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GOUVERNANCE EN REPUBLIQUE DU MALI : Le pays va mal ! mai 29 2016

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Le président IBK

 

Ce n’est pas le refrain d’une célèbre chanson du reggae star Moussa Doumbia alias Tiken Jah Fakoly ! Mais, une triste réalité que les Maliens vivent aujourd’hui.

 

Le Mali s’est rarement aussi mal porté. On nous rappellera sans doute les années de la dictature du général Moussa Traoré avec souvent les 6 à 8 mois d’arriérés de salaires. Aujourd’hui, certes les salaires tombent dans le délai. Mais, est-ce qu’ils nous servent réellement à quelque chose en relation avec le coût réel de la vie ?

Le Malien est aujourd’hui un loup pour ses compatriotes, et cela dans tous les domaines. Dans tous les secteurs, ce sont des bénéfices faramineux qui sont réalisés sur le dos des consommateurs. L’Etat ? Ses cadres sont les principaux acteurs de  ce commerce qui frôle l’illicite, tel définit par la religion musulmane.

Le Mali va mal parce que le régime actuel a atteint les limites de l’incompétence. Il s’est enlisé dans la démagogie, car incapable de soulager la souffrance des Maliens. Comment comprendre qu’un président qui prône la lutte contre la corruption comme son cheval de bataille politique, puisse nommer à la présidence du Conseil d’administration d’un établissement bancaire (fruit de la fusion de deux banques), un homme qui n’a laissé que des casseroles partout où il est passé ?

Le pire, c’est que le président a tourné le dos pour l’investiture d’un dictateur au moment où son pays est en proie à une instabilité chronique avec des conflits intercommunautaires, une révolte communautaire à Yélimané et dans sa diaspora contre l’injustice… Sans compter que la capitale est dans le noir depuis des mois et que l’immense partie de la population malienne est privée d’eau. Que faire ?

Pour beaucoup d’observateurs, les Maliens ont intérêt à prendre leur destin en main, en prenant exemple sur les populations de Yélimané et sur la Diaspora ainsi que sur la jeunesse patriote de Gao.

Et comme l’écrivait un confrère sur les réseaux sociaux, en guise d’avertissement au gouvernement, «certes la Tunisie n’est pas le Mali. La bourgade de Sidibouzid d’où est parti le printemps arabe n’est pas Yélimané. Mais…, si tout ceci devait se greffer à un front social qui veut entrer de nouveau en ébullition à Bamako, il y a lieu d’anticiper… Surtout qu’un proverbe bambara rappelle que ce n’est trop facile de saler une viande en état de décomposition».

Un malade sous la menace d’une fatale rechute

Et les fronts politique et social sont véritablement en «décomposition avancée» annonçant une turbulente fin de mandat pour le Prince du Mandé. Comme on sentait dans une récente tribune du doyen et le grand patriote Seydou Badian Kouyaté, il serait intéressant que «le côté positif de l’orgueil soit actif chez les jeunes, dans un esprit révolutionnaire et pacifique comme au Burkina Faso». Une pression sans doute utile pour pousser le régime à se respecter et à respecter le peuple qu’il gouverne.

Mais, il faut être extrêmement prudent parce que notre pays sort d’une crise globale qui l’a beaucoup fragilisé sur ses fondations républicaines. C’est encore un grand malade qui n’est pas à l’abri d’une fatale rechute. A notre analyse, c’est l’efficacité de l’action publique qui est en cause.

Même si le gouvernement s’abrite derrière une relative croissance économique, il est clair pour la majorité des Maliens que les actions publiques peinent à régler durablement les problèmes de notre pays. Cela, parce que ceux qui gèrent les affaires, en ce moment, ne sont pas parvenus à prendre conscience de leur immense responsabilité pour s’armer d’une vision claire et nette de leur mission.

«En gestion, lorsqu’on ne  peut pas assurer l’efficacité d’une politique économique, il vaut mieux ne pas agir, car le coût de l’inaction est toujours moins élevé que le coût de l’action inefficace», conseille un économiste.

Gérer un pays post-crise n’est pas de la sinécure. Il faut faire des choix opportuns et judicieux et consentir des sacrifices énormes. Et cela, notamment au niveau des relations familiales et des alliances politiques. Les Maliens l’avaient compris en faisant massivement confiance à Ibrahim Boubacar Kéïta dit IBK en 2013 (77,6 %).

Ce plébiscite visait à l’affranchir de toutes les contraintes politiques et des alliances destructrices afin qu’il puisse essentiellement se consacrer à la réconciliation, à la reconstruction et surtout à redonner à nous, Maliens, notre «honneur et notre dignité» égarés depuis janvier 2012.

Malheureusement, Ladji Bourama a interprété cela comme un blanc-seing pour faire ce qu’il veut à la tête du pays, en s’embourbant notamment dans la mare politique et en s’égarant dans l’ascenseur socio-familial. Ibrahim Boubacar Kéita a perdu du temps à renvoyer l’ascenseur à sa famille (politique et biologique) qu’à mener une vraie réflexion pour mieux baliser sa mission et agir efficacement.

Toute modestie mise à part, IBK aurait dû demander conseil et prendre exemple sur Alassane Dramane Ouattara et Paul Kagamé, les deux leaders africains qui sont en train de réussir la prouesse de relever leurs pays après des crises tragiques qui les avaient secoués et profondément divisés.

Une coalition socio-politique pour changer la donne

La gouvernance sans repère n’accouche que de la déception et de la détresse des populations. Comment inverser cette situation et trouver des solutions idoines aux préoccupations du peuple malien ?  Pour sortir de ce genre «d’enfer», préconisait une amie française, il faudrait créer «une coalition, une entente avec le peuple pour faire front de manière intelligente à l’asservissement des puissances économiques et de leurs multinationales». Elle a raison, car les difficultés de nos pays sont en partie liées à «l’aliénation inqualifiable» de nos dirigeants et de leur asservissement volontaire à la France.

À cela s’ajoute aussi le manque de discernement des élites. Depuis quand, demande-t-on l’autorisation de l’oppresseur pour sortir de l’oppression ? Comment en arrive-t-on à appeler votre oppresseur à vous libérer ? «Si la France contrôle nos économies, de manière injuste, dénonçons-la et dénonçons ses complices et valets locaux. Battons-nous pour reprendre notre dignité et notre liberté et arrêtons de pleurnicher devant la France», réagissait ainsi un confrère sénégalais, dépité par les propos d’un écrivain et d’un ancien Premier ministre africains sur une radio internationale.

Plus que dans la révolution, la solution serait probablement dans un vaste élan de solidarité national pour cerner les dirigeants et les contraindre à aller dans le sens des attentes du peuple. «Il vous faut être solidaires d’un même projet afin d’améliorer vos conditions… Sinon, les révoltes ne servent généralement à grand-chose et n’ont jamais profité aux peuples», conseille une amie, une activiste française. Ce qui explique que le Mali soit encore moralement, politiquement, socialement et économiquement dans le trou après la Révolution de mars 1991.

Nous sommes aussi convaincus que si Révolution il y a, elle doit commencer au niveau individuel, personnel. Que chaque citoyen comprenne qu’il doit d’abord changer dans son comportement pour contribuer au changement à l’échelle communautaire et nationale.

N’est-ce pas que Gandhi nous enseigne que «notre pouvoir ne réside pas dans notre capacité à refaire le monde, mais dans notre habilité à nous recréer nous-mêmes…Vous devez être le changement que vous voulez dans ce monde».

«None but ourselves can free our minds. Emancipate yourself from mental slavery», c’est-à-dire, «nul d’autre que nous-mêmes ne pouvons libérer nos esprits…Libérons-nous de l’esclavage mental», disait Tonton Bob Marley dont le 35e anniversaire de la disparition a été célébré le 11 mai dernier dans le monde entier.

Libérons-nous de nos propres contraintes et peurs par rapport au changement. N’ayons donc pas peur de perdre nos conforts personnels, si cela doit aboutir au bien-être de tous dans une société affranchie de l’injustice et des inégalités. 

Quand nous comprendrons cela, nous cesserons d’être esclaves de nos craintes ainsi que des politiciens qui nous prennent pour des moutons de panurge. C’est bien de s’indigner, de se révolter, mais il faut se remettre en question et se corriger pour être un acteur positif et efficace du changement.

Et il est temps d’en prendre conscience !

Moussa BOLLY

 

MARCHE CITOYENNE : L’alerte avant la tempête sociopolitique mai 25 2016

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Marche de l’opposition le 21 Mai 2016

 

L’opposition malienne a mobilisé près d’un millier de manifestants dans les rues de Bamako pour dénoncer la «mauvaise gouvernance» du pouvoir. A Paris (France), les Maliens ont aussi massivement manifesté pour signifier au régime leur déception. C’est finalement à une véritable «Marche citoyenne» à laquelle on a assisté à Bamako et à Paris où beaucoup n’étaient pas dans la rue par appartenance à l’opposition, mais parce qu’ils souffrent et sont déçus de la gestion actuelle du pays. Et surtout ce message que le pouvoir doit retenir de la marche et du meeting du 21 mai 2016.

 

Marche du 21 mai : L’opposition joue sa crédibilité» ! Avait titré l’hebdomadaire  indépendant, «Aujourd’hui-Mali» dans sa parution du vendredi dernier, par rapport au mouvement de protestation de l’opposition.

Les organisateurs se devaient donc de relever le défi de la mobilisation pour ne pas politiquement perdre la face. Un pari gagné car, dès les premières heures de la matinée, la Place de la Liberté (centre de Bamako) a été pris d’assaut par des militants des partis d’opposition déversés par des véhicules de transport en commun.

Des centaines de Maliens étaient au rendez-vous des leaders des différents partis de l’opposition. Soumaïla Cissé (URD), Tiébilé Dramé (PARENA), Sadou Harouna Diallo (PDES), Daba Diawara (PIDS)… Bref, ils étaient presque tous au rendez-vous sauf l’ancien Premier ministre et président des Forces Alternatives pour le Renouveau et l’Emergence (FARE), Modibo Sidibé. Mais, des hauts dignitaires de ce parti étaient aussi au rendez-vous comme le premier vice-président, Souleymane Koné, et le député Bakary Wôyô Doumbia.

Des élus nationaux, des anciens ministres et plusieurs associations de la société civile ont également pris part aussi à cette initiative de l’opposition malienne.

«Non à la corruption, non à la surfacturation, non à la vie chère» ; «Non aux autorités intérimaires», «non au fédéralisme», «oui à l’unité nationale», « Mieux outiller les Famas pour sécuriser les personnes et leurs biens»… étaient, entre autres messages que l’on pouvait lire sur les pancartes.

Si au départ, les marcheurs étaient estimés à plus d’un millier par les organisateurs (entre 500 et 800 personnes selon la police), les rangs ont été grossis par les retardataires.

Mauvaise gouvernance, patrimonialisation de l’État, dilapidation et détournement des deniers publics, surfacturations, pilotage à vue des affaires publiques, mépris vis-à-vis du peuple… ont été dénoncé par les opposants à l’arrivée au Monument de l’Indépendance où la marche a pris fin.

 

Des «Hassidi» à prendre au sérieux

«Nous sommes là parce que ça ne va pas. Et pourtant nous avons alerté. Nous avons toujours dénoncé toutes les dérives qui caractérisent la gouvernance de notre pays. Et pour toute réponse nous avons eu le mépris des autorités. Nous avons été traités d’apatrides, de hassidi (hypocrites)», a déclaré Soumaïla Cissé dans une déclaration lue à la fin de la marche.

«Notre Mali connait de terribles souffrances sociales,  persistantes déviances affairistes, des misères économiques grandissantes des méfiances inquiétantes de la communauté internationale et des investisseurs», a-t-il ajouté.

Le Chef de l’opposition a dénoncé «plus de 30 mois d’immobilisme voire de recul qui ont anéanti l’espoir, le bonheur et l’honneur tant promis».

«Notre peuple n’aspire qu’à la paix, à la quiétude dans la solidarité et le partage. C’est pourquoi nous avons invité les Maliennes et les Maliens de tous bords, ce matin à la Marche pour le Mali».

Selon l’opposant, cette initiative visait à faire entendre le «cri de désespoir» d’un peuple meurtri et en quête de son honneur et de sa dignité. «La vie est de plus en plus chère. La crise économique et financière frappe les populations de plein fouet empêchant les ménages de vivre décemment», déclare Diarra Bintou Diarra, restauratrice, pour expliquer sa présence.

«Les entreprises sont à terre, le chômage des jeunes est devenu endémique malgré les emplois fictifs dont se vante le gouvernement. Sans compter que les coupures d’électricité et les pénuries d’eau sont monnaie courante, ainsi que l’insécurité et l’insalubrité qui sont le lot quotidien des populations… Les Maliens souffrent et l’avenir de leur pays est plus que jamais incertain», déplore Idrissa Dramé, un jeune diplômé reconverti dans le commerce informel.

 

Le dépit politique est aussi réel

«Je n’appartiens à aucun parti politique au Mali pour la simple raison que j’ai été déçue par un système et ceux qui l’animent. Mais, aujourd’hui, je suis fière de ce Mali en marche… Il n’est pas sûr que ceux qui mènent la marche aujourd’hui feront mieux que IBK, mais le peuple lui doit être là pour leur rappeler à tous que s’ils sont au sommet c’est parce qu’il les a mis là», souligne Aminata Tall, une jeune journaliste travaillant dans l’humanitaire.

«Le peuple semble enfin comprendre son devoir et prendre conscience de son pouvoir. IBK ou un autre, c’est le devoir du peuple de prendre ses responsabilités», analyse la jeune femme engagée dans la prise en charge des enfants souffrant de troubles envahissants du développement (TED).

Pour les organisateurs, «le peuple s’est exprimé contre la mauvaise gouvernance» du président Ibrahim Boubacar Kéita.

«Je ne suis ni de l’opposition ni de la majorité parce qu’elles rivalisent dans la conquête du pouvoir afin de mieux s’approprier les richesses du pays», ajoute-t-il.

Un dépit politique largement partagé dans la capitale malienne. «Nous vivons entre l’enclume et le marteau, constamment manipulés par ceux qui dirigent et ceux qui cherchent à diriger», ajoute-elle.

«Le mérite revient surtout aux autorités maliennes qui ont autorisé cette marche de l’opposition. Ceci montre que nous ne sommes pas sous une dictature comme cela se fait entendre, mais sous un pouvoir démocratique qui respecte les règles de la démocratie», souligne pour sa part Salif Kéita, un jeune leader de la jeunesse du RPM (Rassemblement pour le Mali, parti présidentiel).

Quelle sera la suite de cette marche ? «Nous disons au gouvernement encore une fois attention, attention, attention ! Restons vigilants et mobilisés», a averti Soumaïla Cissé.

Mais, ce qu’il faut surtout retenir, c’est qu’au-delà du pari de la mobilisation gagné par les leaders de l’opposition, cette marche est une expression citoyenne. Une alerte, un avertissement, un message d’un peuple en désarroi, une nation désespérée de ne plus voir le bout de tunnel comme promis en 2013 lors de la campagne pour les présidentielles.

 

Affronter la réalité et non la nier

Nier la réalité est la pire des stratégies pour un leader politique. La mobilisation a dépassé de loin ce que l’on pouvait imaginer. Et cela malgré tout ce que la majorité et le gouvernement ont mis en œuvre pour faire échouer la marche. De Bamako à Paris, les Maliens ont exprimé leur ras-le-bol général  leur dépit de la gestion actuelle de leur nation.

Les raisons de la déception, de la colère sont nombreuses comme exprimées sur les banderoles et les pancartes. Nous avons surtout retenu, «Le Peuple a faim».

Les Maliens ont faim car manger décemment est un rêve inaccessible pour la grande majorité d’entre eux. De la pauvreté, nous sommes majoritairement passés à la précarité, à la misère au point que nous sommes nombreux à hypothéquer de nos jours l’honneur et la dignité pour vivoter.

Oui, le peuple a faim ! Il a faim de justice, d’équité et d’égalité, d’unité et de paix… Bref d’une meilleure gestion du pays. Les Maliens ont faim parce que les promesses politiques continuent à être des mirages. Tout comme l’immense espoir qui s’était traduit en plébiscite (77,6 %) pour Ibrahim Boubacar Kéita.

De l’espoir, les Maliens sont passés à la déception, puis à la colère. A ce rythme, la révolte n’est qu’une question de temps. Et cela est la conséquence de l’autre réalité que le Chef de l’Etat ne doit pas continuer à nier : la mauvaise gestion du pays ! Le pays est mal géré, très mal géré parce que le Chef de l’Etat s’est embourbé dans des considérations familiales et politiciennes.

Plus de la moitié du gouvernement actuel n’apporte rien à la prise en charge des préoccupations des Maliens dans leur secteur. Et les rares ministres qui sont réellement compétents et ont réellement envie de mettre la main à la pâte pour relever les défis rencontrent toute sorte d’obstacles pour ne pas pouvoir se distinguer.

La dernière réalité à admettre est venue du côté du Palais de la culture Amadou Hampâté Bâ où un grand meeting de réconciliation, «An ka ben» (Entendons-nous, donnons-nous la main) a mobilisé les partisans et sympathisants de tous les anciens présidents du Mali démocratique (Alpha Oumar Konaré, Amadou Toumani Touré, Dioncounda Traoré et Ibrahim Boubacar Kéita).

Et ce n’est pas un fait du hasard si on n’y a retrouvé aussi une grande partie de ceux qui avaient marché dans la matinée : quel que soit le bord politique, les Maliens aspirent à la paix, à l’unité et à la réconciliation des cœurs ainsi que des acteurs politiques.

Et cela commence par le retour au bercail du président Amadou Toumani Touré dit ATT dont l’exil forcé est une honte pour la République et la démocratie maliennes. Il faut que ceux qui ont géré le pays se donnent la main aujourd’hui pour une véritable réconciliation des Maliens et un meilleur encrage de la démocratie.

 

Un message clair, sans ambages

Ce n’est pas la chasse aux sorcières ou les querelles de chapelles qui vont sortir le Mali de l’impasse actuelle. Et un adversaire n’est jamais trop dangereux que quand on tente de l’humilier, de l’ignorer ou de le mépriser.

Et pour certains observateurs, cette marche de l’opposition a été «une réussite totale» et un vrai avertissement pour le pouvoir en place. «Le Président IBK, pour conserver son fauteuil jusqu’à la fin du mandat, doit comprendre que son peuple a besoin du sang neuf et des hommes crédibles pour déclencher le vrai chantier de développement et du changement tant souhaité et attendu par les Maliens», conclu un diplomate africain en poste à Bamako et qui a requis l’anonymat.

A les écouter, beaucoup de manifestants ne sont pas sortis à cause de l’argent ou à cause de la confiance en l’opposition dont, dans le temps, les leaders ont aussi échoué. Mais, parce qu’ils souhaitent voir enfin le vrai changement avec de nouvelles têtes crédibles qui vont donner une nouvelle orientation à cette nation tourmentée.

Le message est d’une clarté sans ambages !

Moussa Bolly

INTIME CONVICTION : «Fêter la démocratie» dans une galère innommable mai 25 2016

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INTIME CONVICTION : «Fêter la démocratie» dans une galère innommable

 

Le talon d’Achille du président Ibrahim Boubacar Kéïta est que, dans la turbulence des scandales auxquels son régime semble s’accommoder et s’abonner désormais, il n’est pas solidement et efficacement soutenu ni par son parti (Rassemblement pour le Mali-RPM), ni par la Mouvance présidentielle. Une donne que le Bureau politique national (BPN) du RPM veut changer en profitant de l’erreur judiciaire du Biprem. Et ils n’ont trouvé mieux que de sillonner les communes de Bamako pour tirer sur «le corbillard», pardon, charger cette pauvre association en promettant d’organiser une «Fête de la démocratie» le 26 mars 2016 en l’honneur de leur Champion dans l’arène politique.

 

«Nous sommes au pouvoir et nous l’assumons» ! La déclaration est de Nancouma Kéïta, secrétaire politique du RPM sur les ondes de la Radio nationale du Mali dans le journal de la matinée du 14 mars 2016. Des propos recueillis par les confrères lors de la tournée d’information du Bureau politique national du parti des «Tisserands» pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une atteinte à la première institution de la République : le président de la République !

Pour la première fois au Mali, le président en exercice a été visé par une plainte déposée le mardi 1er mars par le Bloc d’intervention populaire et pacifique pour la réunification entière du Mali (Biprem) auprès de la Haute cour de justice (Hci) du Mali. Cette association accuse le chef de l’Etat du Mali de «haute trahison et gestion scandaleuse de l’argent public». Une plainte d’ailleurs jugée irrecevable par cette institution judiciaire pour plusieurs raisons, dont la qualité du requérant.

N’empêche que le parti présidentiel est déterminé à abattre le Biprem pour, sans doute, dissuader d’autres «aigris» de s’attaquer à l’image de son champion dans l’arène politique. C’est ainsi que le bureau politique a sillonné la semaine dernière des communes de Bamako pour dénoncer cette plainte, défendre l’image et l’honneur du chef de l’Etat en lui assurant surtout qu’il peut (enfin) désormais compter sur sa famille politique, pour ne plus être impunément traîné dans la boue.

Si la démarche est normale, nous ne pensons pas que les idées prônées soient toujours comprises des Maliens. Comme celle d’organiser une «Fête de la démocratie» en l’honneur d’Ibrahim Boubacar Keïta. Une reconnaissance à l’égard d’un président qui incarnerait les valeurs pour lesquelles les Maliens ont accepté le sacrifice suprême pendant les années de l’implacable dictature. Un combat qui a connu son couronnement politique le 26 mars 1991 avec la chute du général Moussa Traoré et l’avènement de la démocratie.

 

Evitons de banaliser le sacrifice des martyrs de la démocratie

Le 26 mars est un héritage voire un patrimoine commun aux Maliens. Chacun est libre de célébrer cette date, comme il l’entend. Mais, dans le respect strict de l’esprit du combat héroïque du peuple et du sacrifice de nos martyrs. Mais, vu la situation actuelle du Mali qui n’est pas totalement à l’abri du chaos frôlé en 2012, est-il bien réfléchi de vouloir organiser une «Fête de la démocratie» pour célébrer quoi ou qui que ce soit ?

En tout cas, notre intime conviction est que «fêter» est l’un des mots que les Maliens doivent bannir aujourd’hui de leur vocabulaire. Et cela, parce que le Malien lambda vit dans une galère et dans une misère qui ont aujourd’hui dépassé les limites de l’imaginable.

Ce n’est donc pas le moment de réjouissance, surtout que c’est un secret de polichinelle, que ce sont les deniers publics qui servent toujours à financer de telles actions. Tout comme cette initiative n’arrange pas l’image d’un président qui a déjà du mal à se départir de celle de «bourgeois» ou d’un «bon vivant» que lui reproche une grande partie de ses compatriotes.

Pour l’image du pays, nous ne pouvons pas tolérer que notre président vive comme un mendiant. Mais ce n’est pas pour autant que le peuple doit fermer les yeux sur son goût effréné pour le luxe et l’opulence. C’est dire que cette idée de «Fêter la démocratie» ne rend nullement service au président de la République, qui semble montrer les limites de sa capacité à gérer ce pays, comme l’espéraient les 77,6 % des Maliens qui avaient misé sur lui en 2013. Nous faisons malheureusement partie du lot.

C’est d’une autre forme de soutien dont il a besoin de nos jours pour soigner son image, en corrigeant ses erreurs. Et ce n’est que dans la réflexion et la consultation que cela est possible. Le 26 mars est une date symbolique qui aurait dû être mise à profit, par exemple par le RPM et ses alliés politiques, pour organiser une large concertation nationale permettant d’ouvrir le débat sur la gouvernance actuelle du Mali.

Qu’est-ce qui a été fait ? Qu’est-ce qui n’a pas été fait et qu’est-ce qui était programmé ? Qu’est-ce qui a marché ? Que faut-il poser aujourd’hui comme actes et réaliser comme actions pour qu’IBK puisse boucler son mandat en apothéose ? Autant de questions auxquelles cette concertation aurait pu apporter des réponses appropriées.

On n’abandonne pas son champion dans la difficulté. Mais on ne lui rend pas service non plus en le soutenant dans ses erreurs. Organiser une «Fête de la démocratie» en l’honneur d’un chef de l’Etat en lui attribuant des valeurs qu’il a cessé d’incarner depuis longtemps aux yeux de l’opinion nationale, c’est faire fi de la réalité et banaliser le sacrifice de nos martyrs.

A part ses familles sociale et politique, très peu de gens sont aujourd’hui satisfaits de l’exercice du pouvoir par le locataire actuel de Koulouba, ou disons, de Sébénincoro.

Décadence des valeurs de la démocratie

Le mécontentement est tel que les valeurs que lui reconnaissent ses partisans peuvent paraître comme de la pure démagogie aux yeux de l’opinion.

 

La décadence des valeurs démocratiques

Il est vrai que les valeurs (démocratie, justice, égalité de chance, probité morale et rigueur dans la gestion des affaires publiques, culte du travail bien fait et de l’excellente…) pour lesquelles nos martyrs ont sacrifié leur vie, n’ont cessé de s’effriter avec les différents régimes «démocratiques» que nous avons connus de 1992 à nos jours. Mais leur décadence semble atteindre aujourd’hui le paroxysme depuis deux ans.

Ce n’est pas l’ignorance du Biprem en matière de l’organisation institutionnelle du pays qui blanchit le président de la République. Les motifs évoqués dans la plainte de cette organisation sont malheureusement réels.

«Je ne suis pas associé à cette plainte ni à sa conception, mais je pense que les citoyens s’interrogent aujourd’hui sur la problématique de gestion du pays. Exiger la transparence et la rigueur des autorités élues, c’est une démarche qu’il faut soutenir», avait défendu Dr. Oumar Mariko du parti Sadi sur une radio internationale.

Ce qui est le comble de désillusion pour ceux qui l’ont plébiscité en se fiant à sa détermination à bâtir un nouveau Mali, plus vertueux, plus prospère, plus uni. «Je ne crois pas avoir échoué», s’était défendu le président de la République dans un entretien publié dans un magazine panafricain en décembre 2015.

Mais il n’a pas non plus réussi (pas encore) à redonner aux Maliens cette confiance et cet espoir perdus depuis des décennies. Pis, ceux-ci semblent de plus en plus désespérés de le voir s’embourber chaque jour davantage dans des considérations partisanes et politiciennes. Toute chose à l’abri de laquelle ses compatriotes l’avaient placé en votant massivement en sa faveur, sans distinction de chapelles politiques.

En bientôt trois de mandat, difficile de retenir de sa Présidence autre chose que les scandales liés à l’affaire de l’achat de matériels militaires, à l’affaire de l’avion présidentiel, à l’affaire Tomi, à l’affaire des mille tracteurs, au feuilleton des engrais frelatés…

En agissant pas concrètement, le président prête le flanc aux critiques de son opposition et de l’opinion.

 Il est vrai qu’il avait décrété 2014 l’année de lutte contre la corruption et que plus de 200 dossiers ont été déposés devant les tribunaux. Mais, pour quel résultat ? Dans le contexte actuel vouloir gaspiller des fonds publics pour plaisir au Président de la République peut paraître comme une tentative de narguer le peuple, de détourner le combat du Mouvement démocratique de ses vrais objectifs…

Le RPM ne rend pas donc service IBK, mais l’expose davantage aux feux nourris de la critique. A moins que ce ne soit à dessein pour lui ôter toute ambition de penser à briguer un second mandat !

Kader TOE

Tour de Lassa : balayer devant sa case avant d’indexer mai 12 2016

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UNE du Magzine Le ReporterLe mardi 3 mai 2016, Journée internationale de la liberté de presse, nous avons dû décliner avec diplomatie et respect des invitations à débattre sur cette «Liberté de la presse». Par conviction, nous n’adhérons pas à ce corporatisme qui oblige souvent à l’union sacrée par solidarité professionnelle et à la cécité intellectuelle par rapport aux tares qui entravent l’épanouissement des acteurs et du secteur.

 

Moins tolérant qu’un corps de métier dont le développement se nourrit de critiques internes et externes, la presse malienne est en train de devenir une secte intouchable. La critiquer est devenue suicidaire, car exposant au lynchage médiatique sans retenue, ni limite déontologique.

Le pauvre «Isaac» (Issaka Sidibé, président de l’Assemblée nationale) l’a appris à ses dépens. Seuls, les magistrats semblent faire exception, car refusant de se soumettre à cette nouvelle dictature. Mais on dit qu’un cadavre se fiche pas mal que ses parties génitales soient exposées et qu’un cabri mort n’a pas peur de couteau. Le comble serait d’avoir froid dans l’enfer.

 Donc, retrouvant notre tour de réflexion à Lassa (Tour de Lassa), sur les hauteurs de cette capitale polluée et étouffante sous la canicule, nous nous rappelons ce post d’une jeune et éblouissante consœur : Quelles sont les qualités d’un bon «journaliste» ? Une question qui ouvre inéluctablement le débat sur le «métier de journaliste». Est-ce une vocation ? Est-ce une carrière ? Qu’est-ce qu’un journaliste ?

 

Légalement, selon des spécialistes du Droit de la presse, c’est celui qui a une carte de journaliste professionnel. Sauf qu’au Mali, n’importe qui a aujourd’hui accès à la carte de presse. Même les copines de certains de nos responsables.

En pratique, poursuivent les mêmes experts, c’est celui qui, titulaire de cette carte professionnelle, travaille dans une publication (quotidien, hebdomadaire, périodique), à la radio, à la télévision, ou, depuis une petite décennie, sur internet. Il écrit, dessine, photographie, filme ; est rédacteur, reporter, pigiste, présentateur, secrétaire de rédaction…

Exercer le métier de journaliste, c’est être un intermédiaire, un passeur entre un événement (qui peut être un fait ou une idée) et un public (lecteur, auditeur, téléspectateur, internaute). Mais tout fait ou toute idée n’est pas destiné à devenir un événement !

Il appartient donc au journaliste de discerner le fait ou l’idée, qui deviendra événement. Etant entendu que ce discernement est aussi, pour une bonne part, fonction du public auquel le journaliste s’adresse.

L’information naît de cet accord contractuel entre événement, journaliste et public. Ce qui veut dire que le journaliste doit avoir comme première exigence un double respect : respect de l’événement et respect du public ! Celui qui respecte ce pacte est censé être un bon journaliste !

 

Le confort de l’idéal théorique

Des principes bien théoriques dans le contexte malien, voire africain. Et quand on franchit le confort de cet idéal théorique, la réalité est souvent nauséabonde. Notre conviction est qu’un bon journaliste est comme un médecin qui a conscience qu’il peut provoquer une catastrophe ou des drames et briser une vie à jamais, quand il exerce mal sa science ou qu’il ne la maîtrise pas du tout.

Encore dans le cas du médecin, le drame peut se limiter à une personne, voire à une famille. Avec sa langue ou sa plume, le journaliste peut conduire une communauté ou un pays à une tragédie nationale, au chaos comme nous l’avons vu au Rwanda et récemment, chez l’un de nos voisins du Sud avec une certaine presse.

«Science sans conscience n’est que ruine de l’âme», dit le penseur François Rabelais. Au Mali, un bon journaliste, c’est celui qui a la bouche ou la plume pour critiquer et juger tout le monde, sans jamais chercher à balayer devant sa propre rédaction. Il s’octroie le droit et la liberté de tout dire, de tout écrire, d’humilier et de briser des carrières, tout en condamnant les autres à fermer les yeux sur ses propres lacunes.

C’est un maître-chanteur qui tient tout le monde par quelque chose, car nous sommes dans une société en décadence. C’est aussi un bluffeur et un frimeur qui vit au-dessus de ses moyens et qui a remplacé la passion du métier par la soif de faire fortune…

Tous les moyens sont alors bons pour vivre comme les nouveaux riches du pays. Nous sommes les premiers à juger le médecin qui a longtemps fait le deuil du Serment d’Hippocrate ; de l’enseignant qui drague et engrosse son élève ; du leader religieux qui a un faible pour les petites filles du quartier ; du président qui a du mal à s’affranchir des caprices de sa maîtresse (la Maîtresse du président, une affaire toujours pendante au niveau de la justice) ; du juge, du militaire… qui ne cessent de trahir leur serment…

Et au même moment, nous semblons oublier que l’éthique et la déontologie sont les valeurs cardinales de notre métier. C’est le socle de la crédibilité, sans laquelle la presse n’est ni le 4ème pouvoir, ni ce régulateur socio-économique et politique. Ce refuge pour le citoyen humilié et bafoué dans ses droits et libertés et en quête de réparation, de justice ; du paysan spolié de sa terre et qui n’a d’autre recours que les «journaleux» !

 

Une liberté sans limite ni concession

Une attitude liberticide. Nous ne cessons pourtant pas de revendiquer cette liberté de la presse qui est l’un des principes fondamentaux des systèmes démocratiques et qui repose sur la liberté d’opinion, la liberté de pensée et d’expression.

«La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre à l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi», stipule l’article 11 de la Déclaration française des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789. La protection des sources d’information des journalistes, sans exception, ni restrictions, est considérée comme «l’une des pierres angulaires de la liberté de la presse».

Souvent confondue avec le secret professionnel, elle s’en distingue pourtant fondamentalement et n’est pas assurée de manière uniforme dans tous les pays.

Mais, comme le défendait le Cardinal Jean Honoré (dans une interview dans le quotidien français Le Figaro), «la liberté de la presse n’est pas sans limite. Elle doit se conjuguer avec d’autres libertés». L’homme d’Eglise réagissait ainsi par rapport à l’affaire des caricatures danoises.

Ainsi, la liberté de la presse doit se conjuguer avec d’autres libertés inaliénables comme les libertés de conscience, de pensée, de culte. Ce qui signifie bien naturellement que cette liberté n’est pas une fin en soi. Elle renvoie à nos yeux à la notion de responsabilité.

Être responsable, c’est de ne pas s’abriter derrière une quelconque liberté pour mal agir, ternir l’image d’un citoyen ou le traîner dans la boue, tout simplement parce qu’un adversaire ou un rival, voire concurrent (politique, affaires…) vous le demande ou qu’il n’a pas cédé à votre chantage, voire à vos avances.

La responsabilité, c’est de faire de l’éthique et de la déontologie des références et une barrière professionnelles permettant de ne jamais franchir le seuil de l’inconscience. Parce que, selon le Cardinal Jean Honoré, «l’inconscience est pire encore que l’indécence».

 Aujourd’hui, les dérapages sont mis au compte du manque de formation. Qui doit former ? En la matière, l’Etat malien a fait de son mieux avec des bourses de formations en ex-URSS, au CESTI de Dakar (Sénégal), à Yaoundé (Cameroun) pour des professionnels des médias d’Etat…

Et bientôt, une Ecole publique de journalisme verra le jour pour combler un vide et peut-être pallier aussi des insuffisances comme la formation continue indispensable dans ce métier qui relève des sciences sociales.

 Selon nos propres investigations, la majorité des animateurs de nos rédactions (presse écrite, radios, télévisions, sites web) est formée sur le tas. Et ils sont nombreux à s’être retrouvés là, beaucoup par nécessité que par passion. Dans le temps, ceux-ci étaient bien encadrés avant d’être lancés dans le grand bain.

Même les jeunes issus des écoles de journalisme faisaient l’objet d’un strict encadrement pour la collecte et le traitement de l’info, avant de se voir donner une chance d’écrire ou de produire.

Aujourd’hui, cela n’existe presque plus dans de nombreuses rédactions où on tombe facilement dans le laxisme et la paresse professionnelle conduisant à fuir ses responsabilités. Dans le meilleur des cas, on se contente de réécrire, sans que l’apprenant en tire un quelconque enseignement, car rarement associé à ce travail ingrat.

A notre temps, on nous faisait reprendre les «papiers» jusqu’à ce qu’ils soient «digestes». N’est-ce pas Abdoul Madjid Thiam, Tiégoum Boubèye Maïga, Alexis Kalambry… ? Vous qui avez guidé nos frêles pas dans ce noble métier aujourd’hui banalisé comme l’est la République elle-même.

 

Les anciens sont devenus des modèles brisés par l’appétit du gain

Hélas ! Aujourd’hui, les aînés sont de moins en moins des repères pour les cadets ! Où est le modèle ou la référence quand des apprentis-journalistes deviennent des bras armés des francs-tireurs, pardon de leurs patrons cachés à l’ombre des rédactions pour régler les comptes d’autrui contre des espèces sonnantes et trébuchantes ? Ceux-ci peuvent-ils encore parler d’éthique et de déontologie à ceux qu’ils sont censés encadrer et orienter vers l’exercice honorable du métier ? En dehors de la formation, l’exercice professionnel du journalisme est aussi lié aux conditions de travail, surtout quand la passion est loin d’être l’héritage le mieux partagé de nos jours. Exploités, sous-payés, sans protection sociale et sanitaire, le journaliste devient un loup affamé dans la nature, un mercenaire qui résiste difficilement à la tentation de monnayer sa plume ou son micro, voire sa caméra, pour vivre en fonction de l’illusion de bien-être qui l’a conduit vers le métier.

À discuter avec des jeune journalistes, on se rend compte que ces conditions ne font que se détériorer. Et pourtant, même jugée comme modique, l’Etat apporte une subvention pour contribuer à un meilleur et noble exercice de ce métier afin qu’il puisse réellement être un pilier de la démocratie.

Loin de nous la tentation de cautionner la remise en question de cette aide depuis la crise de 2012. Mais, nous nous posons la question : à quoi a-t-elle réellement servi ? Ce qui est sûr, des organes ont été créés juste pour pouvoir bénéficier de cette aide…

Aujourd’hui, les organisations patronales du secteur revendiquent non seulement une hausse conséquente de cette aide, mais aussi son inscription au budget du Département de tutelle.

Pour mieux soutenir les «entreprises» (???) de presse, ils souhaitent également le privilège particulier de la fiscalité, la ratification des accords internationaux de Florence et de Nairobi sur la fiscalité…

 

La Convention collective pour mieux réguler et briser une mafia en gestation

Des dispositions qui prévoient par exemple l’exonération des taxes sur les intrants de la fabrication du journal. C’est légitime, car on ne peut pas vouloir une presse professionnelle et ne pas créer les conditions indispensables à la concrétisation de cet objectif national.

Mais rien de tout cela ne favorisera les meilleures conditions de l’exercice du métier, le professionnalisme, tant que l’Etat ne s’assume pas réellement en imposant une stricte et rigoureuse régulation du secteur.

Curieusement, on n’évoque plus la Convention collective de travail des journalistes au Mali ! C’est pourtant un pilier de la profession, donc un outil privilégié de cette régulation indispensable à la professionnalisation du métier et à l’émergence de vraies entreprises de presse.

«La Convention collective, c’est à la fois l’instrument de la négociation collective et l’expression à voix haute de toute une profession. Connaître sa Convention collective, c’est connaître les droits et les obligations qui s’imposent aussi bien au salarié qu’à l’employeur», défendait Anthony Bellanger, Premier secrétaire général du Syndicat National des Journalistes en France, il y a quelques années. Elle est donc l’un des piliers de la profession de journaliste.

Un maillon essentiel dont on ne parle pas ou peu dans le paysage médiatique malien. C’est pourtant un passage obligé pour assainir le secteur et favoriser l’émergence d’un journalisme digne et crédible. Le vrai 4ème pouvoir de la démocratie !

Moussa BOLLY

 

 

INTIME CONVICTION : Le développement en panne de vision mai 12 2016

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Pénurie d’eau à Bamako

Aujourd’hui, le vrai handicap du Mali et de l’Afrique dans leur quête de développement, c’est le manque de vision ! La preuve de ce manque de vision, c’est que les mêmes crises reviennent de façon cyclique. Ce qui prouve surtout que nous avons des dirigeants, mais pas de vrais leaders politiques qui ont la vision de nos besoins et attentes.

 

Le dirigeant agit en sapeur-pompier, navigue toujours à vue ! Quant au leader, il relève le défi sur long terme en se fixant des perspectives claires et précises dans le temps et l’espace.

Comment par exemple expliquer que depuis des décennies, que la capitale d’un pays comme le Mali ne soit pas correctement approvisionnée en eau et électricité ?

Que les populations soient exposées aux mêmes calvaires pour accéder aux mêmes services (eau et électricité) qui ne sont aucunement un luxe, mais plutôt le minimum vital que des dirigeants qui se respectent doivent à leurs citoyens ? C’est parce que ceux qui nous gouvernement n’ont pas la vision d’anticipation.

Au lieu de résoudre les problèmes, ils les colmatent pour calmer les tensions. Une fois cette période passée, ils se tournent vers un autre front avec la même stratégie.

La vision représente les phares du processus de développement durable. Dans la gouvernance, la vision renvoie aussi au leadership. Est-ce un dirigeant est forcement un vrai leader comme le furent les Modibo Kéita, Lumumba, Sékou Touré, Kwame Nkrumah, Thomas Sankara, et surtout Nelson Mandela ?

Pour le jeune président de Youth for change (YFC), Cheick Oumar Doumbia Le mot «Leader» se traduit en bambara par «Gnè-maa». Une appellation qui induit bon nombre de personne en erreur car lorsque  l’on comprend «Gnè-maa» comme celui qui est au devant, «nous perdons automatiquement toute chance de comprendre le concept du leadership établit chez nous», avertit-il.

Ainsi, en faisant une traduction littérale du français au bambara, celui qui est au devant devient «Gnèfai maa» ou «Kountigui» voire «Massakè» (roi)…

Mais, celui qui a la vision est «Gnè-maa», avec «Gnè» (Yeux) comme vision et «Maa» comme personne. Gnè-maa signifie donc une personne qui a de la vision, un visionnaire.

Pour Cheick Oumar, «l’importance de cette distinction peut sauver notre génération, surtout nos jeunes leaders».

Et cela d’autant plus que, de nos jours, «bon nombre de jeunes leaders conduisent leurs équipes sur le chemin de la répétition que nous embellissons avec éloquence en l’appelant : continuité».

La continuité est un atout quand l’expérience est une réussite et mérite d’être pérennisée afin de consolider ses résultats et atteindre les objectifs visés. «Les challenges de notre temps ne sont pas ceux du passé. Le constat est qu’au lieu de s’inspirer du passé pour construire le futur, nous avons choisi de vivre dans le passé…», déplore le jeune leader.

Autrement dit, la jeunesse doit refuser de suivre nos dirigeants comme des moutons. D’autant plus que c’est leur attentisme et leur manque de vision qui nous en empêchent d’aller de l’avant, de prendre notre destin en main.

Le drame de l’Afrique, c’est que nos dirigeants ne sont pas de vrais leaders. Ils perpétuent ce fatalisme hérité de la colonisation qui fait que nous ne sommes rien sans l’Occident.

Nous ne sommes pas «civilisés» tant que nous ne nous habillons pas comme les occidentaux, tant qu’on ne mange pas comme eux. Nous sommes colonisés mêmes dans l’expression de nos émotions sentimentales.

Ce n’est donc pas surprenant que nous refusons de réfléchir pour tracer notre destin pas des bases solides. Nous attendons plutôt que nos «Amis», précisément les anciennes puissances coloniales, nous montrent la voie de notre propre développement.

Autrement, nous attendons qu’ils renoncent à leurs intérêts pour nous conduire au développement conduisant à leur perte.

 

L’éveil de l’Afrique signera le déclin de certaines puissances économiques

Il faut en effet être naïf pour croire que ces Etats ont intérêt à ce que l’Afrique se hisse à un niveau respectable de développement économique et technologique.

Plus que la montée en puissance de la Chine, l’émergence de l’Afrique est aujourd’hui la plus sérieuse des menaces auxquelles sont exposées les puissances économiques du monde.

Le FMI, la Banque mondiale sont là pour réguler nos économies pour que nos Etats ne soient jamais en mesure de rivaliser avec les puissances occidentales.

La preuve, c’est que depuis quelques années, le FMI met la pression sur le gouvernement malien pour augmenter le coût de l’électricité alors que la cherté de l’énergie est évoquée comme l’un des sérieux obstacles au développement industriel de notre pays. C’est pourquoi nous avons honte quand certains de nos dirigeants se vantent dans les journaux d’avoir reçu les «félicitations» du FMI.

Si des unités industrielles émergent au Mali, cela va réduire l’exportation des ressources brutes, donc créera de la valeur ajoutée pour soutenir cette croissance… Avec cette nouvelle concurrence, où est-ce que des Etats comme la France vont déverser leurs produits manufacturés ?

Comme le déplorait une amie activiste française, la colonisation a fait des pays comme le Mali un «vivier gratuit» qui a fait et fait la grandeur et la puissance de nombreux Etats comme la France. Et ils en profitent encore car nos dirigeants continuent à recevoir des dessous de table de leurs multinationales pour pouvoir poursuivre l’exploitation de nos richesses.

 

Aliénation mentale, cécité politique

«L’argent est le moteur d’une économie qui ne profite qu’aux plus riches et c’est encore bien plus exacte au Mali, malheureusement», conclut notre amie, très pessimiste par rapport à une inversion rapide de cette tendance qui traduit le manque de volonté et de vision de nos dirigeants politiques.

Comme le disait Henri Barbusse (Asnières 1873-Moscou 1935), à «l’ulcère du monde, il y a une grande cause générale : c’est l’asservissement au passé, le préjugé séculaire qui empêche de tout refaire proprement selon la raison et la morale».

C’est sans doute l’une des raisons de l’aliénation de ceux qui ont la destinée de ce pays entre leurs mains depuis le 19 novembre 1968.

«Le seul jour que j’attends au Mali est celui au cours duquel des Hommes politiques reconnaitront publiquement et honnêtement leurs erreurs», écrivait un intervenant dans un récent débat sur le «Kénédougou-forum».

C’est sans doute trop attendre de politiciens atteints d’aliénation mentale et de cécité intellectuelle. Mais, le jour où nous comprendrons réellement que nous sommes les boulangers de notre bien-être et de notre développement, le soleil, le vent… seront des atouts et non des handicaps.

Aujourd’hui, avec le temps d’ensoleillement, l’électricité, la climatisation… ne doivent pas être un luxe dans un pays comme le Mali au point que des vieilles personnes et des enfants tombent comme des mouches.

Le Rwanda vient de montrer la voie à suivre à toute l’Afrique avec une centrale solaire de 8,5 mégawats dont la construction a créé 350 emplois locaux et a augmenté la capacité de production de 6 % en alimentant en énergie plus de 15 000 foyers.

C’est une avancée particulièrement importante pour une économie qui, 21 ans après le génocide, s’est libéré des complexes politiques, économiques et culturels de l’Occident pour se développer rapidement à partir de son propre modèle, de ses propres valeurs.

En se dotant d’une telle centrale, construite en moins d’un an, le Rwanda est bien parti pour fournir de l’électricité à la moitié de sa population d’ici 2017. C’est ce qu’on appelle avoir de la vision pour se fixer des perspectives.

C’est en cela que Paul Kagamé est un vrai leader. Et c’est pour cela qu’il est détesté (comme avant lui Modibo Kéita, Lumumba, Sékou Touré, Kwame Nkrumah, Thomas Sankara…) par les dirigeants occidentaux avec leurs ONG qu’ils alimentent afin de mieux asseoir leur pouvoir en Afrique.

Pour Fousseyni Camara, un intellectuel et bloggeur malien au sein de notre diaspora en France, le mode de gestion que «le président Kagamé a expérimenté dans son pays et qui marche apporte les vraies réponses aux besoins de développement de notre continent, particulièrement du Mali».

«C’est d’une simplicité inouïe quand on aime son pays», rappelle-t-il. La bonne gestion, un train de vie très austère de ses ministres et de lui même, le choix des priorités qui profitent à tous les Rwandais et qui exclu toutes dépenses de prestige… font que le Rwanda fait partie des 5 pays les moins corrompus au monde.

 

Copier-coller comme perspectives

Mais, déplore M. Camara, «quand des responsables politiques se lancent dans le business avec des prête-noms, on est en droit de se demander à quel moment ils font leur job».

Et de s’interroger, «comparaison n’est pas raison, mais de grâce pourquoi les dirigeants africains ne vont pas voir ce que fait M Kagamé et essayer ce modèle d’un genre nouveau» ? Manque de volonté et de vision, répondons-nous !

Ce qui fait qu’ils continuent de penser que «revivifier ce qui n’a jamais marché est la meilleure des perspectives». Nos hommes politiques ne raisonnent que sur le court terme car plus préoccupés par le renouvellement de leurs mandats que par le bien-être des populations à travers le développement humain durable du pays. Ce qui n’est pas d’ailleurs surprenant car c’est dans nos pays que «n’importe qui devient hommes politiques…». Sinon, ailleurs, «c’est la crème de la crème».

Sinon, le soleil, nous offre des solutions moins onéreuses aux changements climatiques, au développement agricole, à l’essor industriel… pour nous hisser sur une ère de modernité.

Ces rayons de soleils qui nous font tant mal, à cause de la canicule, nous offrent pourtant une chance inouïe de booster le développement.

Mais, c’est la vision politique qui donne cette capacité de transformer les handicaps en atouts. Et nos dirigeants, hélas, n’ont pas cette lucidité, cette clairvoyance !

Moussa Bolly

PAIX ET RECONCILIATION : La paix des cœurs pour mieux baliser le développement à Ménaka mai 4 2016

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Marche à Bamako pour soutenir les populations de Ménaka

Du 29 au 30 avril 2016, s’est tenue une rencontre intercommunautaire à Ménaka, la nouvelle région administrative du Mali. Une initiative des communautés locales, des élus, des chefs de tribus et des ressortissants de la région à Bamako. Elle a regroupé plus de 5 000 participants venus de toutes les communautés de la localité et des pays voisins, notamment le Niger. La rencontre s’est tenue, sous la présidence effective du ministre de la réconciliation nationale, M. Zahabi Ould Sidi Mohamed, accompagné par une forte délégation, dont le gouverneur de la région de Kidal, des députés élus à l’Assemblée nationale et des personnes ressources.

«C’est une rencontre inter communautaire dont l’idée a fait boule de neige depuis novembre dernier avant de se concrétiser aujourd’hui. Avec la situation que vit la région, il est important que les gens se retrouvent, que les communautés parlent de leurs problèmes pour trouver des solutions. Les groupes armés dont les représentants sont à Ménaka participent également à cet effort de réconciliation, de paix, de développement et d’entente globale de la région», avait déclaré Daouda Maïga, le nouveau gouverneur de la région de Ménaka, à l’ouverture du Forum.

Cette rencontre, en plus des communautés et des représentants de l’Etat, a enregistré aussi la présence des mouvements signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation.

Se prononçant sur les enjeux de ce forum, il avait rappelé qu’un panel d’une dizaine de chefs de tribus et des chefs de fractions est prévu pour expliquer comment les conflits étaient résolus par le passé. Pendant la rencontre, ils ont abordé les mécanismes traditionnels dont ils disposent et quels sont les leviers sur lesquels chacun des groupes sociaux peut agir pour avoir un climat social assez assaini.

«J’insiste auprès des participants à œuvrer pour la paix et la cohésion sociale ainsi qu’à formuler des recommandations fortes à l’issue des travaux allant dans le sens de la mise en œuvre de l’Accord…», avait insisté M. Daouda Maïga à la cérémonie d’ouverture.

Après, deux jours de communications et de débats, la rencontre  a fait plusieurs recommandations. Il s’agit de combattre l’injustice, qui est à la base de plusieurs frustrations et conflits dans la région ; combattre par tous les moyens légaux, la corruption et la délinquance financière, pour une meilleure gouvernance centrale et au niveau local ; accélérer la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation en impliquant toutes les parties et les communautés à la base sans lesquelles, il n’y aurait pas de mise en œuvre.

Les participants ont aussi invité le gouvernement et les partenaires techniques et financiers, à mettre tous les moyens nécessaires à la disposition des autorités régionales, pour permettre un développement harmonieux et accéléré de la région de Ménaka.

Toutes les parties ont été aussi exhortées à enterrer définitivement «la hache sinon le sabre de la guerre», pour que plus jamais, personne, aucun fils de la région ne tombe sous des balles ; préparer un grand forum pour la région, qui traitera des questions spécifiques liées au découpage administratif, à la cohésion sociale et au développement de la région ; et qui sera co-organisé par les trois parties (le gouvernement, la CMA et la Plateforme).

Les participants ont invité la Minusma et tous les autres partenaires techniques et financiers à accompagner la région dans la fourniture des services sociaux de base d’urgence et du développement, mais également d’ouvrir des bureaux régionaux à Ménaka pour y faire face.

Hamady Tamba

 


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