le nom pour des raisons de sécurité. Il ajoute, «une personne ou une communauté ne peut pas prendre des armes pour représenter tous les peuls du Mali».

Dans la communauté peuhle, on se pose beaucoup de questions sur ce jeune enseignant et son alliance. Qui est-il ? Comment a-t-il pu réunir autant d’hommes et de moyens en si peu de temps ? Qui financent ces jeunes rebelles, leur donnent des armes et contribuent à leur propagande sur les médias dits internationaux ? Des questions qui cachent à peine le malaise lié à cette initiative; de la méfiance.

«Nous avons demandé au gouvernement de mettre fin aux exactions contre notre communauté. Mais, nous n’avons jamais conseillé à nos enfants de prendre les armes contre notre pays. C’est un combat qui ne nous honore pas», lance une notabilité peuhle à Bamako.

«Tout ce que dit Oumar Aldjannah est faux. Il a d’autres motivations personnelles que de défendre les peuhls. ANSIPRJ est comme le MNLA. Elle ne représente ni les peuls ni une autre ethnie. Elle veut juste créer la panique au sein de la population pour profiter de la confusion ou des dividendes de la paix», est convaincu Samba Sankaré, un cadre peuhl.

Certains de nos interlocuteurs n’hésitent pas à nous rappeler que le père d’Oumar Aldjannah est tamashek… Il n’est donc pas mieux indiqué à prendre les armes pour défendre ses oncles contre leur patrie.

Et ils sont nombreux les observateurs qui pensent que, en ciblant l’armée Oumar expose son ethnie qu’il veut bien protéger.

Une vraie enquête sur les présumées exactions

En tout cas, comme le dit le doyen Abdourhamane Dicko, «la toile s’est enflammée au Mali à la suite de la déclaration de création de cette alliance». Comme beaucoup d’observateurs, cet expert exhorte le gouvernement à s’interroger réellement sur les reproches faits à l’armée. Et cela d’autant plus que, depuis plusieurs mois, de nombreuses voix s’étaient élevées pour dénoncer et condamner ces exactions.

«Une milice n’est pas aujourd’hui nécessaire pour défendre qui que soit. Mais, les personnes ne peuvent pas non plus continuer à mourir inutilement sans qu’une réaction adéquate soit apportée», défend M.  Dicko.

D’une façon générale, il est temps que l’Etat tire les enseignements des différentes crises sécuritaires et identitaires auxquelles le Mali est confronté depuis son indépendance. Des conflits qui naissent généralement de  l’impunité et de l’excès d’autorité alimentant les révoltes et les rébellions.

Quelles que soient les tares qui peuvent affaiblir l’Alliance nationale pour la sauvegarde de l’identité peule et la restauration de la justice, «aucune action ne doit être minimisée dans le contexte actuel du Mali, surtout que la rébellion de 2012 était partie de jeunes que personne ne voyait venir», rappelle cet observateur des crises communautaires et identitaires dans le Sahel.

Stratégiquement, les forces armées et de sécurité du Mali sont en mesure d’écraser un petit mouvement de 700 combattants. Cependant, avertit Abdourhamane Dicko, «l’armée ne peut pas prédire les dégâts liés à l’asymétrie d’action de 700 combattants convaincus, mais surtout bien entretenus».

Surtout que le contexte général est présentement favorable à tous les types de trafics, au recrutement de combattants à plusieurs milliers de francs CFA, aux tractations de recrutement de combattants pour le processus de DDR.

Des raisons suffisantes à pousser «les Maliens à créer une synergie autour de leur beau pays débarrassé des accusations d’exactions, de manque de confiance entre composantes sociales et entre elles et l’Etat».

Dans la vie d’une nation, l’injustice, l’inégalité et l’impunité ne peuvent profiter qu’aux ennemis de la paix, de la stabilité, de la République laïque.

Comme le dit si pertinemment M. Dicko, «l’Etat et ses représentations doivent donner l’image d’être là pour tous les citoyens et citoyennes. C’est à ce seul prix que les frustrations ne conduiront pas à une révolte armée».

Equité et justice pour retrouver la crédibilité requise aux yeux des populations

Il est donc nécessaire, pour faucher l’herbe sous les pieds des fondateurs d’ANSIPRJ, que des enquêtes soient menées sur les présumées exactions de l’armée sur les peuls. Il ne s’agit pas de les balayer d’un revers de la main.

Le gouvernement doit faire toute la lumière sur la situation pour savoir s’il y a eu des exactions, qui sont les coupables et quelles sont les sanctions qui ont été prises. Cela est l’un des principes clés de l’Etat de droit. Le peuple veut tout savoir sur ces présumées exactions.

Il est donc nécessaire, pour faucher l’herbe sous les pieds des fondateurs d’ANSIPRJ, que des enquêtes soient menées sur les présumées exactions de l’armée sur les peuls. Il ne s’agit pas de les balayer d’un revers de la main.

L’Etat doit faire toute la lumière sur la situation pour savoir s’il y a eu des exactions, qui sont les coupables et quelles sont les sanctions qui ont été prises. Cela est l’un des principes clés de l’Etat de droit.

Le peuple veut tout savoir sur ces présumées exactions et il a le droit de savoir. Ce qui n’est pas possible tant que l’Etat ne s’assume pas pour exercer ses missions régaliennes.

Cela devient très urgent d’autant plus que tous les plans machiavéliques qui visent à déstabiliser notre pays depuis des décennies découlent de la faillite de l’Etat.

Comme l’écrivait la semaine dernière un jeune confrère sur Maliweb, les autorités politiques doivent aujourd’hui comprendre que «ce pays ne peut plus être dirigé sur la base de la culture de l’injustice, du favoritisme et de la corruption. L’Etat doit accepter ce fait-là et retourner auprès de ses citoyens pour vraiment assouvir leur soif de justice, de sécurité et de bonne gouvernance».

C’est une piste crédible pour résoudre l’équation sécuritaire à laquelle nous faisons impuissamment face depuis des décennies !

Moussa Bolly

 

SECURITE ET PAIX AU MALI : Le mandat de la Minusma de plus en plus contesté face à la montée en puissance des Jihadistes juin 8 2016

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CASQUES BLEUS AU SIEGE DE LA MINUSMA A BAMAKO

 

Le président Ibrahim Boubacar Kéita du Mali a reçu jeudi dernier (2 juin 2016) les ambassadeurs des pays membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies (USA, France, Royaume-Uni, Russie et Chine). C’était en présence du Premier ministre Modibo Kéita et de plusieurs membres de son gouvernement. Une audience liée à la recrudescence de la violence dans les régions du nord et du Centre du Mali.

 

Cette audience, au lendemain de l’attaque d’Aqmi contre le contingent chinois à Gao, a abordé la question du renouvellement du mandat de la Minusma au Mali. Un mandat qui doit prendre fin le 29 juin prochain.

La mise en œuvre de l’Accord de paix et de réconciliation nationale a également été abordée selon la Cellule de communication de la présidence malienne. Aujourd’hui, tous conviennent qu’il faut intensifier la coopération et renforcer le mandat de la Minusma pour faire face aux attaques terroristes dont sont victimes les casques bleus et les FAMA.

La communauté internationale doit aussi œuvrer à faciliter la mise en œuvre de l’Accord de paix et de réconciliation nationale signé il y a un an. Les Ambassadeurs de la Russie, la Grande Bretagne, la France, la Chine et les Etats-Unis ont profité de cette audience pour exprimer au peuple malien leur solidarité suite aux attaques terroristes du 31 mai 2016 et des jours précédents contre la Minusma mais aussi contre les FAMA.

L’audience du 02 juin dernier a eu lieu au moment où le Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, annonçait avoir demandé au Conseil de sécurité de renforcer les effectifs de la Minusma avec le déploiement de 2 500 Casques bleus supplémentaires.

De plus, Ban Ki-moon souhaite la création d’une «équipe d’intervention spéciale» à Bamako au sein de la police de la Minusma. Pour le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies au Mali, M. Annadif lors d’une conférence de presse animée le 2 juin au siège de la Minusma, «il est impératif que la Minusma change sa stratégie sur le terrain en devenant proactive».

Mais, la requête du Secrétaire général de l’ONU ne semble pas trop convaincre les observateurs compte-tenu du contexte sécuritaire qui ne cesse de se dégrader.

«Ban Ki-moon parle de renforcer les positions et les capacités de la Minusma pour opérer dans un environnement dangereux et imprévisible… On veut donc nous faire croire qu’on ne savait pas la dangerosité d’un environnement que les jihadistes de tout acabit ont occupé près d’un an ? Les hélicos et les blindés blancs c’est pour intimider qui ? Pas les terroristes en tout cas», s’interroge Le Berger, un cadre et bloggeur ressortissant du nord du Mali

Doter les FAMA et la Minusma de capacité d’anéantir la nébuleuse terroriste

Pour de nombreux interlocuteurs, les difficultés actuelles de la Minusma ne sont pas forcément un problème d’effectif ou de logistique. C’est plutôt la «pertinence» et «l’objectivité» du mandat qui pose problème car il ne permet pas aux contingents d’anticiper sur les attaques et de mieux se défendre.

«Je pense que la résolution des Nations unies sur Minusma a été votée sous le chapitre 7 qui stipule que les Casques bleus doivent combattre. Après on nous fait croire que c’est une force de maintien de paix et que seule la France peut combattre à travers ses forces spéciales. Le problème n’est pas lié à l’effectif, mais à l’interprétation qui est fate de ce mandat assez restrictif dans un environnement chaotique», dénonce Abdoul Karim Dramé,  chroniqueur politique et consultant.

Un gendarme, qui a été sur le site où les togolais sont morts, nous confiait de façon anonyme que ceux-ci avaient 7 blindés… Les assaillants étaient au nombre de 3. Ils ont garé leurs motos à 2 kilomètres et ils ont posé la mine. Une fois le convoi tombé dans l’embuscade, les assaillants ont tiré sur les togolais, tuant 5 éléments avant de rejoindre tranquillement leurs engins sans être poursuivis par les gens de la Minusma. Cette attaque a lieu à près de 55 km de Sévaré (Mopti) sur la route de Ténenkou.

«Dans sa mission actuelle, la Minusma est inutile au Mali», conclut un diplomate africain en poste à Bamako. «L’erreur stratégique du Mali et de ses partenaires est certainement de ne s’être pas donné suffisamment les moyens d’éradiquer les groupes terroristes comme Ançar Dine qui sont manifestement frustrés de n’avoir pas été considérés comme interlocuteurs et parties au processus de paix», déplore un diplomate malien à l’étranger sous couvert de l’anonymat.

«Les forces armées et de sécurité maliennes ainsi que les forces internationales doivent adapter leur  stratégie et leur mode opératoire aux réalités du terrain rendu encore plus dangereux par le facteur terroriste», ajoute ce dernier.

«Le renforcement de l’effectif de la MINUSMA n’est évidemment pas approprié pour gérer la situation dans les régions nord du Mali. Il faut changer le mandat», rappelle Abdourhamane Dicko, président de l’Association des ressortissants de Gabéro (Gao).

A elle seule, la France ne viendra pas à bout du terrorisme au Sahel

«A défaut de se transformer en force de lutte contre le terrorisme, la constitution d’une force d’appui à Barkhane s’impose aujourd’hui pour maitriser la situation au Mali et créer les conditions de la mise en œuvre de l’Accord de paix», ajoute M. Dicko.

Mais, à condition que la France se rende à l’évidence que sa «bonne volonté et sa détermination» ne suffisent plus à elles seules pour venir à bout du terrorisme qui change constamment de visage. «Le terroriste n’est pas une colline immuable, mais une personne. Un humain aux mouvements imprévisibles», décrit M. Dicko.

Un point de vue partagé par de nombreux observateurs qui sont convaincus que l’on ne viendra pas à bout du terrorisme avec le «cloisonnement actuel des différentes forces sur le terrain».

Pour eux, les lenteurs du désarmement et surtout les problèmes de coordination entre les différentes forces (Forces armées maliennes, ex-groupes armés, Minusma, opération française Barkhane) offrent «des possibilités pour les fauteurs de trouble».

Pour l’ancien Premier ministre, Moussa Mara, il faut «une riposte rigoureuse, déterminée, durable et adaptée contre les terroristes qui utilisent toutes les failles qu’ils trouveront dans le dispositif de défense des forces amies et emploieront toute stratégie pour arriver à leur fin».

Il a souligné à cet égard que «la posture défensive n’est plus de mise et la seule posture guerrière non plus ne sera pas seule efficace».

«Il faut intégrer le renseignement, collaborer avec les populations, associer les leaders et organisations religieuses, allier le savoir-faire technologique et les possibilités socio culturelles fournies par nos communautés et notre organisation sociale. C’est à une lutte de long terme que nous devons nous préparer sous l’égide des autorités maliennes», a conclu le jeune et ambitieux président du parti Yèlèma (Changement, majorité présidentielle).

En plus de «muscler» le mandat de la Minusma, la situation exige aujourd’hui «une mutualisation des forces» afin de combler le déficit constaté au niveau des différents intervenants.

«La faiblesse et le manque de professionnalisme qu’on reproche très souvent aux forces armées et de sécurité maliennes ne peuvent pas être compensés par la puissance de feu d’une force étrangère au risque de commettre la même erreur», analyse Abdourhamane Dicko.

Dans ces conditions, déplore-t-il, le renforcement de la Minusma ne serait que des «contingents physiquement présents et envahissants».

«Un effectif supplémentaire qui ne contribuera pas forcément à améliorer le quotidien des populations», conclu-t-il. Presque tous nos interlocuteurs sont de cet avis.

Moussa Bolly

(Avec Xinhua)

 

LUTTE CONTRE L’INSECURITE ET LE TERRORISME AU MALI : Les forces maliennes et onusiennes perdent du terrain face aux jihadistes juin 8 2016

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une partie du camp de la minusma lors de l’attentat à Gao (photo minusma)

 

En l’espace de dix jours, fin mai, six Tchadiens et cinq Togolais ont péri dans des embuscades probablement menées par des groupes jihadistes. Et le 31 mai, une attaque a fait quatre morts dont un Casque bleu chinois, deux prestataires de services maliens et un expert français du déminage. À la même période, au moins 7 soldats maliens sont tombés dans des embuscades au Nord du pays. Des revers qui prouvent sans doute que les Forces armées maliennes et celles de la Minusma perdent dangereusement du terrain face aux réseaux terroristes visiblement remis en selle par les blocages dans la mise en œuvre de l’accord pour la paix signé, il y a un an.

 

Pour la seule seconde quinzaine du mois de mai 2016, au moins une vingtaine de militaires dont 14 Casques bleus et 3 civils travaillant pour les Nations-Unies ont perdu la vie dans divers actes terroristes. De sources concordantes, au moins soixante six soldats de la paix sont morts dans le «bourbier malien» depuis près de trois ans.

Mais ce sont les Fama qui payent le prix fort, malgré leur montée en puissance reconnue à tous les nouveaux. Sans compter qu’à la différence des contingents de la Minusma, les Forces armées et de sécurité maliennes n’hésitent pas à en découdre avec l’ennemi, mieux armé et attaquant toujours par surprise. Cet engagement explique en partie le repli constaté un moment au niveau de la nébuleuse terroriste.

Mais, après une période d’accalmie, les réseaux terroristes semblent reprendre le dessus. La dernière attaque contre la Minusma à Gao en est la preuve pour de nombreux observateurs. «L’erreur stratégique du Mali et de ses partenaires est certainement de ne s’être pas donné suffisamment les moyens d’éradiquer les groupes terroristes dont certains, tels que Ançar Dine, sont manifestement frustrés de n’avoir pas été considérés comme interlocuteurs et parties au processus de paix», déplore un diplomate malien sous couvert de l’anonymat.

Il ajoute : «À la fois, l’armée malienne et les forces internationales doivent adapter leur stratégie et leur mode opératoire aux réalités du terrain rendu encore plus dangereux par le facteur terroriste».

La multiplication des attaques découle d’un changement de stratégie prévisible. En effet, dans la nuit du 15 au 16 mai, le Commandant Mahamadou Camara a été froidement assassiné à Gao. Ce médecin militaire très expérimenté était le directeur de la zone de santé de Kidal, mais basé à Gao. Ce lugubre coup d’essai laissait présager d’autres attaques audacieuses des jihadistes.

 

Attaquer la nuit pour faire diversion

Trois enseignements peuvent être tirés des actes du 31 mai dernier. C’est la première fois que la Minusma est visée par une attaque nocturne. C’est aussi une première que le contingent chinois est visé. «C’est surprenant qu’on s’en prenne aux Chinois dont le contingent est beaucoup plus une mission socio-humanitaire que militaire. Peut-être que c’est parce que ces Chinois sont appréciés par les populations pour leur aide médicale», déplore un jeune leader de Gao.

«Aucune raison rationnelle ne peut expliquer l’attaque du contingent chinois, si ce n’est l’hostilité insupportable de la présence des forces étrangères au Nord du Mali. À défaut d’obtenir l’indépendance, cette nébuleuse considère toute force présente au Nord comme ennemie, car un frein pour le contrôle du Nord», souligne, pour sa part, Fousseyni Camara, un intellectuel et bloggeur de la diaspora malienne en France.

«La Chine est l’une des cibles, tout simplement parce que cette mission onusienne au Mali est très floue et les groupes armés en profitent», ajoute-t-il. «Je ne pense pas que le contingent chinois ait été directement visé. L’objectif était visiblement de toucher un camp de la Minusma ; de créer la panique afin de mieux attaquer l’UNMAS qui est le service de Lutte anti-mines des Nations-Unies. Un choix qui n’est pas non plus fortuit parce que les embuscades sont la nouvelle stratégie des jihadistes depuis quelques mois», souligne un officier des FAMA qui a requis l’anonymat.

 

Curieuse coïncidence

«Curieusement, cette recrudescence des attaques débute au moment où la Cma et la Plate-forme ont décidé de se mettre en retrait du processus de mise en œuvre de l’accord pour la paix. Cela apporte l’eau au moulin de ceux qui ont toujours défendu qu’il y a une connexion entre les supposés ex-rebelles et les réseaux mafieux et terroristes», souligne K. Camara, politologue et consultant indépendant sur les questions géopolitiques et de sécurité au Sahel.

«Les groupes terroristes, Ançar Dine, Aqmi, Al Mourabitoune et le reliquat du Mujao continuent de causer énormément de dégâts ; ils visent Barkhane, la Minusma et les Fama. Ces groupes bénéficient de complicités au sein de la population et même des mouvements signataires de l’accord…», a reconnu le chef de la Minusma, Mahamat Saleh Annadif, dans une déclaration faite à la presse après l’attaque de mardi soir contre sa mission à Gao.

L’autre constat est que les terroristes reviennent aussi en force dans le centre du pays. Ainsi, un convoi de la Minusma est tombé dans une embuscade le 26 mai, à 30 km à l’ouest de Sévaré, sur l’axe Ténenkou-Sévaré. Cinq Casques bleus togolais ont été tués et un autre a été grièvement blessé. C’est la première attaque de ce genre contre les forces onusiennes dans cette zone.

«L’Etat est absent sur cette partie du territoire. Et si on ne rétablit pas la puissance publique sur l’étendue de ce territoire, je pense qu’il y a problème. Je souhaite vraiment que l’accord soit mis en œuvre parce que chaque mort est un mort de trop…», avait déploré lundi dernier, Oumar Bathily, maire de la commune urbaine de Mopti, dans une émission de «Studio Tamani».

«Ce qui se passe dans la région de Mopti est très inquiétant. Au moment où la paix arrive au Nord, la guerre glisse vers le Centre. Notre mission devient plus difficile car elle s’étire…», craint M. Annadif dans une interview accordée à nos confrères de Jeune Afrique.

 

Une responsabilité partagée

 Pour des observateurs, la responsabilité de l’insécurité au Nord et au Centre est partagée entre le gouvernement, les groupes armés et la communauté internationale qui doit davantage matérialiser son soutien au Mali. Il est par exemple indispensable de renforcer la surveillance aérienne du territoire et surtout, des convois. Un moyen que le Mali n’a pas encore, puisque notre armée de l’air est en déconfiture. Cette recrudescence pose aussi le problème de la coordination des actions entre les Fama, la Minusma et Barkhane.

«Ces attaques mettent à nu l’incapacité de l’Etat, de la Médiation internationale ainsi que des forces françaises et onusiennes à gérer la crise du Nord, malgré la signature de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali», déplore un diplomate étranger en poste à Bamako. «La nécessité de muscler le mandat de la Minusma et son extension à la lutte anti-terroriste est une évidence que seul le Conseil de sécurité de l’Onu ne semble pas voir», ajoute-t-il.

Face à la situation actuelle, «la Chine doit peser de tout son poids mondial pour faire comprendre que la dissuasion et l’interposition ne s’appliquent qu’à deux pays en guerre et non dans une lutte contre le terrorisme», conseille Fousseyni Camara. Un avis partagé par de nombreux spécialistes qui pensent qu’il va falloir être «extrêmement vigilants, car par essence, ce sont les terroristes qui mènent la danse et auront toujours un pion d’avance sur les forces qui les combattent». Cela est aujourd’hui d’une cruelle évidence !

Moussa BOLLY

(Avec XINHUA)

 

INTIME CONVICTION : L’abandon du fleuve Niger à ses pollueurs est la preuve du manque d’autorité du pouvoir juin 2 2016

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L’eau, c’est la vie ! Cela est connu de tous ! Et «sans le fleuve Niger, le Mali disparaîtra», nous enseigne une vieille sagesse connue au Mali. Que serait réellement ce pays sans le Djoliba ? Une source de vie aujourd’hui «assimilée à un vaste égout collectif capable de recevoir et de recycler toutes sortes de déchets», comme l’a décrit Abdourahmane Oumarou Touré, Directeur général de l’Agence du Bassin du fleuve Niger (ABFN) à la fin d’une récente tournée dans la région de Koulikoro et dans le District de Bamako pour se faire une idée de la pollution du Niger. Doit-on alors privilégier la fortune d’une poignée d’exploitants aux dépens de la vie de millions de personnes et des futures générations de riverains ?

 

C’est pourtant le choix fait par les autorités maliennes dont le discours en faveur du fleuve tient de la démagogie politicienne. Au quotidien, rien de concret n’est réellement entrepris par le pouvoir malien pouvant prouver qu’il est réellement conscient que ce cours d’eau est en danger d’extinction.

Située à près de 80 kilomètres de Bamako, Kangaba (région de Koulikoro) est l’une des zones les plus polluées du Niger supérieur à cause de l’utilisation des machines de fabrication artisanale, communément appelée «Dragues».

Ces engins servent à extraire l’or du gravier remonté du fond du Djoliba. Ce type d’orpaillage est pratiqué sur le territoire malien, de Kangaba (Koulikoro) à la frontière guinéenne. Et les propriétaires de ces dragues utilisent des produits chimiques et toxiques, notamment le mercure et le cyanure pour extraire l’or du gravier.

Sans compter que cette activité contribue à l’ensablement du fleuve en plus de la pollution chimique orchestrée par l’utilisation des produits toxiques par des dragueurs.  «A cause des mauvaises pratiques de certains dragueurs qui utilisent le mercure et le cyanure sur le fleuve pour la recherche de l’or, le fleuve se meurt petit à petit…Il n’y a plus de poissons à pêcher dans le fleuve Niger. Et ici à Kangaba, on ne consomme plus de poissons pêchés dans le fleuve Niger, au risque de manger du cyanure ou du mercure», a déploré le député Mahamadou Kéita, également membre de la «Commission Eau-Environnement et Assainissement» de l’Assemblée nationale, lors de la récente visite de l’ABFN.

 

Un péril noyé dans l’indifférence et la corruption

Un drame palpable dans tout le Mandé où le fleuve est totalement envahi par les Dragues. De Koulouba à la Cité administrative, en passant par l’Hémicycle, les administrations régionales et locales, tout le monde est au courant de cette situation et surtout informé de ses risques et dangers.

Ce sont des projets financés à des dizaines, voire des centaines de milliards de F CFA (des dettes avec des intérêts souvent inimaginables) qui sont aujourd’hui menacés par l’utilisation des dragues, du mercure et du cyanure dans le lit du Djoliba.

C’est par exemple le cas du Projet d’alimentation en eau potable de la ville de Bamako, communément appelé «Projet Kabala» dont la composante production a été officiellement lancée vendredi dernier (26 mai 2016). Ce volet seulement est évalué à 106 millions d’euros, soit 69,4 milliards de F CFA, financé par des prêts consentis par la Banque européenne d’investissement (BEI), l’Union européenne et la France, à travers l’Agence française de développement (AFD).

Ce sont aussi des projets vitaux comme les aménagements agricoles du Delta central du fleuve Niger. Sans compter la navigation de plus en plus compromise, même pendant la traditionnelle période des hautes eaux. Curieusement, la prise de conscience des hautes autorités maliennes se limite à la démagogie, au folklore pour se donner bonne conscience aux yeux de l’opinion nationale et internationale.

Comme la folklorique entrée en scène du chef de l’Etat lors de la cérémonie d’ouverture de la COP21 à Paris (France) en novembre dernier. Négligeant son propre rôle de dirigeant d’un pays dont l’existence même est menacée par le danger qui plane sur le Niger, le président de la République est allé à Paris pour  exhorter ceux qui n’y ont pas un intérêt direct à la solidarité avec le Mali pour sauver le fleuve qui se meurt.

«Je vous parle du vécu à travers tout ce que je vous raconte sur ce cours d’eau si cher à mon pays», avait assuré IBK, rappelant le lien fort entre l’histoire du Mali et celle du fleuve Niger. «Sans l’un, l’autre n’existerait pas. Véritable sève nourricière de notre pays qu’il arrose sur 1.700 km du Sud au Nord, il permet de transporter, de nourrir et d’abreuver des millions de personnes sur son parcours.

«Dans son Delta, le Niger abrite une biodiversité unique au monde. C’est ce trésor qui, aujourd’hui, se dégrade littéralement, en cédant la place, peu à peu, à la désertification, à l’ensablement, donc à l’assèchement certain, un jour, de son lit. Un scénario catastrophique que l’humanité aura certainement sur sa conscience», a plaidé Ladji Bourama.

Mais, qu’est-ce que lui-même a fait depuis qu’il est au pouvoir face à cette dramatique dégradation de ce trésor national, voire sous-régional ? Et curieusement, nous apprenons par des médias que le gouvernement bloque un important financement en faveur de l’ABFN, au moment où le chef de l’Etat interpelle la communauté internationale sur sa responsabilité en cas d’extinction du fleuve Niger.

Cette agence serait en effet sur le point de signer avec les Néerlandais un protocole d’accord d’un montant de plus 45 milliards de FCFA pour la réhabilitation du Niger. Une signature bloquée depuis des mois par la lenteur administrative.

Et pourtant, selon les responsables de l’ABFN et de l’entreprise néerlandaise (BIG Machinery), la première phase du projet concerne le dragage du lit du fleuve de la frontière guinéenne au Mali sur une distance de 200 km pour le débarrasser des matières polluantes. Selon les études menées par l’entreprise néerlandaise, 900 millions de m3 de déchets devraient être extraits du lit du fleuve.

Aussi, le projet prévoit l’aménagement des zones rocheuses. Déjà identifiées, ces zones seront aménagées en zones de pisciculture afin de permettre aux poissons de se reproduire, relançant ainsi la pêche et ses activités connexes dans notre pays. Dans le domaine de la promotion de l’emploi, ce projet offre 500 emplois permanents. À l’issue de la première phase du projet, la navigabilité du fleuve Niger sera rétablie.

En provenance de Tombouctou, de Gao ou de la Guinée-Conakry, les bateaux pourront se rendre à Bamako.

La solidarité internationale pour dissimiler le manque de volonté politique du pouvoir

C’est dire que l’importance de cette initiative n’est plus à démontrer pour que le gouvernement accélère la procédure de signature afin d’encourager d’autres partenaires à s’inscrire dans la même mouvance.

A la COP21, le président IBK avait tenté d’émouvoir les dirigeants du monde par rapport aux conséquences du changement climatique sur le continent, en déclarant que l’Afrique seule ne pouvait et qu’il lui faut la solidarité internationale.

Mais, aux niveaux national et régional, que l’on fasse d’abord le peu que nous pouvons. Débarrasser le fleuve Niger de ses sources de pollution n’est pas une question de financement, mais juste de volonté politique. Cela fait des années que l’Etat sensibilise. Mais, cela ne fait qu’aggraver la situation de pollution, de dégradation du fleuve Niger.

Aujourd’hui, il faut avoir le courage politique de légiférer pour interdire la prospection et l’orpaillage dans les cours d’eau du Mali, notamment dans le Djoliba, avec de lourdes peines et amendes comme sanctions.

Si le gouvernement n’agit pas, les élus de la nation auraient déjà dû prendre l’initiative avec une proposition de loi. Pourquoi ce silence, cette indifférence de l’Etat et de l’Assemblée nationale ? Pourquoi les élus des localités les plus menacées se contentent-ils de déclarations de circonstance, au lieu de prendre le taureau par les cornes ? Ce sont les pollueurs (orpailleurs, exploitants de sable…) qui apportent les réponses à ces questions.

«Nous sommes tous coupables de l’état de la pollution du fleuve Niger. Notre activité est néfaste pour le fleuve Niger, mais génère beaucoup de revenus et de retombées», confiait à nos confrères de «Le Matin», une orpailleuse à Kangaba lors de la récente mission de l’ABFN. «Je pense que cette activité, bien qu’elle soit néfaste pour le fleuve, ne s’arrêtera pas comme ça puisque les collectivités et certains agents de l’Etat y gagnent plus que nous qui souffrons, au péril de notre vie… Nous payons beaucoup d’argent pour cela. Nous payons des taxes, des impôts et nous donnons même de l’argent aux autorités traditionnelles et aux agents de l’environnement», avait-elle ajouté. Une accusation confortée par les exploitants de sable de Koulikoro qui rappelaient aux responsables de l’ABFN, «nous donnons beaucoup d’argent à la mairie et aux impôts…» !

D’autres exploitants insistent pour faire savoir que «tout le monde est au courant de ce que nous faisons. Nous gagnons certes de l’argent au risque de notre vie, mais nous en donnons aussi aux collectivités et à l’Etat, à travers les services d’hygiène et des impôts, pour pouvoir mener notre activité».

Comme on pouvait le soupçonner, ils achètent le silence de ceux qui doivent les dénoncer, ceux qui peuvent légiférer contre le fléau. Chacun gagne son compte. Des taxes et des impôts que, malheureusement, le Trésor public ne voit pas souvent et dont les collectivités profitent très peu. Comment peut-on hypothéquer la vie de millions de personnes et sacrifier les futures générations pour des modiques sommes ?

Comme le dit Yamadou Kéita, une notabilité de Farabana (Kangaba), «la plus grande menace à la survie du Niger est le manque de volonté politique. Si l’Etat assume aujourd’hui son autorité, tous ces fléaux vont être vite circonscrits».

Mais aujourd’hui, face à l’indifférence des pouvoirs publics, nous exhortons toutes les forces vives et conscientes du pays à se mobiliser pour les contraindre à agir concrètement en faveur du Djoliba.

Nous ne devons surtout jamais oublier que le Niger, considéré comme étant le 3ème plus grand fleuve du continent après le Congo et le Nil, avec 1,5 million km2, est un patrimoine commun à au moins neuf pays (Bénin, Burkina, Cameroun, Côte d’Ivoire, Mali, Guinée, Niger, Tchad, Nigéria et la Guinée où il prend sa source à la frontière sierra léonaise). Nous ne pouvons donc pas assumer la responsabilité historique de ce cataclysme écologique, socio-économique et culturel !

Moussa BOLLY

SourceLe Reporter

 

 


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