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SONDAGE D’OPINION AU MALI : Réajuster l’action gouvernementale pour combler les attentes avril 28 2016

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SONDAGE D’OPINION AU MALI : Réajuster l’action gouvernementale pour combler les attentesIBK et son PM Modibo Kéita

La Fondation Friedrich Ebert a réalisé le 7e numéro de son sondage  intitulé «Mali-Mètre» du 21 au 30 décembre 2015, soit un peu plus de six mois après la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, et un mois après l’attaque terroriste qui a frappé l’Hôtel Radisson Blu de Bamako.

Ainsi, en plus des questions généralement abordées dans les précédents numéros, telles que la confiance dans les institutions de la République, la corruption, ou encore la présence de forces étrangères sur le territoire malien, Mali-Mètre N°7 s’attarde sur la perception que se font les Maliennes et les Maliens quant à la mise en œuvre de l’Accord d’Alger, aux prochaines échéances électorales et la sécurisation du pays. Que pensent les Maliens de la gouvernance du pays, de la mise en œuvre de l’Accord d’Alger, aux prochaines échéances électorales et la sécurisation du pays… ?

Autant de questions abordées par le sondage «Mali-Mètre» (N°7 du 21 au 30 décembre 2015) de la Fondation Friedrich Ebert. Ce que nous retenons du rapport de sondage, c’est que pour la majorité des Maliens (72 % des personnes sondées), l’insécurité demeure aujourd’hui le défi majeur auquel le gouvernement doit réellement s’atteler. Mais, dans ce domaine, le ministère de la Sécurité intérieure et de la Protection civile a été très efficace dans la traque des terroristes par les services de renseignements maliens. Ces derniers mois, une quinzaine de présumés terroristes de diverses nationalités ont ainsi été arrêtés dans plusieurs localités du pays. Les personnes arrêtées depuis quelques jours au nord et au centre et tout récemment au Sud du pays sont impliquées dans différentes attaques et opèrent le plus souvent en coordination. Avec l’arrestation, dans la nuit du 21 au 22 avril 2016, du Mauritanien Fawaz Ould Almeida (le présumé cerveau de la fusillade du restaurant la Terrasse; des attaques de Sévaré, de l’hôtel Radisson Blu et plus récemment celle contre le quartier général des forces européennes EUTM à Bamako), les forces spéciales de la Direction générale de la Sécurité d’Etat (GDSE) ont frappé fort.

Cette arrestation intervenait presqu’une semaine après celle d’Aliou Doumbia (16 avril 2016), considéré comme étant «le chauffeur du commando de l’attaque de Grand Bassam en Côte d’Ivoire». «Cette multiplication d’arrestations dénote dans un premier temps, des premiers résultats qu’on obtient à travers la ré-dynamisation du dispositif de lutte contre le terrorisme. Ça va également mettre en exergue d’autres facteurs dont celui de la mutualisation des renseignements, des moyens entre les différents services techniques des différents pays», analyse Me Abdramane Touré, spécialiste des questions sécuritaires, interrogé par la radio de proximité, le «Studio Tamani». «Je pense qu’avec le système interrogatoire d’enquête, nous pouvons parvenir à remonter, à faire un maillage complet de ce réseau», avait-il ajouté.

La pauvreté et le chômage représentent l’autre grande préoccupation des citoyens interrogés avec respectivement 48,3% et 45,2%. Pour ce qui est de la confiance dans les institutions dans la gestion du pays, la majorité (58,4%) est très peu satisfaite des actes posés par le président de la République par rapport à leurs attentes et préoccupations. Il n’est donc pas surprenant que les actions entreprises par le gouvernement ne soient pas bien appréciées par la grande majorité. Une déception qui, malheureusement, ne concerne pas que le seul exécutif car 66 % des Maliens sondés ne sont pas non plus satisfaits des actions des députés dans la gestion du pays. En cohérence avec les défis, ce 7e sondage  révèle que «la lutte contre l’insécurité» doit être la première priorité du gouvernement (80%). Ce qui est logique dans la mesure où aucune politique efficace ne peut être mise en œuvre contre la pauvreté et le chômage dans l’insécurité. Il faut plus de stabilité et de sécurité pour attirer les investisseurs et mettre en valeur les immenses richesses du pays.

La mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger suscite donc beaucoup d’espoir, car censée définitivement enterrer la hache de guerre entre le gouvernement et les mouvements armés. Cela va aussi contribuer à isoler les réseaux terroristes de plus en plus acculés.

Cet Accord continue malheureusement à susciter la polémique car, indique le sondage de la FES, la grande majorité (81,8% des sondés) déclare ne pas connaître son contenu. Au niveau national, plus de la moitié (57,2%) de la population interrogée pense que la mise en œuvre de l’Accord est très importante ou importante pour l’avenir du Mali.

Cette proportion est plus élevée dans les villes au nord du pays, notamment Tombouctou, Gao et Kidal, que dans les autres localités. Et on s’inquiète naturellement du retard accusé dans cette mise en œuvre. Même si les populations des localités du nord sont les plus nombreuses à soutenir que le processus a effectivement démarré, avec des proportions de 49% à Tombouctou, 45% à Kidal et 44% à Gao.

 

Un précieux document pour les décideurs

Le document est intéressant comme matière d’analyse, surtout au niveau de la gouvernance où Ibrahima Boubacar Kéita et son gouvernement ne parviennent toujours pas à trouver la meilleure approche pour combler les attentes des Maliens. Il faut du sang neuf pour booster l’action gouvernementale.

Comme le disait l’autre, gouverner, c’est résoudre les problèmes des citoyens, faire face à leurs préoccupations. Et quand les populations ne se retrouvent pas dans les actes posés, il faut changer de cap et essayer une nouvelle approche. Les différents gouvernements d’IBK n’ont jamais convaincu les Maliens par leur composition.

Le chef de l’Etat fait trop de place aux critères subjectifs comme la famille… Aujourd’hui, il faut par exemple évaluer la présence des chefs de partis dans le gouvernement. À notre analyse, cette présence est improductive.

Est-ce que les Premiers ministres ont réellement une influence sur les actions de ces alliés politiques ? Nous sommes convaincus qu’Oumar Tatam Ly et Moussa Mara ne répondront pas par l’affirmatif. Et selon des indiscrétions, cette présence entrave sérieusement l’efficacité de l’attelage de Modibo Kéita.

Sans compter que, à quelques exceptions près, le gouvernement actuel ne donne aucunement satisfaction par rapport à l’amélioration des conditions de vie des Maliens. Les ministres se succèdent à la tribune de l’Assemblée nationale et à la télévision nationale sans convaincre.

Dans la plupart des cas, ils ne réussissent qu’à étaler leur impuissance ou leur incompétence. Ce qui fait que le président de la République a plus que jamais besoin de s’assumer pour inverser cette tendance qui le conduit vers l’échec total au bout de son mandat. Même si ses détracteurs font de son âge un poids, nous pensons que l’expérience et la rigueur de Modibo Kéita lui confèrent encore les qualités du chef d’équipe pour conduire un nouvel attelage.

Une nouvelle équipe dont les seuls critères de formation seront la compétence et la probité morale. Un gouvernement de talents et compétences. Un attelage où les chefs de partis seront renvoyés à l’échauffement pour mieux soutenir Ladji Bourama à briguer un second mandat en 2018. 

Si les Maliens se laissent encore berner, bien sûr !

Hamady TAMBA

 

Un précieux baromètre pour orienter ou réorienter l’action publique

Initié par la Friedrich-Ebert-Stiftung ou Fondation Friedrich Ebert (FES) en 2012, «Mali-Mètre» est un instrument d’analyse sociopolitique visant non seulement à saisir les perceptions et les opinions politiques des Maliennes et des Maliens, mais aussi à les porter à la connaissance du public et des décideurs.

«Les enquêtes d’opinion sont un outil important dans une démocratie. Elles permettent d’interroger et comprendre les représentations, besoins et attentes des citoyennes et des citoyens. Elles constituent un indicateur essentiel pour la consolidation de la démocratie participative et représentative et, dans la mise en œuvre et le suivi des politiques publiques et de coopération», souligne Abdourhamane Dicko, responsable chargé de ce sondage au niveau de la FES.

C’est le sens que cette fondation allemande voire européenne donne à Mali-Mètre qui se veut «une fenêtre d’opportunité pour une résolution durable et effective des défis du Mali». Et cela à travers une collecte de la perception des populations et sa mise à disposition en faveur des décideurs politiques, des acteurs de la société civile et de la communauté internationale, pour un meilleur ciblage des interventions. Mali-Mètre est réalisé en moyenne deux fois dans l’année et porte sur des sujets d’actualité. Il est une image instantanée de la perception des populations sur lesdits sujets. Il a déjà été réalisé à six reprises, sans compter une édition spéciale consacrée à Gao, Kidal et Ménaka.

En réalisant le «Mali-Mètre», indique M. Dicko, la FES espère apporter «sa modeste contribution à la sortie de crise dans un contexte profondément marqué par des défis persistants en matière socio-économique et institutionnel ainsi que par la dégradation de la situation sécuritaire du pays». Comme les éditions précédentes, ce 7e sondage a été réalisé avec l’exigence de représentativité à travers toutes les régions du Mali malgré les défis y afférents. Ce qui est le gage de sa neutralité, de son objectivité !

H.T

 

ACCES A L’EAU POTABLE : Le calvaire d’étancher sa soif à Bamako avril 7 2016

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Une fontaine dans un quartier populaire

55 ans après l’indépendance de notre pays, l’accès à l’eau potable demeure encore un défi. Une épreuve aussi bien en campagne que dans les centres urbains. Le comble de manque de vision pour un pays arrosé par deux importants cours d’eau (les fleuves Niger et Sénégal) et leurs nombreux affluents ainsi qu’une nappe souterraine importante. Comme si, depuis le 19 novembre 1968, les dirigeants n’ont pas compris que l’anticipation sur les besoins essentiels est aussi une stratégie de développement humain durable !

A 3 heures du matin, ce dimanche 3 avril 2016, Lafiabougou-Bougoudanin est presque réveillée. Pas forcément à cause de la chaleur parce qu’une légère fraîcheur règne depuis une heure.

Attirés dehors par la curiosité, une déformation professionnelle, nous apercevons une femme et une jeune fille qui peinent à pousser un pousse-pousse chargé de seaux et de bidons de 20 litres. Elles ne sont pas seules car nous en apercevons d’autres dans la pénombre lourdement chargées avec des bidons dans les brouettes ou des seaux sur la tête.

«Nous venons d’un forage de la famille Diakité qui laisse les populations se ravitailler gratuitement depuis que la crise à commencer. En ce moment, il n’y a presque personne. Nous profitions donc pour nous approvisionner», nous dit la Maman soulagée par notre coup de main pour franchir une pente rebelle.

En fait, nous avons le même calvaire parce que depuis le 30 mars 2016, nous sommes contraints de veiller en espérant voir le robinet en fin couler. Au départ, nous avions un peu d’eau entre 3h30 et 5 heures du matin. Mais, depuis le 1er avril, cet espoir est un mirage, une illusion. On ne dort pas, et on n’a pas d’eau !

Oui, 72 heures sans une goutte d’eau au robinet.

Cela se passe en ce 21e siècle dans un quartier de la Commune 4, dans le District de Bamako, capitale du Mali indépendant. Un pays dont les autorités se disent pourtant préoccupées par la santé et le bien-être des populations et qui n’ont pas hésité à financer à 400 millions une opération de propagande contre la République du Mali.

Ici, on ne dort presque plus. Chacun se débrouille comme il peut avec des charretiers qui font la bonne affaire. En trois jours, le prix du bidon de 20 litres est passé de 75 F FCA à 100 voire 150 F CFA.

Par désespoir, certains raclent le fond de leurs puits presque à sec. Une eau boueuse qu’ils essayent d’assainir avec de l’eau de javel qui, mal dosée, n’épargne pas de la colique ou de la diarrhée crainte !

Grâce aux réseaux sociaux, nous partageons notre galère et nous apprenons que nous ne sommes pas les seuls condamnés à cette éprouvante corvée d’eau. Une honte dans la capitale d’un Etat indépendant depuis bientôt 56 ans.

«Dans notre quartier cela fait plus d’un an que nous pouvons faire des jours sans eau dans les robinets. Ceux qui ont un peu d’argent paient les bidons d’eau avec les charretiers ambulants, pour au moins avoir de quoi boire et préparer», témoigne Bernadette, jeune femme leader.

Mais, déplore-t-elle, «pour les plus démunis, ils se rabattent sur l’eau de puits et l’utilisent pour tous les besoins. C’est triste qu’en pleine ville nous manquons de ce minimum vital qu’est l’eau. Pourtant nous continuons à recevoir les factures d’eau comme si de rien n’était».

«Dans la commune de Moribabougou, à 12km de la place de l’indépendance, c’est la désolation ! Ici, pas d’adduction d’eau et les puits ont tari. Les quelques forages équipés sont envahis très tôt par des livreurs d’eau qui font de bonnes affaires sur le dos des pauvres populations», décrit Aly.

«Vous me donnez envie de crier sur tous les toits que je suis à 20 mètres du château d’eau de ZRNY et que j’ai l’eau tous les jours de 3heures à 3 heures 35. J’ai mis sur place un système d’exploitation ingénieux…Chaque borne a un raccordement communiqué à de grands barils en plastique afin de recueillir le maximum d’eau en une demi-heure», témoigne Tonton David.

Aujourd’hui, malgré les investissements annoncés dans des discours démagogiques, rares sont les quartiers de Bamako qui sont correctement approvisionnés en eau potable 24h/24.

Et cela fait des décennies que les Bamakois doivent affronter le manque d’eau et les délestages pendant la même période de canicule. Et jamais, un régime n’a eu la vision de prévenir cela de façon efficace. Que font-ils des milliards de F CFA empruntés aux PTF en notre nom et pour étancher notre soif ?

«Le problème est surtout le silence des autorités, personne ne parle de ce problème d’eau. C’est comme si Cela n’existe pas», s’offusque Bernadette. «La mairie et l’administration de tutelle font la politique de l’autruche. A la première étincelle les dégâts seront incommensurables», déclare Aly en tirant la sonnette d’alarme.

«La colère gronde mais n’explose pas… Passivité ou lassitude du peuple qui n’en peut plus de souffrir ?», s’interroge une jeune intellectuelle contrainte à la même corvée. Question pertinente !

Mais, depuis quelques jours, les esprits commencent à s’échauffer…, même si la révolte ne s’exprime pas encore dans la rue. Pour combien de temps ?

«La colère populaire, c’est comme une invasion de sauterelles, imprévisible. Quand on voit l’essaim, il est souvent trop tard», nous assure le vieux Seydou Diallo, dans un langage à peine codé.

Moussa Bolly

 

AUTORITES INTERIMAIRES AU MALI : Une mise en œuvre intelligente pour désamorcer la bombe politique avril 7 2016

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AG ERLAF

Le projet de loi portant modification du Code des collectivités territoriales a été adopté le jeudi 31 mars 2016 par l’Assemblée nationale par 103 voix. Le vote a eu lieu en l’absence des élus de l’opposition parlementaire qui y étaient opposés et ont quitté la salle  en guise de protestation.

Même sérieusement amendé par les parlementaires, la polémique ne baisse pas. Ce qui présage des réelles difficultés dans la mise en œuvre de l’Accord de la paix. Un document que le gouvernement semble avoir signé l’arme de la communauté internationale sur la tempe.

 

Le régime d’un homme est-il plus important qu’une nation ? Un Accord de paix prédomine-t-il la constitution d’une République ? Les députés de la majorité ont répondu à ces questions par l’affirmatif en votant majoritairement le projet de loi portant modification de la loi du 07 février 2012 portant Code des collectivités territoriales.

Ce projet de loi portant sur les autorités intérimaires a été voté par 103 voix pour, zéro contre et zéro abstention, mais en l’absence de l’opposition. Une absence annoncée la veille des débats sur le projet de loi à l’hémicycle.

Cette loi permettra la mise en place des autorités intérimaires au niveau des régions du nord et aussi partout ailleurs et la suppression de toutes les dispositions législatives relatives à la mise en place des délégations spéciales au niveau des collectivités territoriales.

A écouter le ministre de la Décentralisation et des Réformes de l’Etat, sa mise œuvre va faciliter le retour des réfugiés, l’exécution des autres dispositions de l’Accord pour la paix et la réconciliation, la préparation des prochaines échéances électorales (communales, régionales et référendaires)

«Concernant le fond, la discussion se poursuivra encore vu que chacune des parties est dans son rôle. Rarement, un projet de loi est voté avec les voix de l’opposition et de la majorité présidentielle, donc le rejet de la loi par l’opposition est normal et politiquement admissible», commente M. Abdourhamane Dicko, consultant spécialisé sur la sécurité et le développement communautaire en Afrique de l’ouest.

Si la majorité a voté le texte, il faudra néanmoins lui reconnaître le mérite de l’avoir sérieusement amandé  supprimant de nombreux passages et parties prêtant à équivoques.

Mais, malgré ces amendements, il y a une injustice dont la nouvelle loi est porteuse : virer de leurs postes ceux qui se sont saignés pour le pays aux profits de ceux qui ont pris les armes contre notre pays !

L’essence de la nouvelle législation est la mise en place des autorités transitoires dans les collectivités territoriales des 5 régions nord du Mali avec des modalités de mise en œuvre fixées par décret pris en conseil des ministres.

Pour de nombreux observateurs, même avec la suppression de l’article 2 du projet, les autorités transitoires ne peuvent que «troubler l’ordre social dans les localités concernées».

L’assurance donnée par le ministre de la Décentralisation et des Reformes de l’Etat que cette modification s’applique à toute la République ne change presque rien en ce qui concerne le septentrion qui focalise la contestation.

Et cela à cause du risque de voir les groupes armés devenir majoritaires dans les collèges ainsi mis en place. Une occasion d’accentuer leur mainmise sur ces zones. Un risque qui ne reste pas dans le reste du pays. «A notre avis, le projet de loi adopté garantira difficilement l’ordre social vu que l’ordre politique est fortement troublé dans plusieurs localités des régions nord», craint M. Dicko.

Ce natif de la région de Gao et fin connaisseur des difficultés de coexistence des communautés, précise que dans plusieurs de ces localités septentrionales, «la ruée des nouveaux militants vers le parti au pouvoir, après l’élection présidentielle de 2013, n’a pas encore été gérée. Dans plusieurs localités, nous constatons l’existence de bureaux politiques se réclamant tous du même parti».

Dans un tel contexte, s’interroge-t-il, «la consécration d’une autorité intérimaire chaque fois que l’État constatera l’impossibilité de constituer le conseil d’une collectivité territoriale ou sa non fonctionnalité ne deviendra-t-elle pas la règle» ?

Une crainte réelle d’autant plus que l’Etat n’est jamais neutre dans le jeu politique au niveau des collectivités territoriales. Il n’est donc pas exclu que celles qui ont jusque-là fonctionné sans problème soient victimes de la nouvelle loi et des querelles politiques internes.

 

Péril sur l’ordre social

Les arrangements politiques entre alliés politiques pourraient également souffrir de la nouvelle loi quand on sait que plusieurs collectivités locales sont actuellement dirigées par d’autres partis politiques de la mouvance présidentielle.

Il convient également de s’interroger sur le devenir du projet de décret qui avait été préparé en même temps que le projet de loi. Est-ce qu’il sera maintenu ?

Si non, quelle est l’alternative trouvée à l’article 18 du projet de décret qui stipule que les membres des autorités transitoires soient désignés en fonction de la taille des collectivités territoriales par le gouvernement, la plateforme et la coordination ?

Question pertinente d’autant plus que le ministre de la Décentralisation assure que la loi sera appliquée à l’échelle nationale alors qu’il n’y a que dans les régions de Kidal, Taoudéni et Ménaka que l’on puisse parler d’une quelconque influence d’une organisation comme la CMA.

A titre de rappel, précise Abdourhamane Dicko, il faut souligner que «les concepts de société civile ou de secteur privé ne sont pas toujours fonctionnels dans les collectivités territoriales surtout au niveau des communes rurales».

«Vouloir les faire représenter au sein d’un conseil communal, pourrait être une autre raison de déchirure sociale et politique au niveau local contribuant ainsi à compromettre dangereusement la cohésion sociale et à entraver durablement le développement local», prévient le consultant dont l’expertise est sollicitée des ONG et organisations intervenant dans le Sahel.

Par conséquent, il conviendrait de fixer dès maintenant des limites assez rigides entre les acteurs sociopolitiques locaux de manière à éviter une surreprésentation des tendances ethnique, clanique, politique et sociale.

Une précaution indispensable car ce n’est qu’un secret de Polichinelle que, dans certaines contrées bien lointaines de la capitale, «des esprits sont à l’œuvre pour s’accaparer du pouvoir local afin de se mettre à l’abri d’éventuelles poursuites et aussi s’assurer de lendemains meilleurs».

Maintenant que le vin est tiré (la loi est votée), il faut le boire sans se saouler et commettre l’irréparable. L’opposition menace de saisir la Cour constitutionnelle pour bloquer la législation.

Mais, nous sommes convaincus que ce processus puisse aboutir à un résultat satisfaisant dans un pays où l’indépendance des pouvoirs reste à concrétiser.

Nous sommes d’accord avec M. Dicko  qui conseille que, «pour l’honneur du Mali et le bonheur des Maliens», les acteurs politiques «se donnent la main pour la mise en œuvre intelligente de la nouvelle loi de manière à préserver l’unité et l’intégrité territoriale du pays. Il ne faut pas que soit possible par la loi ce qui ne l’a pas été par les armes».

Sinon il est clair que les collectivités territoriales ont continué à fonctionner normalement dans de nombreuses localités des régions nord du Mali malgré la rébellion et l’occupation des réseaux terroristes.

Mais, craignent A. Dicko et de nombreux autres observateurs, «il y a fort à parier qu’il n’en sera plus ainsi à compter de la promulgation de cette loi et de la mise à disposition de son décret d’application».

Kader Toé

INSECURITE AU NORD DU MALI : L’hypocrisie des Nations unies mise en évidence avril 7 2016

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Soldats de la Minusma

 

Dans son dernier rapport sur le Mali, les Nations unies jugent l’insécurité «alarmante» dans le nord de notre pays. Pour y faire face, les contributeurs sont exhortés à mieux équiper les Casques bleus de la Minusma. Quant au gouvernement malien, il est appelé à renforcer sa présence dans le septentrion pour permettre aux populations de mieux profiter des dividendes de la paix.

Un passage qui met en évidence l’hypocrisie des Nations unies qui savent pertinemment que le Mali ne demande qu’à déployer ses forces armées et de sécurité sur toute l’étendue du territoire national.

 

«Les régions nord et centre du Mali restent sous la menace de réseaux criminels, d’extrémistes violents et de groupes terroristes, qui profitent de la présence limitée des institutions de sécurité maliennes» ! C’est ce que souligne le Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, dans son dernier rapport sur le Mali.

«La progression de l’insécurité au Mali et la menace sécuritaire que font peser les acteurs restés en dehors du processus de paix demeurent alarmantes», insiste-t-il dans ce rapport confidentiel destiné au Conseil de sécurité.

Pour y faire face, Ban Ki-moon demande aux pays qui fournissent des Casques bleus et aux pays donateurs «de maintenir leurs efforts afin que tous les contingents aient des équipements et un entraînement conformes aux standards de l’ONU». Cela, particulièrement en «déployant rapidement les véhicules blindés de transport de troupes» qui manquent à la mission onusienne sur le théâtre des opérations.

Mais, de son côté, le gouvernement malien doit également «renforcer la présence de ses forces armées dans le nord» et s’efforcer de rétablir plus largement les services publics de base dans cette région, afin de garantir à la population locale «les bénéfices tant attendus de la paix».

A notre avis, il est hypocrite de la part des Nations unies d’exiger cela des autorités maliennes d’autant plus qu’elles savent pertinemment que les mouvements des forces armées et de sécurité maliennes sont très limités et contrôlés au nord.

Nos forces sont cantonnées sous la tutelle de la Minusma et de Barkhane. Elles n’ont aucune liberté de déplacement et d’opération que dans certaines zones définies par la France et les forces onusiennes.

Qu’est-ce qui empêche aujourd’hui le déploiement des forces armées et de sécurité malienne dans le septentrion ? Que font réellement la médiation internationale, la Minusma et Barkhane pour un retour effectif de l’administration et des forces maliennes à Kidal ?

Depuis le début du processus d’Alger, les forces armées maliennes et de sécurité doivent subir l’affront d’être cantonnées sur leur propre territoire. Des zones leur sont interdites et elles ne peuvent pas patrouiller dans de nombreuses régions sans être placées sous la tutelle de Barkhane ou de la Minusma. Et les Nations unies ont encore le courage de souhaiter leur déploiement pour mieux protéger les populations. C’est le comble de la démagogie et de la diplomatie internationale.

Alors que la communauté internationale, à travers la médiation, met la pression sur le gouvernement et le parlement pour l’adoption d’une loi sur la mise en place des autorités intérimaires (loi votée par les députés le 31 mars 2016), elle ferme les yeux sur les agissements dilatoires de la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA) qui continue à souffler sur le chaud et le froid. Objectivement, elle ne montre aucune volonté réelle de créer les conditions de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation nationale signé en mai et juin 2015.

Aujourd’hui, comme le dit si pertinemment un compatriote sur les réseaux sociaux, «la CMA refuse la souveraineté du Mali sur Kidal personne ne bouge, aussi bien la communauté internationale que la médiation».

De nos jours, le progrès dans la mise en œuvre de cet accord de paix est lié à deux points essentiels à nos yeux : la mise œuvre effective du processus de DDR (Désarmement, démobilisation et Réinsertion) et surtout règlement de la situation de Kidal qui ne peut pas continuer à être un no man’s land échappant au pouvoir central de Bamako. Kidal est le verrou de la paix au Mali. Et tant que le statut de Kidal n’est pas clairement défini, même la mise en œuvre du DDR ne permettra pas d’avancer la paix et la stabilité du pays.

Et c’est pour cela que la majorité des Maliens étaient prêts à fermer les yeux sur les 400 millions versés aux groupes rebelles pour l’organisation du Forum de Kidal. Une rencontre qui a finalement capoté pour devenir un «OMS» (One Man Show) de la CMA.

La paix, un juteux business pour rebelles et ministres

La CMA n’est pas crédible. Elle ne l’a jamais été aux yeux des Maliens. Aujourd’hui, le processus de paix est devenu sa vache laitière car lui permettant de maintenir la pression de la communauté internationale sur Bamako. La paix est devenue un business pour ses leaders spécialisés dans le chantage.

Même s’ils disent à qui veut l’entendre qu’ils ne sont pas les seuls à profiter des magots en jeu. Pour le forum de Kidal par exemple, la CMA reconnait n’avoir reçu que 100 millions de F CFA. La Plateforme autant. Où sont passés les 200 autres millions ?

En tout cas, avec la bénédiction de ceux qui ont tordu la main à IBK pour signer cet accord, la coordination continue son double jeu : signé l’accord, sans renoncer à la République de l’Azawad ! Une promesse faite à sa supposée base !

Le silence de Bamako est affligeant, mais il est compréhensif dans la mesure où le gouvernement est le seul à subir la pression diplomatique et financière de nos faux amis de la communauté internationale.

Au moindre blocage, celle-ci met la pression sur les autorités maliennes sans se préoccuper de la responsabilité des autres parties au conflit.

Mais, avec l’échec du forum de Kidal, la CMA a franchi la limite de l’acceptable, le seuil que l’on pouvait tolérer dans sa duplicité, voire dans sa roublardise. Les rebelles de Kidal ne veulent pas de la paix car ils tiennent à leur fantôme République de l’Azawad.

Pour Alghabass Ag Intalla et tous les leaders de la CMA, Kidal est la capitale de l’Azawad et non une région de la République du Mali. A la rencontre organisée à la place du forum, il n’a été question que des populations, des femmes et de la jeunesse de l’Azawad.

Le «Mali» a été superbement ignoré car banni du vocabulaire de la supposée «ex-rébellion». «Ex» parce que ses responsables misent sur la pression et le chantage pour s’enrichir sur le dos des contribuables de la République du Mali pour qui ils n’ont que dédain.

Et le jour où Bamako dira niet, ils vont se réfugier à Kidal avant de reprendre le maquis avec le soutien de leurs alliés, qui sont aussi les «amis» du Mali. Les autorités maliennes porteront alors, à elles seules, le chapeau de l’échec du processus de paix.

La paix passe par la neutralité entre les acteurs

Si les Nations unies veulent réellement jouer un rôle historique au Mali, elles doivent éviter de jouer aux hypocrites comme la France. Elles doivent exercer la même pression sur tous les acteurs. Elles veulent que les forces armées et de sécurité maliennes soient plus opérationnelles sur le terrain ? Alors qu’elles aient aussi le courage de mettre fin à leur inacceptable tutelle au nom du processus.

Veulent-elles réellement la paix au Mali ? Alors il faudra accentuer la pression sur la CMA pour que Kidal redeviennent non seulement une région de la République du Mali, mais aussi et surtout qu’elle joue réellement le jeu pour créer les conditions de l’organisation des élections régionales et communales.

Des autorités éluent contribuent mieux à la paix que des instances imposées aux populations parce que garantissant les intérêts de ceux qui se battent pour que la République de l’Azawad soit une réalité.

Et, de toutes les manières, il est temps que les autorités maliennes s’assument et refusent de payer à elles seules le prix de la paix. Parmi des points non négociables, le président Ibrahim Boubacar Kéita avait évoqué l’intégrité du territoire et la laïcité de la République.

Si la laïcité semble être mieux garantie, l’intégrité du territoire est plus que jamais menacée avec cette volonté de mettre en place des autorités transitoires dans le nord en toute violation de la constitution du Mali.

Les Maliens sont épris de paix ! Mais, nous ne sommes pas prêts à y sacrifier notre honneur, notre dignité !

Moussa Bolly


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