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LE REFLECTEUR : Le prétexte de l’adieu au parrain avril 20 2017

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Vernissage de l’expo Trésors de l’Islam le 13 avril 2017

Trésors de l’islam en Afrique, de Tombouctou à Zanzibarest le thème d’une exposition organisée par l’Institut du monde arabe (Ima) et dont le vernissage a eu lieu le jeudi 13 avril 2017. Ainsi, du 14 avril 2017 au 30 juillet 2017, l’Ima met à l’honneur près de 300 œuvres multidisciplinaires pour témoigner de la richesse artistique et culturelle de la pratique de l’islam en Afrique subsaharienne. Ce qui explique officiellement la présence des présidents du Burkina Faso, du Mali et de la Mauritanie autour du président François Hollande en fin de mandat dans quelques semaines.

Selon Koulouba, la présence d’IBK à cette importante inauguration est jugée particulièrement très importante par de nombreuses grandes personnalités sur place. Et d’ajouter, de leurs observations Tombouctou est à Paris ce matin (jeudi 13 avril 2017) pour témoigner de la restauration de ses manuscrits sauvés et restaurés par un Malien qui avait osé braver les jihadistes en un moment difficile.

Il est logique et normal qu’Ibrahim Boubacar Kéita soit fier, honoré et ému de la tenue de cette exposition. Dans sa déclaration, le président de la République a mis un accent particulier sur l’islam, les manuscrits de Tombouctou, la citée mystérieuse avec ses universités en médecine et en astronomie.

Et il a rappelé qu’il n’était pas évident de sauver et de récupérer les manuscrits de Tombouctou à un moment où d’autres esprits jihadistes étaient là pour tout démolir dans la violence.

Mais, à notre analyse, ce vernissage cache mal un prétexte : l’adieu entre le parrain (François Hollande) et ses hommes de main que sont les dirigeants africains francophones. Visiblement, le président “normal de la France s’active à consacrer le peu de jours qui lui reste à l’Elysée (le 1er tour de la présidentielle française se tiendra le 23 avril 2017 et il n’est pas candidat à sa succession) pour consolider le principal acquis de son mandat : son héritage africain, son image de sauveur du Mali et du Sahel du joug islamiste.

Selon nos confrères de JA, Hollande veut convaincre les observateurs qu’il laisse derrière lui un Sahel mieux sécurisé, pour les Africains et par les Africains. Il espère pour cela laisser derrière lui une politique sécuritaire sahélienne en ordre de marche et, surtout, davantage pilotée depuis les capitales ouest-africaines.

Ainsi, les observateurs pensent qu’il met particulièrement en relief l’Afrique de l’Ouest et le Sahel où, indique Jeune Afrique, il a étrenné son costume de chef de guerre en 2012 alors que l’armée française débarquait au nord du Mali.

L’hebdo panafricain rappelle ainsi que ce ballet a commencé le 31 mars dernier avec Mahamadou Issoufou du Niger accompagné pour la circonstance de ses ministres de la Défense et de l’Intérieur

Le 12 avril, c’est le Mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz qui était personnellement invité par l’Elysée. Logique puisque Nouakchott abrite la base du G5 Sahel regroupant la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Burkina Faso et le Tchad. Une organisation chargée de gérer la réponse ouest-africaine aux attaques jihadistes dans la région.

Le lendemain, Hollande semblait très heureux de se montrer publiquement avec ses valets, pardon ses homologues du Mali, de la Mauritanie et du Burkina Faso au vernissage de l’expo sur les Trésors de l’islam en Afrique subsaharienne.

D’ailleurs le lendemain, le vendredi 14 avril, le Burkinabè Roch Marc Christian Kaboré est accueilli avec tous les honneurs à l’Elysée. Il était important d’accroître la réactivité de la Force Barkhane dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, a déclaré à la presse le président Kaboré à son retour au pays le 15 avril 2017. Il dit aussi avoir réaffirmé notre engagement en tant que G5-Sahel.

Un certain nombre de décisions ont été envisagées et elles feront l’objet d’une concertation entre le ministre de la Défense du Burkina et celui de la France et entre les chefs d’état-major pour que, désormais, nous puissions assurer au mieux notre propre sécurité et compter sur le fait que Barkhane puisse en cas d’urgence pouvoir assurer les problèmes de couverture aérienne pour nous permettre de mieux avancer dans ce combat contre le terrorisme qui est un combat de longue haleine, a précisé Roch Marc Christian Kaboré. Il était sans doute également heureux d’avoir obtenu de l’Agence française de développement (AFD) 52 milliards de F CFA pour financer la modernisation de sa capitale, Ouagadougou.

Le seul absent dans ce ballet de visites présidentielles à Paris est sans doute le Tchadien Idriss Deby Itno en froid avec la France depuis qu’il a rejoint le Rwandais Paul Kagame sur le banc des rebelles à la Françafrique.

 

La France interdit au Mali ce qu’elle cautionne en Mauritanie

En cette fin de mandat, Hollande semble miser sur le Niger, la Mauritanie et le Mali pour faire entendre raison au Tchadien ou l’isoler tout simplement. Ce qui n’est pas une chose aisée d’autant plus que le Niger et surtout le Mali ont une dette morale et politique à l’égard de N’Djamena dont les troupes ont contribué et contribuent encore à contenir en partie l’invasion terroriste au Sahel.

Président de l’Union africaine, le Guinéen Alpha Condé a été aussi reçu audience 11 avril à l’Elysée par F. Hollande. Les présidents Condé et Kéita sont des amis de très longue date du président français. Mais, si pour le Guinéen il s’agissait d’un au-revoir diplomatique à un ami qui se prépare à plier bagage, pour IBK ce déplacement était l’opportunité de rassurer la France sur une éventuelle ouverture de négociation avec Iyad Ag Ghali comme souhaité par la Conférence d’entente nationale (27 mars-2 avril 2017).

Face à Abdelaziz, Kéita et Kaboré, François Hollande a été très clair : point de négociations aves les terroristes, principalement Iyad contre qui la France a d’ailleurs lancé un mandat d’arrêt international depuis quelques années. Le maintien du dispositif français et l’appui de Barkhane est à ce prix. C’est aussi la condition sine qua non pour que l’Hexagone soutienne la mise œuvre du grand projet sécuritaire du G5 Sahel axé sur l’opérationnalisation d’une force d’intervention commune.

Mais, cette opposition de la France à toute négociation entre Iyad et le pouvoir malien traduit la faiblesse d’IBK face à son homologue français voire même dans le G5 Sahel. On interdit à Bamako de négocier à avec un fils du pays et sans qui la paix et la réconciliation semblent être des projets utopiques.

Au même moment, tout le monde ferme les yeux sur le double jeu de la Mauritanie qui est la principale base-arrière des groupes terroristes (Aqmi, Al-Mourabitoune…) qui déstabilisent le Mali.

Sûr de son influence, Mohamed Ould Abdelaziz ne s’en cache même plus. Ainsi, lors de son séjour de la semaine dernière, quand la journaliste de RFI lui demande comment ça se fait qu’il reçoit et garde chez lui des terroristes qui ont posé des actes au Mali sans chercher à les arrêter ? 

Ils sont Mauritaniens, ils sont chez eux et ils se sont repentis, répond le Mauritanien. Autrement dit, tant que ceux-ci ne mènent pas d’actions subversives contre leur propre pays, ils sont libres de déstabiliser les voisins (notamment le Mali) et revenir se mettre à l’abri dans leur pays.

Et pourtant, c’est le Mali qui est indexé par tous d’exporter le terrorisme chez ces voisins. Et un opposant malien avait même cru bon d’être complice d’une telle accusation. Et entre 2010 et 2012, le pays de Mohamed Ould Abdel Aziz n’hésitait pas à accuser le Mali d’ATT d’être le ventre mou de la lutte anti-terroriste dans le Sahel.

Aujourd’hui, c’est lui qui accueille les terroristes, au vu et au su de tout le monde. Et visiblement avec la bénédiction de la France qui n’est pas pressée de voir la paix revenir au Mali afin de justifier une présence militaire qui assure ses intérêts au nord du Mali voire dans le Sahel, notamment Areva qui pille l’uranium au Niger.

Après avoir écouté cet aveu de complicité avec les réseaux criminels qui bloquent le processus de paix et de réconciliation au Mali, peut-on encore objectivement nourrir l’espoir de voir le G5 Sahel parvenir à stabiliser la bande sahélo-saharienne ?

Un vrai leurre quand la Mauritanie, qui abrite la base du G5 Sahel, devient la base-arrière des terroristes que cette organisation se propose de combattre.

Moussa Bolly

LE REFLECTEUR : Ces morts sur la conscience du régime avril 13 2017

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CHU POINT G DE BAMAKO

La famille Diallo est en deuil : la mère de famille, notre maman (la mère d’un ami) et la généreuse Mamy de nos diablotins et diablotines a succombé à un accident vasculaire cérébral (AVC) faute de soins appropriés dans les minutes qui ont suivi l’attaque.

 

Victime d’un AVC dans la nuit de mardi à mercredi (4-5 avril 2017), la vieille dame a été ballottée entre les cliniques privées parce que les hôpitaux disaient qu’il n’y avait pas de place.

“Nous avons fait finalement plusieurs cliniques où on nous a fait savoir qu’il n’y pas de places ou qu’ils n’ont pas l’équipement nécessaire. Finalement, nous sommes allés au Luxembourg. Le médecin des urgences nous a dit qu’il n’a pas de places. C’est alors que j’ai fondu en larmes parce que je voyais ma mère mourir dans mes bras impuissant et dans l’indifférence de ceux qui pouvaient m’aider à lui sauver la vie. Finalement ému, le médecin a accepté d’examiner la maman, mais en nous prévenant qu’elle ne pouvait pas passer la nuit dans son service où il y avait pourtant  plusieurs lits vides”, témoigne notre ami Bako, l’un des fils de la défunte.

Comme prévu, il a été “libéré” à l’aube avec la patiente par “crainte des responsables du syndicat” ! Retour dans une clinique privée avant d’être évacuée en pleine journée vers le CHU Point G où elle a été acceptée suite à l’intervention d’une nièce agent socio-sanitaire. Elle y a rendu l’âme tôt le jeudi matin. Nous l’avons accompagnée en sa dernière demeure le lendemain après la prière du vendredi.

La mort est dans le destin de l’homme, mais nous pensons que notre maman aurait pu vivre quelques années encore et profiter de ses nombreux petits-enfants si elle avait rapidement bénéficié des soins appropriés.

Tout comme cette jeune dame qui a perdu la vie dans la nuit du 4 avril 2017 au CHU du Point G parce qu’elle n’a pas reçu de soins appropriés alors qu’elle était en travail. Sa famille dit avoir fait plusieurs centres de santé, des cliniques sans pouvoir bénéficier d’aucune assistance. Elle s’est finalement résolue à “tenter notre chance” au Point G où elle a été finalement accueillie après de longues négociations.

Mais, elle a rendu l’âme avant que son époux ne revienne avec les premiers médicaments prescrits. Un drame qui a plongé le CHU dans la stupeur. Ne contenant pas leur colère et leur peine, la famille et tous ceux qui ont été témoins de cette tragédie ont accablé le régime.

Des injures dont nous faisons l’économie pour ne pas être accusé d’outrage à Sa Majesté le Prince héritier du trône du Mandé.

Combien de personnes ont perdu ainsi la vie, depuis plus d’un mois que dure la grève de la santé, dans l’anonymat et l’indifférence totale des autorités et aussi des agents de santé dont la principale préoccupation doit être pourtant de sauver des vies ?

Les hôpitaux, les centres de santé de référence (CS-Réf), les centres de santé communautaire (Cscom) n’ont jamais autant mérité leur triste réputation de mouroir pour la grande majorité des Maliens qui n’ont pas les moyens de se soigner sur place à plus forte raison à l’extérieur du pays.

“Je commentais les publications de mes amis sur Facebook sans aller aux sources. Ce matin, je suis passée vers l’odontostomatologie et j’ai eu les larmes aux yeux. Je me suis mis à la place de ces pauvres malades qui n’ont pas l’argent pour aller se soigner dans les cabinets dentaires”, nous confiait une amie lundi (10 avril 2017).

Avec la grève des professionnels de la santé, depuis plus d’un mois, rares sont les structures publiques ou communautaires qui respectent réellement le service minimum. Débordées, de nombreuses cliniques ont doublé, voire triplé leurs tarifs. N’empêchent qu’ils manquent souvent de places pour accueillir les patients ou prendre en charge certains cas comme les AVC qui se multiplient en cette période de canicule.

La frustration des travailleurs est réelle et le malaise social est profond. La colère couve. Mais, il ne faut pas non plus renoncer à son devoir et occulter la réalité socioéconomique de l’Etat. La situation sécuritaire et économique précaire de notre pays n’est pas propice à des revendications sociales tous azimuts.

Même si cela n’est pas non plus une raison pour tourner le dos à des corporations dont les revendications sont aussi légitimes. Nous en sommes là aujourd’hui parce que les partenaires sociaux du gouvernement ne lui font plus confiance. Il faut donc renouer le dialogue et instaurer cette confiance perdue.

Le gouvernement n’a plus intérêt à faire semblant de négocier en tenant un discours mensonger ou démagogique à ses partenaires sociaux. Et cela d’autant plus que la stabilité du pays tient aujourd’hui à peu de choses.

Mais, sauver la patrie du chaos est un devoir patriotique commun. En effet, comme l’a si bien dit le brillant juriste et écrivain, il est de notre devoir de nous organiser et de faire “front commun pour qu’un tel avenir aussi sombre ne puisse nous plonger pour de bon dans l’abîme”.

Autant alors consacrer le peu d’énergie qui nous reste à réfléchir à l’alternative qui reste : nous battre avec bravoure et détermination ou périr comme des imbéciles, voire des lâches.

Dan Fodio

LE POINT : Paré des plumes du Paon ! avril 6 2017

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M. Malick Alhousseini, le ministre de l’Energie et de l’Eau

Allah ka barikabô nin fanga nin na ! Que Dieu nous débarrasse de ce régime ! Très grave comme malédiction dans la bouche d’une vieille dame de retour de la mosquée tôt ce mercredi 5 avril 2017.

Et elle a cru nécessaire de s’expliquer quand elle a su que nous avons entendu son juron (nous préférons).

-Pardon mon fils. Dans ce pays, les difficultés s’accumulent et finalement nous allons tous devenir folles à force de soliloquer. Depuis quelques jours, je suis contrainte de réveiller des enfants depuis 5 heures du matin pour aller chercher de l’eau au niveau d’un forage pour qu’ils puissent aller à l’école à l’heure. Le robinet ne coule que rarement ! Les puits sont à sec depuis des mois» !

Vous imaginez le calvaire de ces enfants qui, sous le poids de la fatigue et du sommeil voire de la faim, ne pourront que difficilement suivre les cours en classe ! Le Mali se veut pourtant un pays émergeant ! Cinquante sept ans d’indépendance ! Pas de courant, pas d’eau qui demeurent un luxe pour la majorité des populations.

Dans presque tous les quartiers de Bamako, la corvée d’eau pour les femmes et les enfants commence entre 4 et 5 heures du matin. Elle est indispensable pour la grande majorité des familles qui ne peuvent pas s’offrir les services des pousse-pousseurs qui entrent dans la danse aux environs de 6 heures.

Les régimes qui se sont succédé ont été incapables de fournir correctement l’électricité et d’approvisionner en eau potable la capitale à plus forte raison l’intérieur du pays. Toujours des promesses, rien de concret ! On s’éclaire à l’illusion et on boit à la fontaine de la démagogie !

Et pourtant le ministre de l’Energie et de l’Eau ainsi que ses Chefs de service ne cessent de dire qu’il y a l’électricité pour satisfaire la forte demande de la capitale. Pendant des mois, ils ont aussi assuré les populations de la mise en œuvre d’une politique de proximité avec des forages à la place des citernes qui sillonnent des quartiers pendant la période de chaleur pour offrir cette précieuse denrée aux habitants. Une pratique qui faisait la fortune de ses initiateurs car n’échappant pas certainement à la surfacturation.

A l’arrivée, rien ! Les délestages continuent de plus belle ! Faute à des pannes ici et là, se défendent leurs communicants ! Vrai ou faux ? Il est en tout cas évident que si les entretiens étaient correctement faits en amont, ces désagréments pouvaient être minimisés en période de canicule où le courant et l’eau deviennent une nécessité sociale comme manger et se soigner.

La réalité est qu’IBK et son gouvernement sont toujours dans le déni de la réalité. La preuve, c’est qu’il n’y a plus de saison pour les délestages à Bamako voire dans notre pays. Nous l’avons vécu pendant presque les douze mois de 2016 !

Visiter des chantiers, sillonner le pays et promettre ne résolvent plus les problèmes des Maliens. Bientôt une décennie qu’on brandit le projet d’adduction d’eau Kabala comme la solution pérenne au problème d’eau de la capitale parce qu’il va augmenter l’offre de 75 à 95 %. Un projet financé à hauteur de 172 milliards de F Cfa par la Banque mondiale, l’Agence française de développement, l’Union européenne, la Banque européenne de développement.

Les travaux sont confiés à la Société malienne de patrimoine de l’eau potable (SOMAPEP-SA). Avec un taux d’exécution global des travaux encore estimé à 31 %, la finalisation du chantier est prévue pour décembre 2018. Et entre temps, la population augmente sans qu’on envisage une stratégie pour anticiper sur cette hausse significative de la demande en services sociaux de base.

Face au calvaire et aux difficultés réelles des Maliens, le régime n’est jamais à bout d’ingéniosité pour maquiller l’inefficacité des politiques prônées voire son incapacité, l’embellir la triste réalité afin de mieux dissimiler ses échecs à mettre en œuvre le projet de société, Le Mali d’abord ! Le pouvoir s’est miré dans la politique du mensonge et les citoyens souffrent dans l’indifférence.

Le sage de Bandiagara, Tierno Bocar (paix à son âme), disait qu’il n’aimerait pas vivre «cette période où la vérité ne servirait à rien et où le mensonge ne dérangerait plus personne». Hélas ! Les Maliens vivent cette période dans tout ce qu’elle comporte comme conséquences économiques et surtout sociales dramatiques. Réfugiés dans le mensonge maquillé en stratégie de communication, nos dirigeants actuels sont incapables de prendre la moindre initiative allant réellement dans le sens de la satisfaction des populations.

Comme le dit la bloggeuse Tetou Gologo, «chercher des solutions, c’est avoir la volonté d’en trouver. Mais, nous ne cherchons pas des solutions, surtout en milieu dit intellectuel et politique, mais plutôt des coupables, des boucs-émissaires, des gens à abattre… » ! Peut-il en être autrement lorsque pour la majorité des membres de nos gouvernements occuper un fauteuil ministériel est une fin en soi ?

Décidément, le régime d’IBK ne cesse de nous prouver qu’il est un geai paré des plumes du paon ! A qui la faute ? Les Maliens ne peuvent que s’en prendre à eux-mêmes ! Chacun, comme la vielle dame croisée tôt ce mercredi 5 avril 2017, est résigné en priant qu’Allah vienne nous débarrasser des dirigeants que nous avons nous-mêmes élus ! L’actuel régime a été plébiscité par plus de 77 % des Maliens.

Certes, en bon croyant, nous ne pouvons pas dire que Dieu n’était pas dans les isoloirs avec les électeurs parce qu’il est partout. Mais, le Très Miséricordieux et l’Omniscient n’a empêché personne de voter en âme et conscience.

Comme le dit une fable de la Fontaine, celui qui sème le vent récolte la tempête ! Il ne faut pas rêver remporter la course quand on mise sur le mauvais cheval.

Les Maliens se sont fait avoir par un discours qui était dans le mensonge et la démagogie depuis la campagne électorale. Ils en payent le prix aujourd’hui ! Malheureusement, le calice est encore loin de la lie !

Kader Toé

LE REFLECTEUR : Des Martyrs sacrifiés sur l’autel de la lâcheté mars 23 2017

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LE REFLECTEUR : Des Martyrs sacrifiés sur l’autel de la lâcheté 

 

17 mars 1980-17 mars 2017 : cela fait 37 ans qu’Abdoul Karim Camara dit Cabral, secrétaire général de l’Union nationale des élèves et étudiants du Mali (UNEEM), a été arraché à sa famille, ses camarades de lutte, aux démocrates maliens. Trente-sept que nous le pleurons sans jamais avoir le droit humain de faire notre deuil.

 

La révolution est souvent comme un arbre bien enraciné dans un terreau fertile. Quand on arrache un bourgeon, un autre repousse. Ainsi, les cadets de Cabral ont repris le flambeau de la lutte pour l’émancipation du peuple onze ans après au sein de l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM). Et cette fois, le dictateur est terrassé. Même s’il a chuté dans le sang des manifestants, giclant souvent entre des corps calcinés, des membres en lambeaux. Des vies ont été sacrifiées pour qu’une ère démocratique s’ouvre au Mali, pour que souffle le vent de la liberté et que les Maliens ne souffrent plus du déséquilibre de la balance de la justice.

Ce fut le prix à payer pour instaurer un système qui accepte que l’on vive en démocratie, que chaque Malien soit l’égal de l’autre, que nous soyons tous égaux devant la loi. La justice, l’égalité, l’intégrité, la probité devaient être des valeurs de la morale politique, son socle. Hélas ! L’espoir a duré à peine dix ans. La révolution a-t-elle échoué ? A-t-elle été détournée de ses objectifs parce qu’elle a mangé elle-même ses enfants ?

Toujours est-il que le sacrifice de Cabral et des martyrs du 26-Mars 1991 a été aussi sacrifié sur l’autel de la conquête du pouvoir dont l’appétit a ouvert des brèches dans les rangs du Mouvement démocratique. Les opportunistes s’y sont engouffrés pour perpétuer les travers que notre révolution voulait combattre. La justice et l’égalité sont devenues des leurres dans un pays où le nombre de “milliardaires de la démocratie” ne cesse d’exploser dans un océan de misère tentaculaire.

Occupés à puiser dans les caisses de l’Etat, à spolier les terres des plus pauvres, à voler l’orphelin et à violer les veuves avant de leur rendre sauces, ces pseudo-démocrates ont sacrifié toutes les valeurs socioculturelles pouvant permettre à un peuple de demeurer optimiste sur son avenir. Le Mali des valeurs se meure à petit feu !

La compétence ou le mérite ne suffit plus pour prétendre à une promotion, y compris au sein des Forces armées et de sécurité. Le droit de cuissage s’est substitué aux diplômes si on n’a pas de quoi payer pour passer à la fonction publique ou intégrer l’armée, la police, la gendarmerie…

A la douane c’est pire avec des places vendues entre 3,5 et 5 millions de F CFA. Certains vont emprunter de l’argent parce qu’assurés qu’une fois intégrés, ils peuvent rembourser en moins de six mois en s’arrangeant avec les importateurs sur le dos de l’Etat. Tant pis pour les recettes douanières pourtant vitales pour le Trésor public !

La République a vendu son âme aux rebelles, aux trafiquants d’armes et de drogues. Le pouvoir a alors vacillé semant la panique dans ses allées et dans les rangs des Forces armées et de sécurité. Dans la débandade, des aventuriers ont pris le pouvoir pour se saouler, se venger, s’enrichir et accélérer la décadence du pouvoir et mettant le pays du coup, sous la tutelle.

Et depuis, que d’humiliations pour ce pays pour lequel tant de martyrs se sont sacrifiés ! Loin de tirer les enseignements de cette descente aux enfers, le pouvoir s’enferme à Koulouba et se voile le visage en traversant la ville entre Sébénikoro et le palais afin de ne pas voir cette misère perceptible partout comme signe de son échec à restituer aux Maliens leur dignité.

Comme le dit un confrère, “le président tient encore debout, mais tout va mal”. Loin de sortir de l’impasse de la crise de 2012, le pays avance dangereusement vers le précipice. Des milliards sont régulièrement injectés dans une paix factice pour entretenir des bandits armés et des terroristes qui ont pris plaisir à faire chanter un pouvoir lâche. Un régime chancelant qui pense ainsi s’acheter une stabilité comme une prostituée s’achèterait une virginité pour effacer son passé.

Rien ne va plus  pour le Malien lambda ! “Certains citoyens arrivent à se plaindre alors que les autres restent à l’écoute des leaders religieux. Sur le plan social, ça veut exploser, trop de corruption. Peu d’autorité de l’Etat” ! Ce diagnostic, loin d’être exhaustif, est du même confrère !

Et pourtant, tout baigne pour le pouvoir et ses serviteurs zélés. Mais, il ne faut pas surtout le dénoncer au risque de prolonger les “débats de caniveaux”, d’être traités de “drogué” si vous n’êtes pas étiquetés “aigris”. Comment ne pas être aigris quand on vous prend tout, jusqu’à votre honneur et votre dignité ?

Jusque-là épargné, même si “La Maîtresse du président” l’a un moment ébranlé, la liberté d’expression n’est tolérée que du bout des lèvres. Les journalistes sont menacés avant de s’évaporer dans la nature. Ainsi, Birama Touré est porté disparu depuis le 29 janvier 2016. Il s’est volatilisé. Personne ne s’en émeut à Koulouba ou à la Cité administrative !

Que fait le peuple ? Résigné ! Comme toujours ! On se défoule sur les réseaux sociaux. Mais, quand il s’agit d’agir, chacun est très occupé pour venir protester. On a plutôt peur pour sa place. On crie dans les “grin”, mais quand le bourreau se pointe, on avale sa langue ou on range sa queue entre les jambes.

Finalement ceux qui ne sont pas intimidés, se taisent dès qu’ils ont leur part du gâteau. Difficile de leur en vouloir, car qui n’aimerait pas être arraché à cette misère, à cette galère ? Il faut vraiment avoir de solides convictions pour résister à ces propositions alléchantes et ranger sa plume ou avaler sa langue et rester aphone, sourd-muet et aveugle.

Les martyrs se sont sacrifiés pour survivre à travers les valeurs pour lesquelles ils se sont battus ! Mais, nous les avons enterrés en sacrifiant les mêmes valeurs sur l’autel de la mégalomanie, de la cupidité ou de la lâcheté ! Nous sommes si lâches que nous n’osons même plus lutter et braver ceux qui amènent notre pays vers le chaos pour espérer les ramener à la raison ou les vaincre en les mettant à la tâche. Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se brise…

Moussa BollyMonument des Martyrs !

ART ET DANSE : Eduquer et divertir sans pervertir mars 10 2017

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Danse traditionnelle bwa au Festival sur le Niger à Ségou

C’est une lapalissade de dire que nous avons abandonné l’éducation de nos enfants à la rue, aux médias traditionnels (TV notamment) et aux réseaux sociaux. Même l’école malienne a abandonné la mission d’éducation qui lui est, entre autres, attribuée. Le langage et les comportements des adolescents et des jeunes symbolisent cet abandon. Et ce n’est pas forcément parce que nous (parents) sommes absents. Mais, nous n’avons même plus conscience de l’impact négatif de certains programmes dits de divertissement que nous regardons avec notre progéniture.

 

Une nuit, ne parvenant pas à trouver le sommeil malgré la lecture et les prières, nous avons passé une grande partie de longues heures à regarder Trace (notamment Trace/Afrique). Et cela après avoir regardé un bon film sur la mafia sur une autre chaîne. En tant que journaliste culturel, cela est souvent utile pour être en phase avec l’actualité musicale (sorties d’album, l’actu des stars, les hits).

Dans les clips des artistes africains et africains-américains, c’est le désagréable constat, la danse a beaucoup évolué, passant de la subjectivité à la perversité. C’est loin de l’art qu’elle est supposée être. Et pourtant, nos terroirs sont si riches en danses magnifiques que nous n’avons pas besoin d’envier des pas venus d’ailleurs.

Dans ces clips, ça va dans tous les sens et ça remue de partout : jambes, hanches, fesses, poitrines… On se demande souvent si certaines danseuses ont encore des os dans le corps et si leur colonne vertébrale n’est pas remplacée par un muscle plus élastique que d’ordinaire.

Au-delà des objectifs commerciaux, nous nous demandons quels peuvent être les effets collatéraux de ces danses qui franchissent allègrement les limites de l’obscénité ? Quel est leur impact sur l’activité sexuelle de ses filles et jeunes hommes, sur leur santé de la reproduction ?

Quelle moralité jouissent-ils ? Ces danseuses sont-elles, en dehors de la scène, des bombes sexuelles comme elles le suggèrent si bien dans leurs chorégraphies ?  Dans ce cas, il faut vraiment plaindre leurs copains, voire leurs époux parce qu’il faudra être un bel étalon pour les satisfaire et les garder chastes.

 

Zapper, c’est tourner le dos au fléau

Certains diront que nous n’étions ou que nous ne sommes pas obligés de regarder ces chaînes ou ces clips. Mais, à notre avis, zapper correspond à la politique de l’autruche. Ne pas voir un fléau, ne signifie pas qu’il n’existe pas. Ce n’est pas la meilleure approche. Heureusement que nous n’avons pas regardé cette chaîne en téléspectateur anodin, mais en journaliste/critique.

Mais, combien de parents peuvent-ils être amenés à regarder ces obscénités avec leurs enfants sans être conscients de leurs effets sur leurs comportements futurs ?

Pour la passion de la musique, combien de parents regardent aujourd’hui ces clips frisant souvent la pornographie avec leurs enfants sans se rendre à l’évidence de cet impact négatif ? Notre devoir c’est donc d’attirer l’attention des uns et des autres sur ce genre de déviation qui a un impact très négatif sur l’éducation de nos enfants.

Comme réagissait notre amie Sonia Duchesse, en réaction à notre post sur le sujet, “malheureusement on ne se rend pas bien compte des effets collatéraux qui sont loin d’être anodins. En acceptant, on admet et en admettant on banalise et en banalisant on autorise, on encourage, on ouvre la porte à d’autres dérives bien plus obscènes et dangereuses comme le viol, la pédophilie… En glorifiant l’étalage impudique en public (l’exhibition) on fait l’apologie du crime sexuel”.

Le hic est que ces jeunes et adolescents oublient souvent que ces clips sont des produits commerciaux, comme les emballages magnifiques destinés à attirer la clientèle avec le risque que le contenu ne soit pas à hauteur de souhait. Ils, surtout les filles avec les tenues vestimentaires et les maquillages à outrance, reproduisent les mêmes looks et les mêmes attitudes parce que pour eux cela équivaut à être branchés.

Ils ont malheureusement tendance à ne voir que les côtés négatifs de la mode. Demander aux jeunes et adolescents quels sont les côtés positifs des médias sociaux, des nouvelles technologies (Tics). Sur un échantillon de 100, estimez-vous heureux si dix en trouvent plus d’un aspect positif.

Sinon pour les autres, les téléphones et les tablettes servent surtout à mater les clips évoqués plus haut, à visionner le porno, à draguer les filles, à se régler les comptes sentimentaux dans un langage trash. Donc pas à réviser, à avoir de nouvelles connaissances sur les disciplines enseignées à l’école, à communiquer et enrichir sa culture générale par l’information, la lecture…

Les fonctions ludiques l’emportent donc largement sur le reste. Amusez-vous souvent à renvoyer les enfants aux moteurs de recherches pour trouver des réponses aux questions qu’ils vous posent souvent.

 

L’utile sacrifié pour le futile

Les bambaras disent, tulon tè sèbèsa ! Autrement dit, il faut savoir lier l’utile à l’agréable. Mais, notre génération virtuelle a sacrifié l’utile au profit de l’agréable, voire du futile.

Comme le dit l’ancienne présidente du Parlement nationale des Enfants, Mme Bernadette Mah Ippet (sur les réseaux sociaux), il ne faut pas en vouloir aux ados et jeunes de nos jours, car “de 0 à 10 ans, ils  occupent leur esprit avec des jeux qui les empêchent de développer toute base de bon sens à l’âge adulte. Aucune promotion de l’excellence. De 10 à 18 ans, ils sont impliqués uniquement dans les activités récréatives au lieu d’activités civiques et éducatives leur permettant d’avoir un esprit critique et du leadership”

Et comble de malheur, poursuit-elle, “de 18 à 30 ans, ils les utilisent comme des marionnettes pour leurs besoins d’élections et de campagnes en leur donnant des miettes qu’ils prennent en disant merci sans savoir qu’ils vendent leurs âmes au diable et aussi leur intégrité”.

Finalement, souligne Mlle Ippet, “de 30 à 45, ils les font intégrer le système, leur donnent des postes juteux pour qu’ils se taisent et les laissent bouffer tranquillement… Le système les a avalés, ils ont été contaminés et perpétuent les pratiques des aînés et détruisent le pays”.

Au Mali, si l’art trouve une place dans le cœur des enfants un jour, les artistes maliens pourront vivre de leur art”, déclaré Lassina Koné, directeur artistique de Don Sen Folo (Premier pas de danse) de Kalabancoro Kouloubiléni. Danseur, chorégraphe et chercheur. Il est aussi l’initiateur du Centr’Art Don Sen Folo (Voir Le Reflet n°573 du jeudi 16 février 2016).

Il revient à chacun de nous que l’art trouve sa place dans le cœur de nos enfants, qu’ils prennent la danse comme un tremplin de promotion culturelle, un outil d’éveil citoyen permettant de lier l’utile à l’agréable. La danse est aussi une expression, corporelle et sociopolitique, permettant de s’émanciper et d’exister. Elle doit pouvoir divertir sans pervertir.

Moussa Bolly

PAIX ET STABILITE : Rétablir la justice pour parvenir à la paix mars 3 2017

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A l’ouverture du dialogue politique de haut niveau sur la prévention et la lutte contre l’extrémisme violent au Sahel (21-22 février 2017 à Bamako), le Premier ministre Modibo Kéita a effleuré un sujet important car expliquant en partie la descente aux enfers que notre pays vit depuis cinq ans : le respect de la loi et de la légalité, un principe sacré dont la violation soulève la question de l’équité face à la justice et de l’impunité, devenue le cancer de notre démocratie.

 

Existe-il une justice au Mali ? Amusez-vous à poser cette question aux Maliens toutes couches confondues ! Nous n’avons pas été en tout cas surpris puisque huit sur dix personnes interrogées répondent par la négative. “Il n’y pas de justice pour les pauvres…”, “c’est une justice à deux vitesses”, “devant nos juges, les pauvres n’ont jamais raison. Et entre pauvres, celui qui a des relations est aussi roi”… nous répondent plusieurs interlocuteurs.

Et certains vont même à lier leur boycott des urnes à cette absence de justice au Mali. “A quoi sert-il de voter pour tel ou tel puisqu’ils sont tous pareils, maires, députés, ministres, présidents des institutions… Ils sont tous corrompus et n’auront jamais à répondre de leurs crimes ou de leurs exactions”, nous indique Halima, une élégante dame, la soixantaine portée avec charme.

“Vous vous êtes une fois posé la question sur les vraies sources du chaos que le Mali traverse maintenant ?”, nous interroge-t-elle, en inversant les rôles avec malice. “Parce que la veuve est dépouillée sans vergogne. L’orphelin est déshérité sans aucun recours possible pour lui ; parce que les dirigeants confondent le bien public à leur propre patrimoine sans se soucier des conséquences économiques et sociales sur la majorité de la population condamnée à la misère…”, répond-t-elle face à notre silence.

Une analyse pertinente qui rejoint aussi de nombreux prêches. Mais, qu’on soit croyant ou non, la soif de justice est incontestablement l’un des besoins communs des Maliens de toutes les régions, du Nord au sud, d’Est en ouest.

Contrairement aux premières informations véhiculées par exemple sur les émeutes contres les débits de boissons de Tombouctou samedi dernier (25 février 2017), ce “vandalisme” n’a rien à avoir avec une montée de l’extrémisme religieux. C’est juste la conséquence de l’inaction, voire l’indifférence des autorités administratives face à la violation d’une loi : la réglementation de la vente d’alcool.

En effet, selon des notabilités et des sources sécuritaires, les jeunes ont protesté contre la vente d’“alcools forts” dans des sachets et à des prix dérisoires. Et dans ce cas, les clients ciblés sont des enfants et adolescents. Ayant alerté les autorités compétentes en vain, la jeunesse a décidé “d’assainir” la ville.  Voilà Monsieur le Premier ministre où conduit la violation de la loi cautionnée par les autorités censées la faire respecter.

 

L’absence de justice ravive les conflits fonciers et communautaires

La vindicte populaire appliquée aux voleurs, les conflits communautaires et fonciers, l’extrémisme violent, voire en partie la rébellion au nord du pays ont souvent une origine commune : l’injustice, la frustration, le déni de justice.

L’impunité est aujourd’hui une plaie de notre nation, un cancer de notre démocratie depuis l’avènement de laquelle la balance de notre justice semble en panne. Au même titre que la corruption qu’elle a accentuée. La balance, symbole de la justice, ne penche que d’un seul côté : le pouvoir et son clan, les riches, les bras longs dans l’administration, les forces armées et de sécurité et surtout dans l’appareil judiciaire du pays.

Une défection dont l’Etat même récolte les pots cassés à cause de la complicité entre magistrats et avocats. Combien de procès l’Etat malien a gagné ces deux dernières décennies contre les délinquants financiers, les spéculateurs fonciers… ? Bien au contraire, c’est toujours lui qui est condamné à payer ironiquement des dommages et intérêts que les juges et les avocats (des deux parties) se partagent le plus souvent.

La crise malienne est avant tout une révolte contre l’injustice. Le centre est en train de s’embraser parce que personne n’a plus confiance en la justice pour trancher les litiges. Comme ces éleveurs qui ont longtemps croupi en prison.

“Nous avions interpellé un voleur avec nos bœufs. Nous l’avons remis à la gendarmerie et porté plainte pour vol de bétail. Quelques mois après, nous avons surpris la même personne en train de voler nos bœufs pour aller les vendre. Sérieusement bastonné, il a porté plainte contre nous”, nous a confié récemment un interlocuteur dans la région de Ségou.

Et d’ajouter : “Nous avons été arrêtés et nous avons passé près d’un an en prison sans jugement. Il a fallu que nos familles viennent payer une importante somme d’argent pour que nous puissions sortir. Et c’est ce voleur qui nous menace régulièrement de nous en envoyer en prison si nous osons l’interpeller sur le vol de bétail dans la zone. Mais nous savons désormais ce que nous devons le faire la prochaine fois que nous allons le prendre la main dans le sac”.

Sans justice, peut-on rétablir l’Etat de droit ? Sans justice, peut-on espérer mettre fin à la corruption qui enrouille d’ailleurs l’appareil judiciaire du pays ? Si l’on accorde l’impunité à ceux qui sont impliqués dans les détournements, les crimes d’hier, qu’est-ce qui les empêcherait de commettre d’autres actes de violence non seulement politiques, mais aussi économiques (extorsion et détournement de fonds) qui minent la stabilité et le développement économique de  notre pays ?

 

Le déni de justice entraîne la résignation ou la révolte

Face au constat de ne jamais obtenir justice ici bas, quelle peut être l’attitude de cette majorité brimée et frustrée ? La résignation ou la révolte pour se faire justice.

“Dans toutes les sociétés où règne l’impunité, on cherche par tous les moyens à provoquer l’amnésie collective. Il est important, par conséquent, de comprendre pourquoi impunité et musellement de la mémoire vont de pair et quelles conséquences cela implique-il pour la société”, souligne Jean-Marie Fardeau, directeur France de Human Rights Watch. C’était dans une chronique dans la presse française intitulée, “les conséquences de l’impunité sur la société : Le point de vue d’un Uruguayen ordinaire”.

Pour lui, “le véritable jugement est toujours moral et inscrit au patrimoine des peuples et de l’Histoire. Mais il suppose que les mécanismes de l’impunité aient été démontés et que le désastre social et économique ait été évalué…”

Et aussi, écrit-il, “une société incapable de prouver que l’impunité n’a pas de droit de cité en son sein est prête à accomplir une sorte de suicide social. Les tortionnaires qui déambulent librement dans la rue sont confortés dans leur conviction que l’acte terroriste, accompli dans le cadre de l’Etat, est plus efficace que n’importe quel autre”.

Ce que nos autorités ne comprennent pas souvent, c’est qu’en perpétuant l’impunité, l’Etat empêche également une véritable réconciliation nationale. Il prive la société de tous les moyens de renforcer l’état de droit, c’est-à-dire les institutions démocratiques.

La réconciliation repose sur le pardon. Comment pardonner à quelqu’un qui n’a pas été jugé ? Pardonner à quelqu’un si on ne connaît pas son identité et encore moins à la place d’un autre ou au nom d’un tiers ?

“Celui qui pardonne s’efforce de rompre le cycle sinistre dans lequel s’abîme toute communication humaine : il tente d’établir une nouvelle relation, en se basant sur la conviction que son bourreau peut se transformer véritablement. Cet acte ne peut donc être abstrait”, défendait un sociologue.

 

Rupture avec l’article 6 de la Convention des droits de l’homme et du citoyen

Comme dans un article récemment lu sur le site de Mediapart, “un gouvernement démocratique qui abdique face à l’impunité lègue à ses citoyens un avenir de corruption et de profonde immoralité, vidant de tout son sens les notions même de démocratie et de paix”.

Malheureusement, il y a longtemps que le Mali a rompu avec l’article 6 de la Convention des droits de l’Homme et du citoyen qui stipule, “la loi doit être la même pour tous”. Une réalité qui a plongé la République dans un coma artificiel enflammant les conséquences de la rébellion de janvier 2012.

Rares sont les responsables et les cadres des secteurs névralgiques du pays (politique, justice, administrations, organismes et professionnels de santé publique, caisses de recouvrement, grandes entreprises) qui ne profitent pas de ce “désespoir généralisé” pour s’enrichir au détriment des populations aux abois.

Ce désespoir accroit la pauvreté et le désœuvrement faisant des adolescents et des jeunes des proies faciles pour les recruteurs des organisations criminelles comme les réseaux mafieux (migration clandestine, terrorisme, drogues, armes…)

Quand on n’attend plus rien de la vie et des dirigeants de son pays, comment ne pas être sensibles à un discours (même mensonger) qui vous procure une triple satisfaction : une rémunération financière conséquente, une rémunération spirituelle (paradis) et surtout se venger de ce qui vous avait relégué au ban de la société.

Comme on peut le constater le Premier ministre Modibo Kéita a effleuré une question d’importance capitale pour la résolution de la crise que le Mali traverse. Elle est d’autant importante qu’elle doit nous amener à comprendre que l’Accord signé en mai et juin accouchera difficilement d’une réconciliation définitive pour une paix durable parce qu’il est axé sur le déni de justice, accentuant les frustrations.

Comme le rappelait tristement Fatoumata Harber (professeur à l’IFM Hégire de Tombouctou, activiste et secrétaire générale de la communauté des blogueurs du Mali) dans une récente interview dans l’hebdomadaire “Le Reporter” : “Comment pourrions-nous accepter que ceux qui ont détruit nos vies prennent le pouvoir ? Nous n’accepterons jamais cela… Je considère que c’est un hold-up démocratique que je refuse. Ces gens sans compétence ont pris les armes pour obtenir le pouvoir”.

Un état d’âme qui est celui de la majorité des populations du septentrion où on est en train d’imposer des autorités supposées intérimaires sous la direction de gens aux mains rouges du sang des innocents comme Hassan Fagaga à Kidal.

 

Justice et équité pour une paix pérenne

Monsieur le Premier ministre, ce que les Maliens attendent le plus de vous aujourd’hui, c’est l’application du principe d’équité : que la justice soit respectée, que la loi soit appliquée et qu’elle reste la même pour tous.

C’est la condition sine qua non de la juste répartition des richesses du pays, pour que cesse la corruption, un fléau qui est essentiellement responsable du chaos dans lequel se trouve notre République saignée par des supposés “pays amis”. Un pays qui dispose pourtant de tous les atouts pour se relever dignement de cette période sombre dont nos “amis” ne souhaitent que la prolongation pour mieux le piller.

Rétablissez la justice et il vous sera facile de réconcilier les Maliens, et donc de parvenir à la paix et à la stabilité !

Moussa BollyLe Ministre de la Justice, des Droits de l’Homme, Garde des Sceaux

LE POINT : Pour que triomphe la justice mars 3 2017

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Il y a 9 ans, une jeune scolaire est enlevée en plein cours à Ségou. Un mois durant, elle a été violée avant d’être jetée dans un puits. Les assassins sont connus, mais le dossier est plombé à la justice de Ségou depuis. Pour quelle raison ? Vous devinez certainement ! Depuis 2008, la pauvre famille attend que justice soit faite pour enfin faire le deuil de sa fille.

 

Justice à Awa Baba Traoré dite Gafouré ne serait-ce que pour permettre à ses parents, à ses frères et sœurs, ses camarades d’école et ses amis de faire leur deuil ! Justice pour que plus jamais cela ne se reproduise plus à Ségou, au Mali et nulle part ailleurs dans le monde !

Justice ? Certains diront que c’est un rêve utopique après neuf ans de silence de la justice et d’indifférence des autorités compétentes. Mais, nous, notre silence et notre indifférence ne seront que de la complicité, une caution à l’impunité. Comme le dit le très regretté Nelson Mandela, “cela semble toujours impossible jusqu’à ce que l’on le fasse”.

Aucun combat pour l’égalité et la justice n’est utopique. Aucune bataille n’est de trop contre l’impunité.

Ce combat pour faire justice à Awa Gafouré et à sa famille et à toutes les victimes inconnues des crimes sexuels est avant tout un engagement individuel. Chacun doit s’engager conscient qu’“en faisant scintiller notre lumière, nous offrons aux autres la possibilité d’en faire autant” (Nelson Mandela).

Mais, elle est aussi collective cette lutte, car “aucun de nous, en agissant seul, ne peut atteindre le succès” (Nelson Mandela). Nous espérons surtout sur une mobilisation générale, des juristes, des médias et de la société civile pour que justice soit faite à Awa Gafouré avant le dixième anniversaire de son assassinat odieux.

Justice à Awa Baba Traoré” est un Mouvement, une chaîne de valeur et de solidarité humaine. Le train de la justice est en marche. N’hésiter pas à y prendre votre place si vous voulez que sonne le glas de l’impunité un jour dans ce pays. N’oublions pas que, comme le dit Axel Oxenstiern, «l’espérance a la vertu d’encourager ceux qui au milieu des adversités manquent de force» !

Engageons-nous pour faire bouger les lignes avec le sentiment du devoir accompli. Nous assurons déjà notre ami et grand frère ainsi que confrère Moustaph Maïga de notre soutien personnel et celui de votre hebdomadaire Le Reflet dans ce noble combat pour la justice.

Moussa BollyAwa Baba Traoré

Ô MALI, SI TU SAVAIS ! février 2 2017

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La Tour de l’Afrique à Bamako

 

Un jour, la nuit s’est abattue sur l’horizon

Depuis  mon Afrique cherche l’espoir à tâtons

Tandis que dans les rues, au-dessus des  maisons

Rôdent les vautours de la colonisation

 

Avec, pour complice, le vassal insatiable

Nourri par la convoitise incommensurable

D’une bouillie intellectuelle exécrable

Mélange d’oppression et corruption  minable

 

Promis de s’occuper des écuries d’Augias

Ils confondent servir et se servir, hélas !

Et  le pauvre con-tribuable payera

Les fromages d’une République mollasse

 

Hélas ! C’était compter sans cette cruauté

De l’impitoyable cannibale enragé

Profitant des états rapaces  égarés

Et  aveuglés par leur égotisme sacré

 

Sur l’autel de la suprématie aliénée

Des innocents sacrifiés, des espoirs brisés

Des valeurs volées, des familles mutilées

Sous nos yeux torturés : un monde démembré

 

Quand leurs armes violent l’innocente candeur

Mutilent nos heures, nos marchands de couleur

Nous signons à l’encre de la vie, de la peur

Avant de sombrer sous les tirs de la terreur

 

Mais, quelle que soit la durée du noir soupir

Sur ce grand cahot, bientôt, l’aube pointera

Sur la Tour de l’Afrique, le jour se lèvera

Et de ses rayons vifs, brûlera les vampires

 

Pour un paysage neuf, misons sur l’espoir

Que nos vraies valeurs s’enracinent à jamais

N’offrons pas aux mécréants notre désespoir

Car c’est ensemble que nous sauverons la paix

 

Sur ce chemin tortueux et abandonné

Oublions notre p’tit confort égocentrique

Nos comportements médiocres, la peur du risque

De cet élan dépend la luminosité

 

Rares sont les lanternes du bonheur passant

Pourtant tout geste du cœur est un acte noble

Aucun présent n’est petit ou insignifiant

Pour nos enfants osons un avenir durable

 

EPICTOU & BOLMOUSS

REFLET DE SOCIETE : La République en panne de leadership janvier 5 2017

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REFLET DE SOCIETE : La République en panne de leadership

 

Depuis 2010, deux ans avant la crise qui a failli être fatale à la République, tous les signaux étaient en alerte. Des cols blancs déguisés en grands patriotes avaient réussi à isoler le président de la République en éloignant de lui ceux qui avaient réellement l’envie et l’ambition de l’aider à boucler son second mandat en toute beauté. Hélas ! Couper des réalités du pays, il n’a pas vu le chaos venir de loin. Aujourd’hui, le Mali cherche toujours le bout du tunnel qui ne cesse de se transformer en mirage. Et cela parce que ceux qui dirigent ce pays manquent de quelque chose d’essentiel : le leadership !

 

“Nous demandons à nos partenaires aussi de respecter ce pays, de respecter ce peuple. Nous nous engageons avec eux sur des bases de respect mutuel et de coopération, mais nous n’acceptons pas tout” !

C’est ce qu’a récemment martelé le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale et de l’Intégration africaine (MAECIIA), Abdoulaye Diop. C’était au cours d’une interview avec la chaîne TV5-Monde par rapport à la polémique suscitée par la signature ou non avec l’Union européenne d’un accord autorisant le retour forcé de Maliens en situation d’irrégularité dans cet espace.

Ce débat a mis en évidence la rupture entre gouvernants et gouvernés en République du Mali. Il a surtout conforté le sentiment du peuple que le mensonge est érigé en stratégie de gouvernance, de communication depuis quelques années.

Ce qui explique cette polémique que le chef de l’Etat et ses communicants ont du mal à éteindre, car ils ont de plus en plus du mal à convaincre les Maliens à croire en eux. Ce qui n’est pas surprenant d’autant plus que les experts jugent cette “communication approximative”, car axée sur “la dénégation systématique”, très contre-productive en la matière.

Sans aucune volonté de prolonger ce que le gouvernement taxe de “débats de caniveaux” pour mieux noyer le poisson, nous pensons que cet accord signé ou non, les ministres qui ont eu la fameuse séance de travail avec Bert Koenders (ministre hollandais des Affaires étrangères en mission au nom de l’Union européenne) n’ont pas fait preuve de responsabilité. Ils ont manqué de leadership face à un interlocuteur qui n’est pas pourtant un inconnu dans ce pays.

En effet, quand Bert Koenders dirigeait la Minusma, il s’était toujours comporté en terrain conquis en n’avait aucun égard pour les autorités et aucune considération pour le peuple malien. Ce qui avait d’ailleurs souvent poussé le président IBK à le remettre à sa place.

Alors comment des ministres de cette même République peuvent s’asseoir à la table avec ce même homme pour discuter d’un sujet aussi sensible que la migration en tombant naïvement dans son piège du “communiqué conjoint” ? Une rencontre qui a donné l’impression de signature d’un vrai accord à cause du dispositif protocolaire sans doute imposé par le visiteur ?

 

L’UE menacée dans son existence

La gestion de la migration est aujourd’hui la plus grave menace pour l’avenir de l’UE d’autant plus que les flux migratoires favorisent la montée en puissance des conservateurs de l’extrême-droite comme le Front national en France qui ne souhaitent qu’à la démanteler.

Cet enjeu crucial a échappé aux ministres concernés qui n’ont pas agi en vrais leaders diplomatiques chargés de défendre les intérêts des Maliens de l’intérieur et de l’extérieur !

Aujourd’hui, à notre humble avis, le leadership est la chose fondamentale qui manque au Mali dans presque tous les domaines. C’est l’une des conséquences dramatiques de la médiocratie politique qui favorise l’émergence des moins méritants (habillés du manteau politique) et l’éclipse de ceux qui ont réellement une vraie compétence, une expertise réelle et qui sont à cheval sur les principes et valeurs.

En politique, le leader c’est celui qui a une vision et qui sait s’entourer d’hommes et de femmes capables de traduire cette vision en politiques dans tous les domaines (économique, social, sportif, culturel) pour développer le pays et rehausser son image.

C’est comme la Can “Mali-2002″ que le président Alpha Oumar Konaré a voulu à tout prix parce que conscient de son impact sur l’essor du pays en dehors du football.

Cette même “Can-2002″ nous amène aussi à parler d’un autre cadre qui a fait preuve d’un incroyable leadership pour permettre à notre pays de tenir ses engagements dans les délais requis : Ousmane Issoufi Maïga ! Jeune journaliste-reporter à l’époque, nous avons eu le privilège d’être presque de toutes les missions de supervision des chantiers ouverts.

Et nous avons été témoin de ce que “Pinochet” a obtenu de nos partenaires, notamment de nos amis chinois, comme concession et amélioration des infrastructures sans que cela ait une incidence sur les engagements financiers du pays à leur égard.

Et ceux qui ont connu le général Bréhima Siré Traoré, arraché à l’affection de la nation le 28 décembre 2016, témoigneront surtout sur son sens du leadership.

“Je l’ai connu sous la première transition quand il a été chargé en tant que ministre de l’Administration d’organiser les premières élections pluralistes et démocratiques de notre pays. Seul lui pouvait tenir tête aux politiciens. Il était imperturbable. Il était patient. Il pouvait tenir une réunion jusqu’à épuisement des sujets et de ses interlocuteurs”, s’est rappelé le doyen Tiégoum Boubèye Maïga (TBM) à l’annonce de son décès.

Nommé Commissaire au nord, “ses talents de négociateurs lui ont permis de déminer un terrain hostile”. Et TBM se rappelle des tournées dans le Nord avec lui, les députés, les membres du gouvernement à “la recherche des interlocuteurs, dormant à la belle étoile, sous les balles traçantes, avec pour tout vivre du lait en poudre, de la viande séchée et quelques dattes. Les souvenirs sont nombreux et ils sont tous élogieux”.

C’est un vrai leader de cette trempe qui a manqué au Mali dans le Processus d’Alger ayant abouti l’accord signé en mai-juin 2015. Cet accord est décrié aujourd’hui parce qu’il ne prend pas en compte les préoccupations réelles du peuple malien (Nord et Sud), mais plutôt celles de la minorité d’aventuriers qui ont pris les armes contre la République.

“Pendant les négociations, on se demandait si la majorité des délégués du Mali lisaient réellement les documents qui leur étaient soumis avant les rounds. Les groupes rebelles, surtout ceux de la CMA, avaient toujours une longueur d’avance sur eux par rapport à la maîtrise des questions à débattre. C’est pourquoi ils ont toujours réussi à imposer ce qu’ils voulaient. Curieusement, dans votre délégation, on se demandait si beaucoup savait pourquoi ils étaient en Algérie”, nous a récemment confié un diplomate étranger “surpris” de voir que nous en voulions tant à son pays par rapport à la gestion de la crise au nord du Mali.

“Nous savons que l’Algérie a tout fait pour favoriser la République du Mali dans ses négociations. Mais, ce n’est pas évident soutenir quelqu’un qui ne maîtrise pas les dossiers… En dehors de cette crise, je pense que ce manque de leadership est le problème fondamental du Mali”, ajoutera-t-il.

 

Des traitres dans les rangs des négociateurs

Et de conclure : “Même quand on a réellement envie d’aider ce pays, mais on ne sait pas à qui s’adresser, car ceux que nous avons souvent en face comme interlocuteurs, sont rarement à la hauteur. Ils ne savent pas négocier et se contentent souvent de peu… Vous devez vous en prendre d’abord à vos autorités qui défendent mal les intérêts de vos pays. Il n’y a pas de cadeaux dans les relations internationales basées sur les intérêts des parties”.

Sans compter que, par rapport au Processus d’Alger, le double-jeu de certains de nos représentants qui, en réalité, travaillaient comme de vrais espions renseignant l’autre partie sur la position et les dossiers du pays.

A peine les projecteurs éteints, ils étaient déjà dans les coulisses pour apporter mains fortes à leurs “frères” aux dépens de l’intérêt national.

C’est le même coup qu’ils ont fait au général ATT quand ce dernier les a dépêchés pour aller à la rencontre des aventuriers venus de la Libye pour déstabiliser notre pays. Les vrais entretiens se déroulaient toujours dans le dos des ministres et élus supposés représenter le Sud. Ils poussaient les insurgés à demander plus d’argent afin de préparer leur attaque contre la République. Hélas !

Aujourd’hui, nous sommes toujours dans l’impasse par rapport à cette crise parce nos autorités acceptent tout de la supposée communauté internationale qui se comportent en vraie avocate des groupes armés. Ils sont incapables de défendre une position claire et nette, quelle que soit sa pertinence !

La crise persiste parce que les bandits de la CMA sont convaincus qu’ils n’ont que des épouvantails en face et non de vrais leaders.

Nous ne vous apprenons sans doute rien en vous rappelant que le leadership a un rôle crucial dans la gestion de crise.

Et cela d’autant plus que, comme le définit si bien Kanokwan Towton, être un leader, c’est avoir “la capacité d’influencer et de fédérer un groupe pour atteindre un but commun dans une relation de confiance habituelle et pour une durée limitée”.

Face à une situation de crise, un leader doit avoir des réflexes incontournables pour élaborer les plans d’urgence solides ; tester des plans via des exercices minutieux et formés ; savoir s’entourer d’experts pour pouvoir répondre à la crise…

Et cela d’autant plus que gérer une crise comme celle que traverse le Mali depuis cinq ans (janvier 2012) nécessite des décisions importantes et stratégiques aux moments cruciaux ! Des décisions audacieuses, loin des calculs populistes qui poussent à vouloir faire des omelettes sans casser des œufs, à vouloir contenter tout le monde ! En la matière, hélas, les dirigeants actuels du Mali n’ont guère brillé.

Et pour revenir à la déclaration faite plus haut par le ministre Abdoulaye Diop, nous disons que pour que les autres vous respectent, il faut le mériter en se respectant d’abord. Et pour respecter et se faire respecter nous devons, comme le dit la bloggeuse Tetou Gologo, “apprendre notre histoire pour nous connaître et être fiers de nous-mêmes” !

Moussa BollyLa photo de famille du gouvernement formé en juillet 2016 par le Premier Ministre Modibo Kéita

REVISION CONSTITUTIONNELLE : La démocratie n’a pas besoin d’institutions budgétivores pour sa consolidation janvier 5 2017

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REVISION CONSTITUTIONNELLE : La démocratie n’a pas besoin d’institutions budgétivores pour sa consolidation

 

Dans son discours de Nouvel an, le président Ibrahim Boubacar Kéita a annoncé une conférence d’entente nationale et un référendum constitutionnel. Cette dernière reforme doit aboutir à la création d’un Sénat pour, dit-il, le renforcement de l’Etat et de la souveraineté de la Nation. Mais, nous ne pensons pas que le Mali ait aujourd’hui besoin d’un Parlement bicaméral pour mieux renforcer sa démocratie.

 

Dans son message du Nouvel an, le président Ibrahim Boubacar Kéita a souligné que les leçons tirées de la crise sécuritaire et institutionnelle, qui secoue notre pays depuis 2012, ont mis en évidence «les lacunes et insuffisances» de notre constitution. Ce qui nécessite une reforme constitutionnelle.

Une nécessité imposée également par la prise en compte des réformes prévues dans l’Accord pour la paix et la Réconciliation. Ainsi, IBK promet que, dès l’ouverture de la prochaine session parlementaire, un projet de loi portant révision de la Constitution sera déposé sur le bureau de l’Assemblée nationale.

Les propositions faites dans ce projet de loi, a assuré le président de la République, visent le renforcement de l’Etat et de la souveraineté de la Nation. «Elles se donnent ensuite comme finalité de fortifier les Institutions de la République en assurant leur permanence et leur continuité, en clarifiant leurs rapports ainsi qu’une organisation rationnelle et efficiente des pouvoirs publics», a annoncé Ibrahim Boubacar Kéita. 

Et d’ajouter que «le projet de loi garantira l’indépendance du pouvoir judiciaire, sa séparation du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif, lequel sera renforcé par la création d’une deuxième chambre».

Ainsi, si la révision aboutit, le Parlement malien sera désormais bicaméral, c’est-à-dire composé de l’Assemblée nationale et du Sénat. Et cela pour «le plus grand confort de notre démocratie, une meilleure représentation de nos populations», a justifié le président Kéita. 

«Si la révision de la Constitution vise à renforcer l’Etat et la souveraineté, à conforter notre démocratie par le renforcement des Institutions, elle n’en assure pas moins la garantie et le respect des droits et libertés fondamentales reconnus aux citoyens», a poursuivi le Chef de l’Etat malien.

«Le peuple sera l’arbitre ultime du bien-fondé de l’initiative puisqu’après son adoption par la représentation nationale, la Loi fondamentale révisée sera soumise à l’approbation de nos concitoyens par référendum», a promis le président Kéita.

Si les autres arguments évoqués par le Chef de l’Etat pour justifier cette reforme constitutionnelle sont pertinents, nous ne pensons pas que le Mali ait aujourd’hui besoin d’un Parlement national à deux chambres, donc d’une Assemblée nationale et d’un Sénat. Cela ne répond qu’à un mimétisme institutionnel dont l’utilité ne sera qu’une caisse de résonnance de plus pour renvoyer l’ascenseur à certains soutiens politiques encombrants. 

 

Une chambre pour caser la «clientèle politique»

Le Sénat est une institution de la Ve République française (qui inspire l’essentiel des constitutions en Afrique francophone) et forme, avec l’Assemblée nationale, le Parlement français. A ce titre, il vote la loi, contrôle l’action du gouvernement et évalue les politiques publiques. Ses pouvoirs sont fixés par la constitution.

Le Sénat vise surtout, dans le contexte français, à assurer une meilleure représentation des Français et des territoires. Il constitue la Chambre haute du Parlement. En vertu de l’article 24 de la Constitution de la Ve République, il assure la représentation des collectivités territoriales et, avec l’Assemblée nationale, celle des Français établis hors de France.

Organe collégial, le Parlement assure la représentation du peuple et se voit confier deux fonctions : le vote de la loi et le contrôle de l’action gouvernementale qui revient au Sénat. En effet, ce contrôle est sa seconde grande mission. Il s’exerce par des questions, des débats ou des investigations menées par les sénateurs.

Mais, à l’exception du vote d’une motion de censure, les sénateurs ont des pouvoirs identiques à ceux des députés en matière de contrôle du gouvernement. Depuis le 1er mars 2009, une semaine de séance sur quatre est réservée en priorité à ce contrôle, ainsi qu’à l’évaluation des politiques publiques.

Mais, généralement dans les pays africains qui ont un Parlement à deux chambres, les observateurs constatent que le Sénat sert surtout à caser une «clientèle politique». C’est pourquoi, ils (observateurs neutres) ont salué la décision du président Macky Sall du Sénégal de renoncer à sa promesse de ressusciter le Sénat dans son pays.

Une décision motivée par les inondations qui ne cessent de frapper les populations sénégalaises, dakaroises notamment, en hivernage. Ainsi, les 8 milliards de F Cfa qui devaient servir à entretenir les Sénateurs seront injectés dans la réalisation des infrastructures de prévention des inondations.

«La patrie passe avant le parti», s’est-il justifié face à son gouvernement et ses partisans politiques. Comme en France, le Sénat était la  Chambre haute du Parlement sénégalais. Créé en 1999, il a été supprimé en 2001, rétabli en 2007 et à nouveau été supprimé en 2012.

 

Une vraie reforme sans céder au mimétisme

Arrêtons de singer les modèles politiques de l’Occident parce nous n’avons pas les mêmes préoccupations sociopolitiques et économiques. «Une représentation nationale qui s’avère incapable de répondre correctement aux aspirations et aux interrogations légitimes de ses mandants est une représentation nationale en voie de décadence, de laquelle on ne peut rien tirer, ni le gouvernement qu’elle prétend défendre, encore moins le peuple», avait récemment déploré l’honorable Yaya Sangaré (Adema-PASJ, majorité) dans l’une de ses nombreuses tribunes sur les réseaux sociaux.

«…Quand des élus du peuple souverain ferment les yeux sur les problèmes les plus cruciaux qui se posent à leur pays (insécurité, mal gouvernance, pilotage à vue), nous nous trouvons inéluctablement face à des élus atteints de cécité intellectuelle et morale et à des gens malheureusement moribonds», avait-il ajouté.

Malheureusement, l’Assemblée nationale du Mali s’est installée dans «une posture de refus systématique d’apporter sa déterminante contribution à la résolution des problèmes des Maliennes et Maliens».

Cela pose plutôt la question de la moralité et de l’intégrité de nos élus. Et ce n’est pas une reforme constitutionnelle qui va changer cela d’autant plus que rien ne garantie que les Sénateurs seront plus responsables que les députés.

A quoi alors bon accroître les charges du budget national avec des institutions qui ne seront que l’ombre d’elles-mêmes en privant le pays de ressources vitales pouvant servir à réaliser des infrastructures sociales de base ?

Au Sénégal par exemple, avec 8 milliards, on peut moderniser les moyens de production d’un village et le mettre sur la voix de l’auto-développement ! Et cela en plus d’endiguer les raisons des fréquentes inondations. 

Ce n’est pas le mimétisme institutionnel qui permettra à la démocratie malienne d’atteindre la maturité pour le bien être des citoyens. Si la révision constitutionnelle est aujourd’hui une impérieuse nécessité, la création de nouvelles institutions ne l’est pas.

Et si reforme il y a, elle ne doit pas porter sur de nouvelles institutions, mais plutôt viser à renforcer et à optimiser celles existantes comme le Haut Conseil des Collectivités territoriales (HCCT).

Tant que ceux qui ont entre les mains la gestion de ce pays ne prennent pas conscience de leur responsabilité et de leurs missions pour les exercer avec rigueur et intégrité, la multiplication des institutions ne pourra jamais être une garantie pour la mise en œuvre d’une «gouvernance vertueuse, sobre, transparente et de rupture» !

Moussa BollyLe président Ibrahim Boubacar Kéita lors de son adresse à la nation le 31 décembre 2016Le président Ibrahim Boubacar Kéita lors de son adresse à la nation le 31 décembre 2016



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